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JÉRÉMY REBOUL

Publié dans : Réflexions sur le travail

Et si on arrêtait d'«aller» bosser ?

Peut-on en finir avec le métro-boulot-dodo en se concentrant plutôt sur ce que nous faisons et non comment nous le faisons et encore moins où nous le faisons.

Selon une étude publiée par Randstat en juin 2014, corroborée par les chiffres de l'Insee, les français passent chaque jour plus de 20 minutes en moyenne dans les transports pour se rendre sur leur lieu de travail, soit près d'une semaine par an évaporée dans les trajets. En Ile-de France, le chiffre grimpe à 33 minutes en moyenne, voire jusqu'à plus de 45 minutes pour 32% des franciliens. Enfin, si l'on en croit cet article de France Info, le phénomène s'amplifie ; une situation qui serait de surcroît de plus en plus subie.

Gagner du temps

Le temps c'est de l'argent révèle l'adage: du temps perdu qui a donc un coût pour les entreprises et les travailleurs. Mais aussi pour l'environnement : les franciliens sont 43% à prendre leur voiture. En province, 80% des travailleurs utilisent leur véhicule personnel ! Il suffit d'emprunter le périphérique parisien un jour de pont ou de jour férié pour constater l'ampleur du problème (un temps de trajet divisé par deux voire trois - et quid de la pollution?)


Selon une étude réalisée par OpinionWay pour Brother auprès de plus de 1.000 entreprises de moins de 50 salariés, 88 % des PME dépenseraient jusqu'à 50.000€ par an en déplacements professionnels. On pourrait ajouter à cela les coûts des locaux, des bureaux, de l'équipement, etc. ( jusqu'à 30 % d'économies sur la surface immobilière pour les entreprises qui pratiquent le télétravail!).

La CGT propose que le temps passé dans les transports soit comptabilisé dans les heures travaillées.... Pourquoi ne pas plutôt supprimer les trajets ? Le télétravail comme solution ? Oui mais, aujourd'hui, le télétravail reste une exception, généralement exercé à temps partiel, réservé à une frange des employés seulement. Seuls 17% des travailleurs télétravaillent, « la plupart du temps » aujourd'hui en France.


Et si c'étaient les heures de bureaux qui devenaient l'exception et le télétravail la règle ? Si les résultats et le remplissage des objectifs comptaient plus que que les heures de présence? Si le télétravail n'était plus seulement une solution d'économies pratiques mais une véritable stratégie managériale ? Une nouvelle façon de concevoir le travail et d'envisager les ressources humaines?

Soyons libres de travailler

Allons plus loin : imaginons un monde où faire ses courses un matin de semaine ne serait pas réservé aux seuls retraités ou à tout ceux qui ne« travaillent» pas. Imaginons un monde où accompagner ses enfants au foot (ou faire du poney) le mercredi après-midi n'est un problème pour personne. Un monde où fonder une famille et élever des enfants n'est pas un casse-tête organisationnel, ni un facteur d'inégalité homme/femme. Un monde où l'on peut prendre des vacances quand on veut sans demander l'autorisation à son employeur. Un monde où l'on n'est même pas obligé d'assister aux réunions...

Imaginons un monde où on est heureux au boulot... précisément parce qu'on y va pas !

Dans ce monde, les travailleurs ne sont plus jugés sur leur assiduité, mais uniquement sur le travail effectué. Peu importe où et comment vous travaillez, tant que le boulot est fait et bien fait...Après tout, nous sommes payés pour effectuer un travail, pas sur la façon dont nous l'effectuons.

Fini les «collègues» qui regardent leur montre et lèvent les yeux au ciel quand vous arrivez cinq minutes en retard ou quittez le bureau un peu plus tôt que d'habitude... terminée la réunionnite aiguë, et bien sûr, donc, les heures perdues dans les transports. Adieu les planqués qui se cachent derrière leurs heures de présence mais n'en foutent pas une pour autant, (Il y en a, on en connaît tous).

Certes, si votre travail consiste à tenir une boutique, il fait bien que vous soyez présent pour ouvrir le matin et fermer le soir. Si vous occupez une fonction d'accueil du public, il faut bien que vous soyez à votre poste aux heures d'ouverture. Mais pour les autres ? Les téléphones ne sont plus fixes depuis bien longtemps et le courrier arrive de moins en moins souvent physiquement dans votre bannette. Les outils et plateformes de collaboration à distance sont pléthores. Travailler de n'importe où n'a jamais été aussi facile qu'aujourd'hui, et la tendance n'est clairement pas à l'inversion en ce domaine.

Bon, vous me direz, et le lien social dans tout ça ? les collègues, la machine à café, l'échange, l'émulation ? Certes. Demandez d'ailleurs autour de vous, et beaucoup vous répondrons qu'ils ne sont pas faits pour travailler chez eux, qu'ils en seraient incapables... C'est vrai. Mais alors, rien n'empêche de venir quand même au bureau! La différence c'est que vous y allez quand vous voulez, le temps que vous voulez, ou seulement quand c'est nécessaire (il arrive parfois, quoi qu'on en dise, que certaines réunions soient utiles... si, si, je vous assure).

Ce monde est-il utopique ? Et bien non, il existe. Il a même été mis en pratique dans un certain nombre d'entreprises à travers le monde. Il a même été théorisé par Cali Ressler et Jody Thompson qui misent sur la responsabilisation des employés par la liberté qui leur est donnée dans l'organisation de leur travail. C'est le ROWE (Result Only Work Environnement) ou environnement de travail basé sur les résultats uniquement. Une théorie que je développerai dans un tout prochain article.

Dans les faits, au-delà de ceux qui pratiquent réellement le télétravail dans le cadre d'un accord avec leur entreprise, un certain nombre d'entre nous appliquent déjà cette façon de travailler, d'une manière ou d'une autre : les profs : si l'on exclut les heures de cours où bien évidemment leur présence est obligatoire devant la classe, les professeurs effectuent une grande partie de leurs tâches en dehors de leur établissement.Les journalistes-pigistes : le cas est un peu particulier, puisqu'on les considère souvent comme indépendants. Or, ils sont bel et bien salariés, c'est l'article L7112-1 du code du travail qui le dit. Ces situations ne sont pas toujours souhaitées, restent imparfaites, mais prouvent pourtant qu'il n'est pas impossible de travailler ainsi !

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JÉRÉMY REBOUL

Journaliste et entrepreneur
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JÉRÉMY REBOUL

7 mai 2016 10:30:47

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