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JÉRÔME HUET

Publié dans : Les articles Culture de Jérôme Huet

Hanni El Khatib, "Head In The Dirt"

Deuxième album du rocker californien produit par Dan Auerbach des Black Keys, sous forte influence garage.

Enfant gâté

C'est l'histoire d'un enfant gâté qui fait un caprice.

Il sait que sa position privilégiée lui permet d'obtenir de ses parents ou ses proches tout ce qui lui fait plaisir. Notre enfant décide donc de commander un kit complet de plongée. Seul souci: il ne sait pas nager...Donc une fois le kit exigé et obtenu, il se noie dès sa première excursion en mer.

C'est peu ou prou ce qui est arrivé à Lou Doillon, Laura Smet, Melanie Laurent ou Lulu Gainsbourg: des artistes ou people s'étant piqué de s'attaquer à la chanson (qui ne leur avait pourtant rien fait) et qui se sont artistiquement plantés au delà du raisonnable.

HUF

Quand Hanni El Khatib, jusque-là connu comme directeur artistique de la marque de vêtements HUF, plutôt destinée aux amateurs de skateboard californiens, a décidé de se consacrer à la musique, avouons-le, on a ricané: avec en mémoire les exemples cités plus haut, on a d'abord cru à une cynique campagne de marketing visant à plumer le public jeune et branchouille fan de mode et de culture urbaine.

Seulement voilà: signé sur le label indépendant Innovative Leisure, El Khatib enregistre deux singles brut de décoffrage, très influencés par le punk et la garage, qui servent d'apéritif bien tassé au plat de résistance "Will The Guns Come Out" , premier album paru en septembre 2011.

Et là, nos zygomatiques ont définitivement cessé de fonctionner.

Sauvage

L'album, on y sont repris des classiques comme le "Heartbreak Hotel" d'Elvis ou le traditionnel "You Rascal You" , bien connu du public français grâce à son adaptation livrée par Serge Gainsbourg sous le titre "Vieille Canaille" , est fondamentalement rock, brut et nerveux; comme un album crée dans les années 1950 avec le son et la technologies des années 2010. Classique et moderne, rétro et décalé à l'image de son interprète; idôlatré par la branchitude mondiale mais arborant ostensiblement tatouages et banane comme même les Stray Cats n'ont jamais osé le faire.

Dan Auerbach

Lors d'une tournée européenne en 2012 faisant escale à Paris, Hanni El Khatib rencontre et sympathise avec Dan Auerbach, guitariste et chanteur des excellents Black Keys.

Les eux hommes partagent la même passion du rock des origines ainsi que de ses racines blues: le coup de foudre, artistique et amical, est immédiat.

Aussi Auerbach propose-t-il derechef à El Khatib de produire son second album, chez lui à Nashville.

Energie punk

On a souvent comparé, à raison, les Black Keys et les White Stripes: même passion pour le rock et le blues organique, même énergie punk et même talent pour l'accroche mélodique, le groove et les riffs saignants.

En retrait momentané de son groupe, Dan Auerbach, comme Jack White dans la même ville de Nashville, d'adonne avec talent à l'activité de producteur: une seule écoute du nouvel album, "Head In The Dirt" , démontre que la rencontre s'est jouée au sommet.

"Head In The Dirt"

33 minutes. C'est juste le temps que dure l'album. Comme une pure bouffée d'adrénaline gorgée de testostèrone après une virée express en Harley dans les plaines du Wyoming.

Dans la parfaite continuité de son prédecesseur, "Head In The Dirt" perpétue le son garage truffé d'énergie punk auquel s'ajoute l'influence évidente des Black Keys: Dan Auerbach a fait bien plus que produire l'album, il a participé aux compositions et cela s'entend. "Family" ou le morceau titre pourraient sans aucun souci figurer sur le prochain opus des Black Keys.

Dans la logique qui est la sienne, le tandem El Khatib/Auerbach a poussé encore plus loin l'esprit garage que sur le premier album du chanteur: "Save Me" déboule tout droit du répertoire des Stones période "Soul Survivor" et s'autorise même à signer le meilleur titre du lot avec un petit bijou de pop sucrée, inattendu ici: "Penny" est un modèle du genre que n'auraient pas reniés les Troggs ou les Them produits par Phil Spector.

Comprenant qu'il est toujours souhaitable d'élargir son spectre musical, en plus de s'attaquer brillament à la pop, Hanni El Khatib se mesure également...au reggae, mais au reggae au sens où les Clash de "Straigh To Hell" le concevaient: "Nobody Move" est un clin d'oeil évident au quatuor britannique qui se voit légitimement hissé au même niveau que les pionniers rock'n'roll fifties et sixties; preuve que Dan Auerbach, comme encore une fois Jack White, ne perd jamais une occasion de rendre hommage à ses racines et influences de jeunesse.

Intemporel et rétro à la fois, "Head In The Dirt" ravira les inconsolables de la séparation des White Stripes, et offre certainement une bonne idée de ce à quoi ressemblera au moins partiellement le prochain album des Black Keys. Avec un album de cette tenue, la barre sera haute à atteindre.

À propos de l'auteur

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JÉRÔME HUET

Formateur en Anglais et Français Langue Etrangère, j'enseigne
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