">
user_images/207464_fr_img0074a.jpg

JÉRÔME HUET

Publié dans : Les articles Culture de Jérôme Huet

"The Bling Ring", Sofia Coppola

La cinquième réalisation de l'enfant chéri du cinéma indépendant américain, dénonçant la vacuité de l'apparence, épingle un certain air du temps.

Enfant chéri

En 2000, "Virgin Suicides" marque les débuts fracassants de Sofia Coppola derrière la caméra. Toujours plébiscitées par la critique et clivant les spectateurs entre fans plutôt arty et grand public plus réservé, ses réalisations ("Lost In Translation" , "Marie Antoinette" et le plus contesté "Somewhere ) l'installent comme l'enfant chéri du cinéma américain indépendant et l'incarnation d'un certain chic contemporain; quelque chose comme l'équivalent cinématographique de groupes comme Air ou Phoenix, au risque (pas toujours évité...) de verser dans le cliché de l'artiste culturellement correct qui a fini par avoir la peau d'une formation comme Radiohead.

The Bling Ring

Retrouvant Cannes et son festival treize ans après le coup de génie inaugural de "Virgin Suicides", Sofia Coppola a vu sa dernière réalisation présentée en ouverture de la sélection "Un Certain Regard".

Ayant toujours assumé une certaine forme de superficialité du fait de son statut d'icône de la branchitude, la réalisatrice traite dans "The Bling Ring" de l'obsession pour la célébrité, l'argent et le paraître.

Jeunesse dorée

Situant l'action de nos jours dans les quartiers résidentiels et huppés de Los Angeles, épicentre du mode de vie consumériste et matérialiste à l'américaine dans ce qu'il peut avoir de plus caricatural, "The Bling Ring" met en scène une bande d'ados issue de la jeunesse dorée qui sacrifie la quasi intégralité de son temps libre aux réseaux sociaux et aux derniers ragots de Hollywood.

A force de s'identifier aux starlettes sans le moindre talent à la Paris Hilton ou Lindsay Lohan vantées à longueur de unes par la presse de caniveau qui la fascine, la petite bande va tranquillement entamer une carrière de cambrioleurs en s'introduisant purement et simplement dans les résidences privées de leurs stars favorites pour faire leur shopping de bijoux, sacs et fringues de luxe.

Consumérisme

"The Bling Ring" s'inspire d'un fait divers réel et récent. Du mois de décembre 2008 à septembre 2009, l'équivalent de trois millions de dollars en produits de luxe ont ainsi été dérobés au domicile de Megan Fox, Lindsay Lohan ou Paris Hilton.

Mené à un rythme d'enfer, le film dépeint une réalité sociologique déjà bien ancrée dans les moeurs locales (l'obsession de la jeunesse californienne aisée pour tout ce qui brille), mais encore exacerbée par le miroir grossissant d'un certain type de médias pour déboucher sur du consumérisme passif ou compulsif.

Fausses idoles

Avec pour seul credo un leitmotiv qui pourrait se résumer par "sois belle et consomme", la frange de la jeunesse américaine ciblée par Sofia Coppola n'apparait pas comme la plus reluisante.

La critique sociale du mode de vie à l'américaine était déjà présente dans "Virgin Suicides" , mais sous une autre forme: c'était le vide et la monotonie du quotidien qui poussait ses héroïnes des années 1970 à commettre l'irréparable. 35 ans plus tard, les adolescentes de "The Bling Ring" ont pour "repères" les valeurs et les fausses idoles qui leur sont inoculées via la télé réalité et autre presse à scandale et dont, en France, Nabila, bimbo paumée projetée sous un halo de lumière factice par la TNT, illustre cette tendance pour le pire et jusqu'à l'absurde.

Récit désabusé

Bien écrit et réalisé, mais surtout très bien interprété (mention spéciale à l'ex- héroïne de "Harry Potter" Emma Watson qui prend ici un virage à 360 degrés), "The Bling Ring" est au final un récit désabusé qui aurait mérité de figurer dans la sélection officielle de Cannes 2013, la meilleure depuis longtemps, surtout en terme de cohérence; la présence du cinéma américain indépendant de qualité (Soderberg, Gray, Jarmusch, les frères Coen) étant largement et dignement représentée.

Avec à ses côtés des réalisations comme la Palme d'Or "La Vie D'Adèle" ou le "Jeune Et Jolie" de François Ozon, on aurait pu avoir un beau tryptique sur un certain état de la jeunesse occidentale de 2013, paumée entre quête d'identité sexuelle et obsession pour les feux de la rampe et la réussite facile. Mais face à une nouvelle et septième saison de "Secret Story" sur TF1, comment la fiction, même de qualité, peut-elle rivaliser sur le terrain de la médiocrité et de la bêtise crasse?

À propos de l'auteur

user_images/207464_fr_img0074a.jpg

JÉRÔME HUET

Formateur en Anglais et Français Langue Etrangère, j'enseigne
  • 110

    Articles
  • 4

    Séries
  • 0

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!