Band Of Skulls: "Sweet Sour".

Seconde livraison du groupe avec un album plus fouillé que leur très organique premier opus.
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Vintage

Partout, dans les endroits où l'on croise les authentiques passionnés de musique, des salles de concert aux boutiques d'imports en passant pas les Puces de Clignancourt et le courrier des lecteurs de Rock'n'Folk , se dessine une tendance: celle voulue par une foule ne trouvant pas anormal d'acheter un album (ne serait-ce que pour permettre à l'industrie musicale de continuer à tout simplement exister ) et ne se retrouvant pas dans le son archi-compressé du format MP3 .

Prônant en quelque sorte une sorte de retour aux racines et aux canons esthétiques des années 1960 et 1970, pensant à tort ou à raison que le postmodernisme issu des années electro était parvenu à une impasse, les audiophiles rejettent une forme de modernité poussée à l'extrême: nostalgie d'un âge d'or révolu? Moralité réac douteuse sur le thème du "c'était mieux avant" ? Amertume face à la jeunesse envolée, dans le cas des plus vieux?

Toujours est-il que tout ceci se traduit par l'avenement du vintage : cette tendance à privilégier la musique millésimée-ou rétro pour ses détracteurs.

Prophète

Aussi, sont symptomatiques de cette tendance les artistes et surtout les groupes apparus depuis dix ans, des Black Keys aux Artic Monkeys en passant par The Pack AD, qui apparaissent comme la relève idéale pour toute une frange de fans de rythmes binaires n'ayant pas pu connaitre les grandes heures de gloire des Them, Yardbirds ou Pretty Things.

De ce fait, s'il fallait désigner un chef de file à ce mouvement, nul doute que Jack White, avec ses nombreux projets, des White Stripes au Dead Weather en passant par les très roots Raconteurs, serait-il immédiatement identifié comme un prophète.

Exemple typique de disciples issus de la mouvance vintage pour la musique: le groupe Britannique Band Of Skulls.

Mississippi

Formé en 2004 par Emma Richardson (chant, basse), Russel Mardsen (chant, guitare) et Matt Hayward (batterie) à Southampton en Anglaterre, le groupe se nomme tout d'abord Fleeing New York. Ecumant les clubs londoniens, ils parviennent à enregistrer quelques démos jusqu'à ce qu'en 2008, le groupe rebaptisé sous son appellation actuelle ne sorte son premier album.

Très peu retouché, hérissé de riffs bluesy et de guitares sales, "Baby Darling Doll Face Honey" sonne comme la rencontre entre les Black Crowes et les Faces ou, au choix, comme les Stones retrouvant les chemins des studios de Nellcote pour y graver la suite de "Exile On Main Street".

Avec ce premier album intemporel, l'auditeur se retrouve propulsé sur le chemin du Delta, en plein Mississippi sur les traces de Robert Johnson...

Rage rentrée

Surprise en 2009: le groupe signe un titre, "Friends" , sur la bande-son de... "Twilight:Chapitre 2". Deux univers a priori tout à fait antagonistes faisant craindre le pire aux fans du très organique premier album quant au résultat de son successeur.

Février 2012: "Sweet Sour" est là. En ces temps très durs pour l'industrie du disque, la promo a été habile: ce ne sont pas moins de trois vidéos simultanées, tout de même le tiers du disque, qui auront été distillées avant la sortie du dit album!

Trois réussites qui, non seulement rassurent les fans, mais élargiront aussi probablement la base des seuls convertis: la production de Nick Launay (Arcade Fire, Yeah Yeah Yeah) y va en finesse, insistant sur la rage rentrée des morceaux ( "Bruises" , le morceau titre).

Que la frange hardcore du son originel du groupe ne prenne pas les jambes à son cou: les breaks et accélerations très Led Zep sont toujours là, comme sur le single "The Devil Takes Care Of His Own". Seulement, cette fois-ci, ce sont peut-être, et c'est là la grosse surprise de l'album, les...balades qui font la différence.

Psychédélique

Balades folk à l'ambiance vaporeuse traversées d'éclairs psychédéliques, "Hometowns" , "Lay My Head Down" ou "Close To Nowhere" , la plus réussie et émouvante du lot, sonnent comme des témoignages réminiscents des années hippie, capturant sur un bon tiers de l'album l'énergie originelle et la mélancolie en descente de Carnaby Street. Vraiment accrocheur.

Mais c'est avec "Wanderluster" que le groupe emporte le morceau: synthèse entre "l'ancien" Band Of Skulls, tous riffs blues-rocks dehors, et le "nouveau", entre guitare acoustique et harmonies vocales plus recherchées, ce morceau mid-tempo devrait logiquement faire le pont entre le public fan de vintage et celui plus contemporain se retrouvant chez Lambshop ou Tindersticks.

De quoi, en outre, faire retrouver le chemin des disquaires aux fans et aux profanes.

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