"Google Démocratie", Laurent Alexandre et David Angevin

Entre thriller et anticipation, une réflexion sur ce que pourrait devenir notre société : la prise en charge de l'Homme par l'Intelligence Artificielle.

Journaliste bien connu des lecteurs de "Rock'n'Folk" où il excelle surtout dans le décryptage et l'analyse des nouvelles séries rock du type "Breaking Bad" ou "The Wire" , David Angevin est également romancier ( on retiendra surtout l'amusant et bien vu "Boborama" , inspiré d'un passage mitigé au journal "Télérama" ).

Fin analyste de la société Américaine ( on suspecte une fois de plus les ex-correspondants aux USA du magazine "RocknFolk" , Philippe Garnier et Laurent Chalumeau, d'avoir fait un émule!), David Angevin est en outre fasciné par la loi de Moore ayant trait à l'évolution du matériel informatique et aux répercussions de ce dernier sur notre quotidien.

Il était donc logique pour le journaliste de combiner ces centres d'interêts; chose faite dans le tout récent ouvrage "Google Démocratie" .

Horizon 2018

En 2018, le nouvel ordre mondial se divise en deux clans. A droite, le clan des vainqueurs économiques representé par ceux ayant tout misé sur la recherche scientifique à tout va, à savoir la Chine et les USA. Ces derniers ont en outre acheté la paix sociale grâce à un second mandat d'Obama marqué par l'invention du "Super Welfare" , un Etat Providence permettant de faire vivre sous perfusion sociale une désormais majorité d'Américains démunis qui, rendus inoffensifs par les allocations élevées versées par l'Etat fédéral, ne pensent à rien d'autre qu'à végéter dans l'oisiveté et qui, en retour, fichent la paix à la minorité opulente et décisionnelle.

A gauche, le clan des vaincus, c'est à dire...quasiment le reste du monde, à commencer par l'Europe.

Le Vieux Continent n'a pas su saisir le train en marche de la révolution bioéthique et se trouve donc ruinée par une crise économique, sociale et financière sans précédent.

Intelligence Artificielle

Ce que refuse la "vieille" civilisation Européenne, c'est l'intrusion de plus en plus importante de la science dans la part des lois dites "naturelles": si les riches Californiens n'ont aucun problème éthique à programmer l'ADN de leurs futurs enfants, et si les cellules clones servent à accéder au fantasme de jeunesse éternelle ( dans le livre, les Stones repartent en tournée avec un Mick Jagger increvable ne pesant plus que 40 kilos!), les Européens ne l'entendent pas de cette oreille.

Mais il suffit à Google d'annoncer l'avènement proche de "l'Intelligence Artificielle" pour que les croisés de l'ordre moral et naturel partent en guerre contre ce qu'ils jugent comme étant moralement inacceptable et surtout dangereux pour l'autonomie de l'espèce humaine qui se verrait rabaissée au rang d'esclave de la machine...

Sergei Brin

Dans "Google Démocratie" , la figure de proue est Sergei Brin, co-fondateur de Google.

Décrit comme un gourou adulé ou haï, parano et atteint de la maladie de Parkinson, vivant seul dans sa tour d'ivoire depuis l'assassinat de son collègue Larry Page, il cristallise toute l'attention de ce nouvel ordre mondial décrit par les auteurs.

Plus que la vision loin d'être absurde d'une société qui déciderait de s'en remettre au moteur de recherche le plus puissant au monde pour que celui-ci lui dicte son bonheur, c'est surtout dans le casting de personnages hauts en couleur que le livre fait mouche: on y croise pêle-mêle un président américain hispanique aussi inconsistant qu'arriviste secondé par un homme à tout faire spécialisé dans la basse besogne, un sénateur texan finançant de ses dollars un plan anti-Google dans le but de préserver la loi divine, ou encore une intellectuelle universitaire altermondialiste succombant aux charmes du détective de la CIA chargé de la mettre hors d'état de nuire.

Mad Max

En dehors du style nerveux et direct, croisement d'une nouvelle de J.G. Ballard et d'un épisode de la série "24h" , ce sont les scènes de description de misère sociale qui emportent le morceau; à l'image des virées du détective Hugo dans le Nord de la France devenu un paysage à la Mad Max ou une Barcelone totalement décrépie.

Métropoles transformées en villes dortoirs et/ou en vastes zones industrielles à l'abandon, précarité galopante et atomisation du corps social, Angevin et Alexandre rejoignent, en noircissant encore le tableau, la vision du futur de la société occidentale par Michel Houellbecq dans "La Carte Et Le Territoire" : une société où la plèbe se bat pour son droit à la survie, où des nations transformées en musées n'ont plus que leur Histoire ou leur tourisme pour subsister.

Vision cauchemardesque à l'heure où les économies irlandaises, grecques et portugaises se cassent la figure? Réponse dans sept ans...

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