user_images/207464_fr_img0074a.jpg

JÉRÔME HUET

Publié dans : Les articles Culture de Jérôme Huet

Keith Haring, exposition au Musée d'Art Moderne de Paris

Ouvrant ses portes ce week end jusqu'au 18 août, une exposition retrace la carrière fulgurante de l'artiste américain, décédé en 1990 à l'âge de 31 ans.

New York, années 1980

La rétrospective consacrée à Jean-Michel Basquiat en 2010 par le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris n'avait pas été qu'un franc succès commercial: couplée à l'exposition Larry Clark, celle-ci avait permis de combler les passionés de culture underground en permettant à un public plus large de se familiariser avec une esthétique très référencée, celle du New York des années 1980, ayant fortement influencé la culture populaire de ce début de millénaire.

Aussi, ce n'est qu'une demi surprise que de voir une exposition ouvrir ses portes ce week end dans le même lieu, en se basant cette fois-ci sur l'oeuvre de l'artiste Keith Haring; indissociable dans l'imaginaire collectif de Jean-Michel Basquiat.

Retour sur une oeuvre et sur une vie.

Enfermé

Né en mai 1958 en Pennsylvanie, le jeune Keith Haring, passioné de dessin, entreprend des études de graphisme à Pittsburgh, la ville d'origine de son idole Andy Warhol.

Abreuvé par la contre-culture new yorkaise qui est la marque de fabrique de la ville, le jeune homme se sent enfermé dans sa vie d'étudiant de province et décide de se jeter à fond dans la vie foisonnante et gorgée d'énergie de la big apple : la fin des années 1970 à New York, avec ses clubs d'avant-garde comme le Studio 54 et sa vie nocturne débridée, permet au jeune Keith de satisfaire sans modération sa boulime de drogues, fêtes, alcool, et rencontres sans lendemains.

De fêtes en expos et de fil en aiguille (c'est le cas de le dire...), il se lie avec des personnalités en devenir de sa génération, comme Madonna, Jay Mc.Inerney ou Jean-Michel Basquiat avec qui il devient très rapidement ami. Ce dernier lui permet d'exposer ses premiers travaux au Club 57, sorte de Factory à la Warhol de l'époque faisant autorité dans le milieu de la mode, de l'avant-garde artistique et de la branchitude.

Graffiti

Très marqué visuellement comme la majorité des artistes de cette génération par le street art et plus particulièrement le graffiti, Keith Haring, outre Andy Warhol auquel il voue un culte, est particulièrement influencé par le travail d'artistes comme Brion Gysin et Jean Dubuffet.

Ses premières oeuvres, dessinées à la craie blanche dans le métro ou sur les trottoirs de l'East Village, sont des esquisses de ce qui fera le style Haring: la répétition, s'étirant à l'infini, de formes abstraites soulignées de noir avec des couleurs très vives. Là encore, l'influence de Warhol est criante: mais le coup d'éclat de Keith Haring aura été de digérer l'influence de son maitre pour se l'approprier et en faire une marque de fabrique reconnaissable entre mille.

Figuration libre

Même si le style de Keith Haring est davantage ancré dans le street art américain, comme l'est aussi celui de Jean-Michel Basquiat, l'artiste reste tout de même une figure de proue de la figuration libre.

Très médiatisé en France dans les années 1980, ce mouvement, constitué autour de personnalités marquantes et talentueuses comme François Boisrond, Hervé Di Rosa ou Robert Combas, a pour pendant américain le courant Bad Painting aux Etats-Unis: Keith Haring donc, mais aussi Kenny Scharf ou encore, une fois de plus, Jean-Michel Basquiat.

Ces réalisations, le plus souvent abstraites et bariolées de couleurs vives, ont pour principales spécificités d'être ouvertes aux formes d'expression marginales et rejetées par l'establishment comme l'académie culturelle: le surréalisme, la BD, l'univers de comics et de l'art de rue, voire la publicité, cohabitent ainsi avec l'art "cultivé" et occidental dans un refus total de la hiérarchie, de l'ordre établi et de la nostalgie.

Art démocratisé

Organisée en 1982, la première exposition lui étant exclusivement consacrée permet à Keith Haring, à seulement 24 ans, de rencontrer une énorme succès.

Moqué à l'époque par certains, qui l'adulent aujourd'hui, pour ses oeuvres connotées soi disant trop enfantines ou naïves, le propos de l'artiste est bien plus sombre qu'il n'y parait: animaux, anges, danseurs androgynes ou objets de consommation courante semblent animés d'une pulsion sexuelle et morbide; traduction des premiers ravages du sida qui décime la communauté gay en ce début de nouvelle décennie.

En parallèle à sa notoriété internationale croissante, laquelle culminera par la réalisation de la fresque de l'hôpital Necker à Paris, Haring participe à la réalisation d'une vision de l'art démocratisé: il ouvre le Pop Shop à New York en 1986 dans l'optique de rendre accessibles ses oeuvres au plus grand nombre; démarche très controversée dans laquelle ses détracteurs ne voient que cynisme et mercantilisme.

Révéré

Atteint à son tour par le sida, Keith Haring a le temps d'ouvrir une fondation en 1989 dédiée à la lutte contre cette maladie.

Révéré par des artistes aussi divers que Madonna ou William Burroughs, Keith Haring meurt en février 1990, à seulement 31 ans.

Son style, aussi caractéristique des années 1980 que ne l'est celui d'un Jean-Paul Gaultier pour la mode, peut trouver écho dans l'identité graphique et visuelle de groupes comme De La Soul ou Arrested Development. Des artistes qui, comme Keith Haring, dissimulent la noirceur sous un déluge de couleurs.

À propos de l'auteur

user_images/207464_fr_img0074a.jpg

JÉRÔME HUET

Formateur en Anglais et Français Langue Etrangère, j'enseigne
  • 110

    Articles
  • 4

    Séries
  • 0

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!