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JÉRÔME HUET

Publié dans : Les articles Culture de Jérôme Huet

Johnny Hallyday, "L'attente"

Un nouvel album réussi qui devrait faire oublier le relatif échec commercial du précédent opus du chanteur.

Revanche

Réalisé pendant la pause estivale de son actuelle tournée, le nouvel album de Johnny Hallyday a pour but de prendre une double revanche: revanche sur les rumeurs alarmistes s'étant multipliées pendant l'été quant à son état de santé supposé, et revanche surtout sur l'échec commercial de son précédent album, "Jamais Seul", réalisé par Mathieu Chédid (alors qu'il s'agissait de son meilleur depuis "Rough Town" en 1994).

Vendre à peine 200.000 exemplaires d'un album en temps d'effondrement total de l'industrie musicale est un score tout à fait honorable. Quand on s'appelle Johnny Hallyday, c'est un échec: la nouvelle réalisation se devait donc d'être rapide et efficace afin de corriger l'erreur de tir.

Image erronée

Et si le souci venait d'ailleurs? On l'a déjà évoqué lors de précédents papiers, enfonçons le clou: la qualité des albums de Johnny est rarement en cause, le problème vient du décalage entre son univers réel et l'image qu'il veut bien colporter à longueur de médias.

Si des singles conçus pour un large public comme "Marie" ou "Mirador" cartonnent en terme de chiffres de vente, ils ne représentent en rien le style musical du chanteur et en donnent une image erronée; un peu comme lorsque Aerosmith se ridiculise en racolant avec des guimauves fm du style de "Cryin'" ou "I Don't Want To Miss A Thing" auprès d'un grand public qui n'écoutera jamais leurs grands faits d'arme comme "Rocks" ou "Pump".

Quinze dernières années

Une fois de plus, et tristement, le schéma se répète avec ce nouvel album annoncé par un titre absolument pas représentatif de son ambiance et encore moins de son style musical: signé par un Christophe Miossec amorphe qui avait pourtant particulièrement brillé sur "Sang Pour Sang" en 1999 (toujours la plus grosse vente de Johnny à ce jour) , "L'attente" est une pure commande commerciale permettant de passer chez Drucker ou sur les ondes de RTL mais qui ne convaincra en rien les amateurs de Jack White.

Problème récurrent donc. Si l'on prend d'ailleurs les quinze dernières années, combien de singles corrects, si l'on excepte les semi réussites que furent "Debout" (1998) et "Chavirer Les Foules" (2007)?

Sortis en catimini avec une promo minimale, seuls "L'instinct" (2002), "Je N'ai Jamais Pleuré" (2003) et "La Paix" (2006) seront venus rassurer les fans et rappeler au grand public (qui les aura superbement ignorés...) une évidence: que Johnny Hallyday est un chanteur de rock'n'roll.

Pointures

De Mick Jones à Taj Mahal en passant par Jimmy Page ou Peter Frampton, c'est peu de dire que Johnny Hallyday a toujours su s'entourer d'excellents musiciens, et une pleine page ne suffirait pas à relever le nombre de pointures ayant partagé scène ou studio à ses côtés.

Pour "L'attente", Johnny et son directeur artistique Bertrand Lambot ont fait entre autres appel à Brian Ray, déjà guitariste de scène du chanteur à la fin des années 1990 avant d'aller marivauder auprès d'un certain Paul Mc Cartney et surtout, pour la première fois, à l'excellent Fred Koella (Bob Dylan, Willy Deville).

Si la production fait la part belle aux guitares façon ZZ Top, celles-ci n'écrasent jamais les autres instruments et surtout pas la voix de Johnny, toujours aussi belle, juste et puissante.

Café corsé

En éternel adepte du mélange des genres à dominante café corsé qui est sa marque de fabrique, Johnny a cette fois demandé aux auteurs et compositeurs sélectionnés (parmi lesquels Daran, Archimède, Emmanuelle Cosso ou Christophe Miossec) de lui confectionner un écrin où il puisse livrer une démonstration partielle du (très) large éventail vocal dont il est capable: chanson ("20 Ans", "Un Nouveau Jour"), country ("La Femme Aux Cheveux Longs", "Un Tableau De Edward Hopper"), blues ("A L'abri Du Monde"), pop moderne ("N'en Vouloir A Personne", "Devant Toi", très Coldplay) ou rock de la plus pure veine balayant tout sur son passage ("Refaire L'histoire", "Prière A Un Ami", "L'amour A Mort") évoquant Bob Seger croisant le fer avec AC/DC et qui ne manquera pas de faire couler une larme aux vieux de la vieille blanchis sous le harnais des grands faits d'armes Hallydéens comme "Insolitudes" ou "Nashville 84".

Réinventer

Plus proche de la pop contemporaine que du rock'n'roll originel, comme le furent en leur temps des albums comme "Sang Pour Sang" ou "Rock'n'Roll Attitude", mais nullement déshonorant, "L'attente" permet à Johnny de se réinventer une nouvelle fois; caméléon en perpétuelle mutation, tout en restant lui-même.

Avec un album réussi, une tournée triomphale qui devrait jouer les prolongations pendant encore un an et divers projets (un album de duos avec des artistes anglo-saxons, un film avec Lelouche et un autre avec Tarantino), le Godfather du rock français, à bientôt 70 ans (le 15 juin 2013), n'a définitivement pas l'intention de remiser le perfecto au vestiaire.

À propos de l'auteur

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JÉRÔME HUET

Formateur en Anglais et Français Langue Etrangère, j'enseigne
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