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JÉRÔME HUET

Publié dans : Les articles Culture de Jérôme Huet

Black Sabbath, "13"

Retour tonitruant du groupe de heavy metal britannique avec "13", leur meilleur album depuis...1980.

Sombre

Certains groupes comme AC/DC ou les Rolling Stones ont développé un son tellement caractéristique qu'il en est devenu une marque de fabrique reconnaissable entre mille.

Sans aller jusque-là, Black Sabbath, avec sa rythmique lourde, ses riffs de guitares sombres et lugubres, aura parfaitement mérité le qualificatif de groupe fondateur du heavy metal, aux côtés de formations plus populaires comme Deep Purple et Led Zeppelin.

Suraigu

En activité, bon an mal an, depuis 1968, Black Sabbath repose avant tout sur deux individualités: le chanteur Ozzy Osbourne, se caractérisant par son chant suraigu, et le guitariste Tony Iommi, intéressant croisement entre la guitare "sale" d'un Link Wray et la dextérité jazz d'un Django Reinhardt.

Si leurs classiques comme "Paranoid" ou "Heaven And Hell" ont posé les fondations du heavy metal et façonné les Slayer, Iron Maiden ou Metallica chers à nos coeurs, on aurait tort de résumer et restreindre l'influence du groupe à ce seul style: certains groupes de factures plus classiquement rock (Guns N'Roses, Foo Fighters, Smashing Pumpkins, System Of A Dawn) ou orientées plus progressives (Alice In Chains, Faith No More, White Zombie) perpétuent aussi à leur manière l'héritage du riff lourd et sombre construit et creusé par Tony Iommi.

Reformation

La formation originale de Black Sabbath avait commencé à plancher sur un nouvel opus studio en...2001.

Ajourné pour cause d'enregistrement du côté d'Ozzy Osbourne (son huitième album solo "Down To Earth"), et repoussé aux calendes grecques pendant dix ans, le projet reprend forme en novembre 2011, lorsque le trio de membres originaux annonce officiellement sa reformation, avec l'apport du batteur Brad Wilk, ex-Rage Against The Machine, en remplacement du batteur originel Bill Ward, visiblement lassé des frasques du rock'n'roll circus et de la compagnie de ses anciens acolytes.

Sorcier

"13" est le dix-neuvième album studio de Black Sabbath. Il s'agit du premier depuis le très dispensable "Forbidden" en 1995, et surtout le premier album studio avec Ozzy Osbourne depuis "Never Say Die!" en...1978 !

Ce qui pourrait passer, légitimement, pour une reformation artificielle façon The Who est contrebalancé par la bonne nouvelle: c'est le sorcier des platines Rick Rubin qui est aux commandes de l'opération. Rick Rubin: producteur visionnaire, l'homme responsable des meilleurs efforts studio des Beastie Boys et des Red Hot Chili Peppers.

Les sessions d'enregistrement ont lieu au Shangri La Studios de Los Angeles, d'août 2012 à janvier 2013. Le groupe enchaine sur une tournée en avril et mai de cette année en Australie et au Japon pendant que, en parallèle,parait le premier titre extrait de l'album, "God Is Dead" .

Dans un premier temps disponible sur iTunes le 03 juin, "13" sort dans sa version physique une semaine plus tard.

"13"

Rangé depuis, au bas mot, trente ans par ceux qui (à l'instar de l'auteur de ces lignes...) ne voyaient plus en Black Sabbath qu'un dinosaure du circuit rock ne parvenant plus qu'à émouvoir les vieux fans les plus indulgents à coup d'albums poussifs, sur le modèle de Deep Purple période Ritchie Blackmore ou le Aerosmith des quinze dernières années, le groupe remis en scelle par le génial Rick Rubin va, avec "13", remettre "les pendules à leur place", comme dirait Johnny Hallyday (qui s'y connait en retours de grâce et en concepts pharaoniques).

Saluons d'abord le travail du batteur Brad Wilk qui n'essaie même pas de se glisser dans la peau de son aîné démissionnaire Bill Ward: il apporte son jeu tout personnel, rodé chez Audioslave, en se greffant à l'esprit et au son Black Sabbath.

Le gros de l'affaire, c'est bien sûr le retour au bercail d'Ozzy Osbourne: le pauvre Ronnie James Dio s'évertuait à tenter de le remplacer, en pure perte, depuis plus de trente ans. Osbourne,avec des compositions enfin à son niveau, loin de ses tristes efforts solo, prend un plaisir manifeste à chanter; la voix bien assurée au milieu du fracas des guitares et de la section rythmique martiale menée à la baguette par le bassiste Geezer Butler, sorte de Charlie Watts du groupe sur qui tout semble reposer; de la qualité des compos ( qu'il signe pour une bonne partie) à la cohérence de l'ensemble.

Car c'est là une sacrée surprise: sur les cinquante-trois minutes que dure ce "13", aucun temps mort et aucun titre râté. Loin de tomber dans le piège de l'auto-caricature (non, nous n'évoquerons pas Alice Cooper...) et oscillant entre Metallica période "Load" et l'univers noir et étouffant de Alice In Chains, des titres comme "End Of The Beginning" , "Age Of Reason" ou "Damaged Soul" renvoient là où Black Sabbath avait laissé les choses: directement en...1980 et leur dernier vrai grand disque, ce "Heaven And Hell" qui ouvrait la voie à trois décennies de marasme discographique.

Numéro un

Dans un monde où la tête des hit parades est trustée par Rihanna et autres médiocrités à la James Blunt, sacrée surprise de voir qu'un album aussi noir et difficile d'accès que "13" ait atteint la première place des charts anglais, et ce quarante-trois ans après "Paranoid" , battant ainsi le récent record de Bob Dylan qui avait placé son "Together Through Life" à la même position "seulement" trente-neuf ans après l'album "New Morning" de 1970.

Avec une audience nouvelle et rajeunie, et un nouvel album réussi gorgé des riffs assassins et de la noirceur qui ont fait sa légende, Black Sabbath vient d'effectuer un retour en pleine lumière.

La messe noire n'est pas terminée et devrait même conquérir de nouveaux adeptes...

À propos de l'auteur

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JÉRÔME HUET

Formateur en Anglais et Français Langue Etrangère, j'enseigne
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