Amy Winehouse, mort d'une diva.

La chanteuse de Soul Britannique est décédée hier à son domicile Londonien à l'âge de 27 ans.
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Hors cadre

Un succès repose souvent sur un malentendu: le triomphe critique et commercial de l'album "Back To Black" d'Amy Winehouse ( 11 millions d'exemplaires vendus, chiffre qui devrait se trouver démultiplié suite à la mort de la chanteuse) en est un.

Hors format, hors cadre, cet album n'aurait pas dû marcher dans une époque saturée de marketing tentant de vendre Rihanna ou Lady Gaga comme des artistes.

Seulement, voilà: comme pour Nirvana et son album "Nevermind" 15 ans auparavant dans un registre diffèrent, le disque est un classique immédiat, réconciliant branchés et grand public, rockers alternatifs et puristes de soul américaine. Une sorte de petit miracle, à l'image des chansons de l'album et de la voix de la chanteuse qui les portent, comme si Etta James et Nina Simone avaient enfanté une héritière biberonnée à l'attitude de Janis Joplin.

Déterminisme

Née en septembre 1983 de l'union d'un père chauffeur de taxi et s'une mère pharmacienne, Amy Winehouse prend ses premiers cours de chant à l'âge de 8 ans.

A l'âge pour le moins précoce de...10 ans, elle monte son premier groupe de rap (!): en parcourant un cursus scolaire classique, la musique et le chant prennent de plus en plus d'importance dans le quotidien de la jeune juive britannique.

Rencontrée dans un festival, la chanteuse Ebony Bones nous apprendra deux choses: elle a fréquenté les bancs du même lycée qu'Amy Winehouse, et cette dernière montrait déjà, à cette époque,une attitude très "décomplexée" sur la fête et le sexe...Amy Winehouse (on s'en doutait déjà...) n'était donc pas une poseuse: elle est née comme ça. Rock'n'roll. Avec tout ce qui ce qui va avec...

Quand elle livre "Franck" , premier album à l'âge de 20 ans qui est ce que fût "Bleach" à Nirvana, le premier tour de chauffe avant l'explosion mondiale, les critiques s'emballent, totalement sous le charme de la tessiture vocale de la demoiselle qui possède ce quelque chose que n'ont pas ses pourtant honarables consoeurs comme Mary J.Blige ou Alicia Keys: le blues, et la souffarnce des coeurs brisés...

Explosion mondiale

On ne reviendra pas sur la bombe "Back To Black" et l'explosion mondiale qui a suivi. Juste rappeler que Keith Richards en personne l'a toujours couverte de louanges, voyant en elle la fille spirituelle d'Aretha Franklin.

Mieux vaut s'arrêter sur tout le cirque qui aura découlé de cette mise en orbite aussi unanimement méritée: il arrive fréquemment que certaines oeuvres échappent à leurs créateurs qui, dépassés, se retrouvent désarmés face à un succès de masse qu'ils n'avaient pas anticipé, même dans leurs rêves les plus fous.

Ce fût le cas d'Amy Winehouse, comme ce fût celui de Kurt Cobain: trop fragiles, trop intègres pour gérer une pression médiatique et une starification à leurs yeux insupportables, les deux icônes se seront employées, chacun à leur façon, à se saborder méthodiquement.

Attitude

Alors que, comme les Stones trois décennies auparavant, elle reconnecte les jeunes noirs américains à leurs racines blues, Amy Winehouse, d'attitude déglinguée en bastons nocturnes et foule de concerts annulés pour diverses causes, devient de plus en plus aux yeux du grand public de la chair à tabloid. Celle dont on épie les frasques et qui reconnecte à l'époque où on attendait la mort prochaine de Jim Morrison, Sid Vicious ou Keith Richards. Un Pete Doherty féminin dont la musique et la voix pourtant hors normes passent au second plan.

Pressentie pour bosser aux côtés de Jack White sur le bande originale d'un James Bond, le producteur Mark Ronson annule purement et simplement la participation de la diva au projet au bout de...3 heures de studio. Trop ingérable. Trop cassée.

Reggae

N'ayant donc rien enregistré depuis 2006, l'acte final de la pièce vient de s'achever sous nos yeux, épilogue d'un scénario connu d'avance, et encouragé par un business complaisant n'ayant eu aucun scrupule à tolèrer, voire encourager la chanteuse dans ses frasques, à l'image de cette dernière apparition publique lors d'une tentative de concert catastrophique à Belgrade en juin dernier.

On sait qu'Amy Winehouse s'était prise de passion pour le reggae, envisageant même d'en faire l'orientation musicale d'un troisième et très hypothètique effort studio.

Quelle aurait pu en être le fil conducteur? Reggae façon Meters, Pete Tosh? Ou plus expérimental sur le modèle du "African Reggae" de Nina Hagen, autre déjantée notoire?

La date du 23 juillet 2011 vient d'apporter un coup d'arrêt définitif à tout nouvel espoir de réentendre la diva soul. L'histoire retiendra donc deux albums parfaits, une voix unique, une existence tourmentée qui fait le sel de tout artiste à part entière, ainsi qu'une vie brulée au chalumeau.

Une gloire fulgurante et météorique, la tête dans les étoiles et les pieds dans le caniveau. C'est le prix à payer pour devenir une légende.

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