Les anniversaires commémoratifs ont un double sens

Deux événements contemporains comme le 9 novembre 1989 et le 11 septembre 2004 illustrent les anniversaires commémoratifs qui invitent à la réflexion.
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Les anniversaires commémoratifs sont des repères temporels qui ont souvent un sens paradoxal. Il peut s’agir de souvenirs victorieux marquant une nouvelle ère comme, la chute du mur de Berlin du 9 novembre 1989 ou, de souvenirs amers comme, le 11 septembre 2001. Toutefois, tout dépend de l’interprétation du symbole car, il existe toujours deux points de vu opposés, ceux qui seront nostalgiques de l’ère communiste pour le premier et, ceux qui remettront en cause l’hégémonie américaine pour le second.

Le mur de Berlin a résisté vingt huit années à l’union d’un même peuple sous régimes opposés. Au-delà de la chute du « mur de la honte », chaque année, on songe à la fin d’un régime oppressif qui sépara une Europe de l’Ouest devenue riche et défendant ardemment les libertés universelles des droits de l’Homme d’une Europe centrale et orientale appauvrie et privée de nombreuses libertés sous l’ère communiste dirigée par l’URSS. Une des raisons majeure de la construction du mur de Berlin en 1961 fut de mettre un arrêt aux vagues migratoires de l’Est vers l’Ouest (parce que l’Ouest offrait un travail mieux rémunéré). Aussi, il existe des personnes nostalgiques aux avantages de l’ancien régime. Sous l’ère communiste, il n’y avait pas de chômage et le commerce était moins valorisé que la culture.

Tandis qu’aux États-Unis, le 11 septembre symbolise une première attaque externe sur le territoire américain. Cet anniversaire rappelle que des victimes sont décédées car les nouveaux conflits terroristes les concernent désormais. Cette date rappelle qu’une hégémonie mondiale peut être contestée par un monde d’une part, qui ne bénéficie pas de cet ordre mondial (sur le plan économique, politique et social) et, d’autre part, qui ne partage pas les mêmes valeurs. La société de consommation américaine est considérée comme une société décadente et superficielle pour certains (en tout cas les islamistes intégristes). Le plus grave, c’est que cette hégémonie est dénoncée comme protectrice de pays commettant des injustices en toute impunité ou de régimes dictatoriaux en raison de leurs services rendus aux seuls intérêts américains. Lors du renversement du régime du shah d’Iran, il lui avait été reproché de servir les intérêts économiques des grandes puissances (britannique, russe puis américaine), lors des dernières révolutions arabes, mais aussi lors de désordres dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, il a été reproché aux grandes puissances d’avoir contribué à enrichir les dirigeants en ne se souciant pas de la non redistribution des richesses au peuple et de l’absence de mise en place de régimes démocratiques.

Comme tout symbole, chaque partie en fait une interprétation différente. Pour Al Qaida, le 11 septembre est une victoire. Il s’agit d’une reconnaissance de leur capacité à nuire à leurs ennemis malgré leurs forces disproportionnées.

Alors, on peut se demander si les anniversaires entretiennent autant les intérêts communs que les divergences opposées ? Il faut conserver en mémoire les victimes d’un drame de même que les artisans qui contribuent à un meilleur bien être. Mais il ne faut pas omettre de rappeler que les injustices et les déséquilibres sont propices aux excès qui engendrent les conflits. Edouardo Lourenço [1] s’alarme contre les risques d’une « société vouée à la seule réussite économique, à l’hyperconsommation et à la gestion du patrimoine : sans une culture exigeante et inquiète, une culture du doute et du défi.. ». La non remise en cause des règles capitalistes pourraient toutefois les mettre en danger. Le règne actuel de la finance mondiale génère de telles crises pour la majorité face à un enrichissement de quelques uns qu’un tel déséquilibre pourrait un jour amener un événement dont son ascension serait fêtée tous les ans.

Les anniversaires contribuent à entretenir les rancœurs et, dans le même temps favorisent les règles de prudence. Conformément à la réflexion d’Edouardo Lourenço, il faut enrichir les réflexions afin que les anniversaires soient utiles. En se rappelant qu’il existe toujours à l’heure actuelle des terroristes qui peuvent frapper n’importe où, il faut se demander comment éviter qu’ils trouvent des victimes consentantes à leurs propagandes et actes meurtriers ? Si la chute du mur de Berlin rappelle la fin de la guerre froide et la réunification d’un peuple, il rappelle aussi, dans le même temps, qu’il existe d’autres murs comme à Chypre, en Palestine ou en Corée. Les anniversaires devraient finalement être un appel à la vigilance et à la non répétition des erreurs passées.

CODE : ANNIV2

[1] Edouardo Louranço, « De l’Europe comme culture », Finisterra , numéro de Printemps 1989, recueilli dans L’Europe introuvable : jalons pour une mythologie européenne , Editions Métailié, Paris, 1991.

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