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JÉRÔME HUET

Publié dans : Les articles Culture de Jérôme Huet

"Ready To Die", Iggy and The Stooges

Nouvel album, inégal mais intéressant, du groupe de Detroit, six ans après le plantage intégral de leur précédent opus.

Formation majeure

Le nouvel album d'une formation majeure est souvent problématique: immanquablement confrontés à leurs classiques d'antan, les artistes qui ont compté doivent à la fois, pour ne pas décevoir, être fidèles à leur légende et, si possible, continuer à suprendre et innover.

Attendu comme le messie, le nouvel album de David Bowie a divisé et des artistes comme Bob Dylan ou les Stones ont depuis longtemps privilégié la scène en lieu et place de la création.

Bénéficiant d'un retour en grâce aussi inattendu que spectaculaire depuis 2005, Iggy and the Stooges n'en finit pas de tourner autour du monde et publie aujourd'hui un nouvel album.

Second round

Réactivés pour quelques titres sur disque en 2003, mais surtout sur scène deux ans plus tard dans sa formation originale par un Iggy Pop clairvoyant sur l'impasse où le menait sa carrière de crooner/rocker décalé, The Stooges aura bénéficié d'un second round de carrière lui donnant (enfin) la reconnaissance et l'audience plus populaire que méritait cette formation née à Detroit au milieu des années 1960, auteur de trois albums imparables; classiques parmi les classiques qui auront totalement influencé le punk comme le metal en fédérant, exploit, les deux publics.

La mort de Ron Asheton en janvier 2009 aurait pu porter un coup fatal aux Stooges. Malin comme pas deux, Iggy Pop va donc rechercher James Williamson, depuis longtemps retiré du grand cirque rock'n'roll et mythique guitariste de l'album "Raw Power" , pour rejoindre le groupe.

Incarnation

Le retour en studio des Stooges, dans sa version originale, avec "The Weirdness" en 2007 avait été un échec sans appel ainsi qu'une terrible déception pour les fans hardcore du groupe qui n'osaient même plus espérer une suite à "Raw Power".

La leçon a été retenue. Dans sa nouvelle incarnation (Iggy Pop donc, mais aussi le tandem John Williamson/Scott Thurston aux guitares, le bassiste Mike Watt et le batteur historique Scott Asheton), le groupe est retourné en studio.

Le rôle de producteur, qui été revenu à Steve Anbini avec le résultat désastreux que l'on sait en 2007, échoit cette fois à...James Williamson. Tout le monde sait que Les Stooges ne feront plus "Fun House" comme David Bowie ne publiera plus "Station To Station" , mais quoi de mieux pour faire rêver les fans que de savoir aux commandes le génial guitariste et compositeur de classiques imbattables comme "Gimme Danger" ou "Your Pretty Face Is Going To Hell" ?

"Ready To Die"

Sans être exceptionnelle, on peut dire que la cuvée 2013 de ce "Ready To Die" est un bon cru.

Si on met de côté des titres trop lisses et calibrés hard fm comme "Gun" et "Dirty Deal" , qu'on croirait échappés des sessions de l'album précédent, on appréciera le travail du groupe, uni et soudé sur le morceau titre, ou encore "DD'S" , le single "Burn" ou "Job" dans lequel Iggy Pop retrouve le ton narquois et menaçant qui est sa marque de fabrique; et le meilleur titre du lot, "Sex And Money", avec ses choeurs, ses claps, son saxo et son riff de guitare sèche, renvoie carrément à "I Wanna Be Your Dog" et l'époque où Iggy and The Stooges était la caisse de résonance de tous les marginaux, asociaux, freaks et inadaptés de la planète.

Sinatra

Artiste ouvert et intelligent aux influences multiples, Iggy Pop n'a jamais caché son admiration pour Frank Sinatra.

Aussi aura-t-il multiplié les hommages et clins d'oeil en studio lors de sa carrière solo, parfois agréablement ("Avenue B" en 1999, sous estimé) mais aussi en se plantant gravement: son album de reprises de chansons françaises paru l'an passé, "Après" , produit à la va-vite et chanté en français comme Frank Ribéry parle allemand, a embarrassé jusqu'à son carré de fans le plus fidèle.

Cette fois, ce sont les titres "Unfriendly World" et "The Departed" qui font figure d'hommage au roi des crooners avec, comme à l'accoutumée, des fortunes diverses: le premier titre est tout à fait dispensable mais le second, dédié aux disparus des accidents de la route du rock'n'roll, est convainquant et émeut comme un bon titre country de Willie Nelson.

Satisfaction

Engagés dans une tournée perpétuelle qui semble n'avoir pour unique but que de ne jamais finir, les Stooges ont commencé à défendre plusiueurs titres de "Ready To Die" sur scène, aux côtés de leurs grands classiques.

De tout temps, le rock'n'roll, dans sa forme la plus primitive et donc la plus efficace, a toujours affiché un premier degré revendiqué et un besoin de satisfaction immédiat. Avec sa rage et sa candeur adolescente, ce nouvel (et dernier?) album des Stooges, va encore une fois provoquer haussements de sourcils et sarcasmes de la part des beaux esprits auto proclamés qui trouvent normal de considérer Lou Doillon ou Carla Bruni comme des artistes, et pour qui se prosterner tous les jours plus bas devant les traders, l'économie de marché et le sport est normal, tout comme écouter parler Eric Cantona comme s'il s'agissait du nouveau Jean-Paul Sartre.

Si, en 2013, Iggy and The Stooges peut encore provoquer ce genre de réaction épidermique, on en oubliera volontiers les baisses de régime d'un album inégal mais intéressant: le simple fait qu'Iggy (et son groupe) soit toujours là, debout et vivant, tient déjà de toute façon du miracle.

À propos de l'auteur

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JÉRÔME HUET

Formateur en Anglais et Français Langue Etrangère, j'enseigne
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