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JÉRÔME HUET

Publié dans : Les articles Culture de Jérôme Huet

"God Bless America", de Bob Goldthwait

La nouvelle réalisation de Bob Goldthwait a fait sensation lors du dernier festival de Deauville: un film décoiffant et jubilatoire.

Multicarte

Quasi inconnu en Europe, Bob Goldthwait s'est fait une réputation de touche-à-tout aux Etats-Unis où, en l'espace de quinze ans, le public américain l'aura vu tour à tour acteur de one-man-show, comique télévisuel, acteur crédible de seconds rôles dans diverses comédies hollywoodiennes et réalisateur du talk show "Jimmy Kimmel Live".

Auréolé de cette réputation multicarte, Goldthwait livre le très oubliable "World's Greatest Dad" en 2008, première réalisation à connaitre un succès d'estime en Europe.

Changement radical de sujet, de style et de ton pour sa toute nouvelle réalisation sortie en France le 10 octobre dernier.

Société déshumanisée

Homme d'âge mûr seul et solitaire, Frank (Joel Murray) apprend qu'il souffre d'une grave maladie qui va bientôt l'emporter. Passé le choc de la nouvelle, et n'ayant définitivement plus rien à perdre, il décide de dégommer purement et simplement les personnes les plus méprisables qu'il croise sur son chemin.

Bientôt, Franck se retrouve rejoint dans sa croisade par une équipière très particulière...

Croisant le fer avec une société déshumanisée et surtout minée par le conformisme et la médiocrité, Frank est bien plus qu'un brave type pétant les plombs dans un moment de désespoir: jamais son personnage n'est montré comme un psychopathe pervers et cruel, mais juste comme un homme anonyme et banal à qui tout un chacun peut s'identifier, et quiconque ayant déjà eu envie d'égorger un spectateur indélicat parlant sur son portable dans une salle de cinéma ne pourra que se ranger du côté de Frank...

Humour noir

Sortant à quelques mois de la tuerie de Denver, "God Bless America" fera froncer les sourcils des défenseurs du politiquement correct accusant les artistes de tous les maux, mais trouvant tout à fait normal de pouvoir aller acheter une arme à feu aussi facilement qu'une baguette de pain.

Sauf que la bonne grosse dose de provoc et surtout d'humour noir induisent une distance certaine qui permet de dédramatiser les situations les plus extrêmes: ainsi, quand Roxy et Frank fusillent à tout va au son de "It's Oh So Quiet" (la bande son, d'Alice Cooper aux Black Rebel Motorcycle Club, est d'ailleurs irrésistible), on ne saurait nullement suspecter le réalisateur d'éprouver de la fascination pour la violence qu'il filme, comme pouvait l'être, à raison, le Heneke de "Funny Games".

Emissions débiles

Dans "Chute Libre", probablement l'exemple le plus fameux de pétage de plombs porté sur grand écran, le personnage d'anti héros joué par Michael Douglas finit par tuer un homme se révèlant être un nazi.

Ici, pas besoin de parvenir à une telle extrêmité: Frank tue des gens normaux ,des américains moyens rendus amorphes, stupides ou réacs (ou tout cela à la fois) par les émissions débiles squattant les écrans à longueur d'antennes: Fox News et son info servant de propagande à l'extrême droite, les télé-évangèlistes homophobes, les shows de real tv où des gamines de 16 ans pleurent parce qu'elles n'ont pas eu pour leur anniversaire la voiture qu'elles souhaitaient, toutes ces séquences réelles constituent la base sur laquelle le personnage de Frank va partir en croisade, en s'attaquant non pas aux présentateurs des émissions en question mais....à ceux qui les regardent.

Duo improbable

Si on était en droit d'attendre une sorte de version 2012 de "Tueurs Nés" au vu d'un tel scénario, la différence avec le road movie azimuté d'Oliver Stone est frappante: celui-ci s'attaquait aux médias faisant des stars de deux paumés nihilistes, alors que Frank et Roxy s'en prennent à leurs spectateurs.

Duo improbable sur le papier, l'ado fugueuse et le solitaire bourru se contrebalancent et se complètent l'un l'autre. En définitive, ces deux-là nous font surtout penser à de modernes Bonnie and Clyde. Des justiciers qui rendraient à leur manière une sorte de justice sociale et culturelle.

À propos de l'auteur

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JÉRÔME HUET

Formateur en Anglais et Français Langue Etrangère, j'enseigne
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