"La Part Des Anges", Ken Loach.

Nouvelle comédie sociale au ton doux-amer, marque de fabrique du cinéaste.

Cannes

Palme d'Or à Cannes en mai 2006 pour "Le Vent Se Lève" , réalisation controversée sur la guerre d'indépendance irlandaise, Ken Loach est un habitué du festival de Cannes.

Découvert par la Semaine de la Critique en 1970 avec "Kes" , il n'a cessé, de "Regards Et Sourires" (1981) à "Route Irish" (2010) en passant par le mémorable "Raining Stones" (1993), qui lui vaudra le prix du Jury, d'avoir les honneurs du festival.

Presque vingt ans après, Ken Loach décroche un nouveau prix du Jury pour "La Part Des Anges" qui reprend les thématiques naturalistes, voire a priori austères, du cinéaste en traitant une nouvelle fois du carcan social, économique et familial des laissés pour compte de la Grande Bretagne pliant sous l'héritage néo-libéral des années Thatcher/Blair.

Glasgow

Petite frappe issu des milieux défavorisés de Glasgow, Robbie est un petit délinquant sans envergure qui a promis à Léonie, sa compagne, de s'acheter une conduite lorsqu'il apprend que celle-ci est enceinte. Malgré ses efforts pour se ranger, son passé et ses mauvaises fréquentations lui collent à la peau et ne le laissent pas mener la vie rangée à laquelle il aspire plus ou moins.

Condamné à une peine d'intérêt général, Robbie va faire la connaissance d'un éducateur qui va l'initier à l'art du whisky: inconscient jusqu'à ce moment de sa connaissance et son goût pour ce produit, Robbie va voir sa vie radicalement changer...

Situations fortes

Reprenant sa trame narrative habituelle basée sur le traitement doux-amer de situations fortes, Ken Loach confronte ici ses héros à diffèrentes problématiques: la précarité, la spirale de la délinquance dont on ne sort jamais vraiment, l'angoisse face à la paternité et à la vie d'adulte.

Pour coller au plus près de la thématique du film, le réalisateur est allé chercher des acteurs non professionnels; à l'image de Charles Mclean, véritable dégustateur de whisky ayant servi de conseiller technique pour le film, ou bien sûr de toute la petite bande de bras cassés servant de compagnons en petite délinquance au brave Robbie et dont les moments de gaffes et de fulgurances donnent les meilleurs moments du film (cf. l'arrivée en kilt à la vente aux enchères finale afin de passer pour des Ecossais "traditionnels").

Comédie sociale

Sa réalisation précédente, "Route Irish" , était une tragédie. Sa dernière comédie en date, " Looking For Cantona" , faisait effectivement rire, mais surtout aux dépends de son héros, un Eric Cantona à l'ego et à la vanité toujours plus insupportables.

Cette fois-ci, Ken Loach revient à la comédie sociale typiquement anglaise, dont il est en quelque sorte le dépositaire, qui aura fait florès durant les années 90 et dont "The Full Monthy" reste l'exemple le plus abouti: les personnages d'anti-héros dont on a fait les protagonistes principaux du film, a priori antipathiques, s'avèrent des losers attachants pour lesquels le spectateur se met à espérer le happy end le plus hollywoodien.

Expérience réelle

C'est probablement l'un des aspects qui aura su séduire le président du jury de Cannes version 2012, Nanni Moretti: attachant une importance particuliere au réalisme dans ses propres réalisations, le réalisateur italien n'a pu que remarquer la propension de Ken Loach, comme dans son précédent "Bread And Roses" , à mettre en avant des acteurs inconnus ayant vécu l'expérience réelle des personnages qu'ils incarnent, plutôt que des acteurs professionnels (sur)jouant à qui le mieux son rôle de prolétaire.

Bien belle distinction et continuité pour un citoyen n'ayant pas hésiter à prendre part, à sa façon, aux Présidentielles françaises de mai 2012 en soutenant...Philipe Poutou, "vrai" candidat de la France d'en bas face à des professionnels de la politique.

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