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JÉRÔME HUET

Publié dans : Les articles Culture de Jérôme Huet

Edward Hopper, rétrospective au Grand Palais.

Jusqu'au 28 janvier 2013, le Grand Palais de Paris accueille une rétrospective de l'artiste américain, chantre de la mélancolie et de la solitude.

Illustrateur

Né au sein d'une famille modeste en juillet 1882 dans l'Etat de New York, Edwar Hopper quitte sa ville natale après son bac pour s'installer à New York pour se former au métier d'illustrateur.

C'est lors de son cursus à la New York School Of Illustrating que Hopper a la révélation de ce qui deviendra sa marque de fabrique: la représentation des scènes réalistes de la vie urbaine.

Ses trois stages parisiens effectués entre 1906 et 1910 pour complémenter sa formation lui permettent, non seulement d'affiner sa technique encore débutante, mais aussi, accessoirement, de se familiariser avec les courants esthètiques européens et ses représentants comme Velasquez, Rembrandt, Goya et Vermeer, qui l'inspireront étroitement, et de tomber littéralement amoureux de la culture française: les premiers tableaux connus de Hopper représentent des vues de Paris; mention spéciale à ses nombreux croquis de la Seine.

Paysages américains

Définitivement installé à New York en 1908, Hopper gagne sa vie comme dessinateur publicitaire, mais il ne s'épanouit pas dans cette branche. Il développe donc des propres oeuvres, en grande majorité des eaux-fortes, en parallèle à son travail; et c'est au tout début des années 1920 que son nom commence à circuler parmi ceux qui comptent sur la scène contemporaine.

Cette période le voit affirmer son style propre, en se consacrant aux paysages américains ruraux: la présence humaine y est réduite à son strict minimum, et il faudra attendre le début de la décennie suivante pour voir des personnages peupler ses tableaux; tendance qui ne fera que s'accentuer jusqu'à la fin de sa carrière.

Société contemporaine

Les premiers paysages ruraux crées par Hopper ont pour particularité d'être désertés, évoquant toujours l'idée de fuite et de voyage: partant du postulat que la civilisation est donc ailleurs, Hopper, passionné d'architecture, va donc se tourner naturellement vers les paysages urbains, là où se trouve la société contemporaine.

C'est effectivement sur la thématique de la vie moderne en société que Hopper excelle: citadin jusqu'au bout des ongles, il n'envisage la ville que sous l'angle de l'économie tertiaire (bureaux, voies ferrées, cinémas) en pleine révolution et des lieux de socialisation (bars, rues, restaurants) qui, paradoxalement, isolent toujours plus l'individu dans sa solitude.

Une version urbaine du bucolique Norman Rockwell en somme; ce dernier dépeignant plutôt la monotonie des petites et moyennes villes américaines.

American way of life

A partir de là, Hopper va développer la trame hyper réaliste qui va désormais être sa marque de fabrique: la description de la vie quotidienne des américains moyens, le fameux American way of life qui, en ce début de XXeme siècle, commence à s'imposer au reste de la planète dans l'imaginaire collectif: les motels, stations service, rues et autres diners typiques des Etats-Unis (cf. "Noctambules", sa toile la plus connue, ou Hôtel Près D'une Voie Ferrée" , illustrant le concept de solitude à deux) montrent le spleen des grandes villes qui inspirera des décenies plus tard l'ultra moderne solitude chantée par Souchon.

Sentiment d'exclusion

Avec ses grands espaces et ses personnages noyés dans l'anonymat urbain ne renvoyant rien d'autre qu'un sentiment d'exclusion subit plutôt que choisi, Hopper se place dans la lignée des porte-parole de l'Amérique des anonymes et des obscurs, l'équivalent pour la peinture de ce que furent Faulkner pour la littérature ou Hank Williams pour la musique populaire.

Avec son caractère très photographique, la peinture de Hopper ne pourra qu'influencer considérablement toute une catégorie de réalisateurs: de Hitchcock, pour qui la maison de "Psychose" est une référence directe à "La Maison Au Bord De La Voie Ferrée" au motel terrifiant du David Lynch de "Lost Highway" (rien que le titre consitue un hommage en soi), en passant par "Géant" de Georges Stevens, "Barton Fink" des frères Coen, ou bien évidemment l'oeuvre entière de Wim Wenders dont "Paris Texas" en est l'exemple le plus frappant, les toiles de Hopper auront profondément marqué le cinéma américain contemporain.

Inspiration

On aurait tout de fois tort de cantonner l'influence de Hopper au strict cadre cinématographique, même si c'est là où elle est la plus évidente: le travail du peintre a aussi été une grande source d'inspiration pour d'autres domaines d'expression artistique.

Le fameux album de BD de Guy Peelaert, "Rock Dreams", avec ses rencontres improbables entre rock stars seules mais pas solitaires et quidams paumés, peut tout à fait rentrer dans la lignée des thématiques chères à Hopper, tout comme l'aliénation et la résignation quotidienne des Mr.Nobody de l'Amérique contemporaine chantées à longeur de couplets par de grands song writers comme Tony Joe White, Johnny Cash ou John Fogerty.

Et en France?

Si on devait chercher une descendance en France à l'univers de Edward Hopper, on irait chercher du côté de...la chanson.

Archétype de l'homme urbain solitaire et fragile, Alain Souchon est un personnage très Hooperien; tout comme "Il Voyage En Solitaire", le hit culte de Gérard Manset, ou les meilleures ballades de Johnny Hallyday ("Quelque Chose De Tennessee", "Chacun Cherche Son Coeur",ou la toute récente "Un Tableau de Hopper": difficile de faire plus explicite!) avec qui le peintre aurait probablement pu partager son goût des grands espaces américains comme sa tendance flagrante à une profonde mélancolie.

C'est en tout cas Hubert-Félix Thièfaine qui signe le meilleur hommage du lot avec sa chanson "Compartiment C, Voiture 293" en 2011; reprenant le titre d'une toile de Hopper qui évoque la lecture comme remède à la solitude.

Avec l'essor des villes tentaculaires et leur lot de résignation et de solitude, l'héritage de Edward Hopper ,n'est pas prêt d'être dilapidé....

À propos de l'auteur

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JÉRÔME HUET

Formateur en Anglais et Français Langue Etrangère, j'enseigne
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