Kill City, Iggy and The Stooges

Introuvable depuis sa sortie en catimini en 1977, le quatrième album des Stooges est enfin disponible dans une version correcte.

S'il est communément admis en 2011 que la parution des deux premiers albums des Stooges en 1969 et 1970 a été un tremblement de terre ayant tout balayé sur son passage, ce n'est rien de dire qu'il aura fallu du temps pour que le groupe trouve toute un semblant de légitimité et d'importance auprès du grand public.

Son garage, Délires et impros free-jazz, attitude de motherfuckers dépénaillés traduisant rien moins que le son de la rue, les Stooges mettent immédiatement tous les losers, marginaux et asociaux de la planète de leur côté.

Le son de la rue

En 1973, l'album "Raw Power", avec aux commandes le guitariste James Williamson, pousse encore plus loin le curseur de la radicalité; à tel point que celui-ci se trouve régulièrement cité en tête des albums les plus marquants jamais réalisé, aussi bien en terme d'influence Metal (Motorhead), Punk (Sex Pistols) ou Rock "classique" ( les Black Rebel Motorcycle Club ne s'en sont jamais remis).

Le mode de vie extrême du groupe, conjugué à de terribles luttes d'égos, auront raison des Stooges, permettant à Iggy Pop de mener la carrière solo que l'on sait.

Grosse surprise: en 2003, celui-ci rappelle les frères Asheton, soit le line-up originel, pour reformer les Stooges.

Maëlstrom sonique

Accueillie par un mélange légitime de surprise ( ils vont le refaire!) et de d'inquiétude (peuvent ils toujours le faire?), la remise en activité des Stooges dépasse tous les pronostics les plus optimistes. Non seulement le groupe originel rejoue ses deux premiers albums dans un maëlstrom sonique laissant pantois la jeune génération biberonnée à la mélasse Nu-Metal tout en réactivant son noyau dur de fans, mais la reformation a pour double avantage de sortir Iggy Pop de la carrière de crooner décalé dans laquelle il menaçait de se cantonner tout comme de légitimer (enfin) la formation comme l'une des toutes meilleures que le Rock ait jamais engendré.

Aussi, quand Ron Asheton décède en janvier 2009, Iggy décide de rappeler le guitariste James Williamson pour le suppléer. Deuxième coup gagnant.

Sorti des limbes

La deuxième version des Stooges se passe tellement bien que, toujours au grain, Iggy Pop décide de remettre à flot le projet Stooges constituant le Graal sacré pour les vrais fans du groupe: la remise en l'état du fameux album "Kill City".

Enregistré en 1975 juste avant la séparation du groupe et produit par David Bowie, sorti quasi sous le manteau deux ans plus tard et introuvable depuis, même si piraté à mort, l'album rejaillit épisodiquement sur scène en 2010 sous formes de roboratifs et réjouissants extraits.

Janvier 2011: la génération Youtube habituée à trouver tout et son contraire en un clic de souris va devoir retrouver le chemin des rayons de disques. Et chercher. Car l'album est là, disponible pour qui saura le trouver. Car "Kill City" se mérite, et ne saurait supporter une écoute en MP3.

Et, bien sûr, le résultat est énorme. Contre toute attente, et pas étrange du tout quand on connait l'admiration qu'Iggy Pop porte à Keith Richards, l'album sorti des limbes est au final un excellent album...des Rolling Stones.

Tout y est: Paroles ironiques et provocatrices ( "Rich Bitch", "Cock In My Pocket"), commentaire social cynique avec saxo dans la lignée de "Brown Sugar" ( le morceau titre), guitares hérissées de barbelés tournant autour d'un riff minimaliste qui est la marque de fabrique de Keith Richards, tout sonne comme un album inédit écrit par les Stones période "Sticky Fingers".

Les Stooges version 2011

"Kill City" réapparait au moment où les Stooges sont au pinacle de leur forme. Bénéficiant d'une crédibilité artistique intacte après des décennies de carrière entre parenthèses, jouissant d'un (relatif) succès populaire, on peut se demander si, pour la première fois, le groupe ne serait pas en position de force pour envisager un futur de façon plus posée, plus "carriériste".

Le premier luxe du groupe est de se permettre de ne pas se poser de questions et de faire ce qu'il souhaite, comme par exemple, pour Iggy, pouvoir continuer à chanter "Search And Destroy" ou "I Wanna Be Your Dog" à 65 ans sans être ridicule.

En 2007, ils se sont même payé le luxe de sortir un album horrible ( "The Weirdness", quel aveu d'échec dès le titre!) que tout le monde a fait semblant de ne pas avoir entendu. Histoire bien sûr de ne pas briser la légende.

"Kill City" est là pour la préserver. En 1977, les Clash aimaient à se surnommer "The last gang in town": 35 ans après, ce sont précisément Iggy et sa bande qui occupent cette position.

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