Andy Warhol, 25 ans après

25 ans après sa disparition, que reste-t-il de l'oeuvre d'Andy Warhol? Retour sur une carrière qui a révolutionné les codes culturels et esthétiques

Mythe de son vivant

Lorsqu'il meurt à New York le 22 février 1987 à l'âge de 58 ans, Andy Warhol n'a pas, selon l'expression consacrée, à rentrer dans la légende: il était déjà, de son vivant et de longue date, considéré comme l'une des figures artistiques majeures du 20eme siècle, aux côtés de Dali et Chaplin.

Figure grand public de par sa notoriété comme icône du milieu artistique, il restera à jamais associé au Pop Art, dont les grands préceptes (culte de la célébrité et de l'apparence, dénonciation de l'hyper-consommation) ne font que se vérifier davantage chaque jour, à l'heure des réseaux sociaux et de la médiatisation à outrance.

Ascension sociale

Né à Pittsburgh en 1928 de parents immigrés slovaques, le jeune Andy se passionne vite pour le monde du cinéma, et plus généralement du star système. De santé précaire, il mettra à profit ses longues périodes d'alitement pour développer son don pour le graphisme et le dessin.

Aussi s'installe-t-il à New York dès 1949: il devient graphiste publicitaire pour le magazine Glamour; passage pendant lequel il commence à mettre au point le personnage qui fera de lui une légende: maigre, voire famélique, coiffé d'une éternelle perruque platine, Warhol se fait un nom dans le New York branché tout en consolidant sa créativité (et son compte en banque...) dans le domaine de la publicité où il devient incontournable.

Mais c'est la découverte du Pop Art et de ses figures de proue, Jasper Johns et Roy Lichtenstein qui sera le vrai tournant de sa carrière.

Influence des Comics

Dans l'Amérique prospère des années 1950 qui fait éclater sa jeunesse à la face du monde, des premiers disques d'Elvis à la future Présidence de JFK en passant par le glamour d'Hollywood, l'apparence et la célébrité, alliées à la consommation de masse que procure un pouvoir d'achat décuplé par la croissance économique et l'apparition de nouveaux modèles culturels, les stars du moment deviennent de véritables marques.

Ce sera là le coup de génie de Warhol qui en fera sa patte: tout comme son aîné Roy Lichtenstein s'inspirait des comics, autre nouvelle forme d'expression culturelle, Warhol accaparera pour sa part le créneau de la culture populaire: la fameuse toile de Marylin Monroe, reproduite et déclinée en sérigraphie, consacre la banalisation du produit culturel en tant que tel et le réduit à un bien de consommation courant, au même titre que les non moins fameuses boites de conserve Campbell.

Illustration par l'absurde que, désormais, dans une société d'hyper-consommation, tout se vaut et tout repose sur la même valeur et la même importance tant que l'on est médiatisé.

Factory

Son style et son oeuvre désormais identifiables et reconnus, Warhol se met en tête d'ouvrir un endroit qui serait à la fois un lieu de rencontre et d'expérimentation ouvert à toutes les formes de créations artistiques se réclamant de son oeuvre.

Lieu à la fois génial et vain, ouvert à tous et receptacle de sa propre mégalomanie, la Factory ouvre ses portes en 1964 bien evidemment à New York: quel autre endroit pour symboliser et accueillir la société idéale fantasmée par Andy?

Au gré des contacts et des influences issus du bouillonnement créatif de la Factory, Warhol se prend de passion pour la réalisation: la plupart de ses films, très inégaux, ne sont que la répétition de ses toiles, étirant une même séquence ou un même plan sur plusieurs heures. Un film comme "Somewhere" de Sophia Coppola, des années après, peut être légitimement considéré comme un authentique produit des années Factory.

Lou Reed

La période 1966-1968 est peut-être la plus intéressante et la plus riche de toute la carrière de Warhol: en tant que producteur, il contribue à l'élaboration de films majeurs, en particulier pour Paul Morrissey dont la trilogie "Trash", "Heat" et "Flesh" figure toujours au panthéon de la contre-culture américaine et idéal de la société bohème et branchée New Yorkaise.

Dans la même veine, il permettra aussi en 1972 à Robert Franck d'immortaliser la tournée des Stones via le mythique docu "Cocksuker Blues" , introuvable pendant des années car beaucoup trop trash de l'aveu même des Stones et de leurs proches.

La rencontre avec Lou Reed en 1965 permet à Warhol d'achever sa mise en orbite de Pape des branchés: c'est la production du premier album du Velvet Underground, avec sa fameuse illustration de banane ornant la pochette, qui permet à Warhol de devenir réellement ce qu'il est devenu.

Icônisation

Les décennies 1970 et 1980 verront Warhol régner sur son époque, entre gourou et esthète détaché: même si le gros de son oeuvre est derrière lui, il s'illustre toujours, au choix, en fondant le magazine Interview avec Gérard Malanga ou en revenant à la peinture sérigraphiée, comme avec la série "Still Life" .

On notera aussi la pochette de l'album "Love You Live" pour les Stones en 1977, époque où Warhol est un nightclubber assidu et dont le temple de la nouvelle scène disco, le Studio 54 à New York, illustre à merveille sa théorie selon laquelle tout est dans tout et tout ce vaut: étudiant ou rock star, punk ou jet-setteur, chacun peut (en théorie, du moins) entrer au Studio 54 qui, comme le Palace à Paris, jette les bases du clubbing moderne en faisant voler en éclat les barrières raciales, sociales et sexuelles.

Passage de relais

L'un des derniers faits d'arme de Warhol, et non des moindres, fût de savoir passer la main à une nouvelle scène.

Dès le début des années 1980, un mouvement comme La Figuration Libre, d'où émergent Combas ou Di Rosa, et son pendant Américain, le Street Art, fournit une nouvelle génération d'artistes: Keith Harring et surtout Jean-Michel Basquiat recevront le coup de pouce décisif de la part du Pape de la contre-culture qui leur permettra d'émerger sur la scène New Yorkaise avant de conquérir le reste du monde.

Héritage

En 2012, que reste-t-il de l'influence de Warhol? Absolument partout, son influence est criante: de ses disciples les plus doués, comme Karl Lagerfeld ou Damien Hirst et Thierry Ardisson, perpetuant chacun à leur manière l'héritage du petit immigré de l'Est, à la propagation des réseaux sociaux qu'il aurait certainement adoré et permettant à chacun d'acquérir sa dose de micro-célébrité, Warhol est partout, y compris dans l'héritage le plus pervers et nocif de la société contemporaine.

L'irruption au début des années 2000 de la real tv a illustré jusqu'à l'écoeurement la prophètie d'Andy Warhol selon laquelle chacun aura droit à ses quinze minutes de célébrité. On aura ainsi en mémoire cette image glanée l'été 2001 à St.Tropez, où des hordes de jeunes ados deviennent hystèriques sitôt aperçue Loana, pauvre paumée niçoise victime de la télé darwinienne et projetée dans un halo de lumière factice.

Mais l'important est ailleurs, à chercher du côté des créations les plus osées et originales de Jeff Koons ou un défilé avant-gardiste d'un Alexander McQueen. Preuve, si besoin, que l'art démocratisé et à portée de tous est le meilleur moyen de supporter la quotidien.

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