"Les Années Paris Première", Thierry Ardisson

Sortie d'un coffret dvd compilant les moments les plus marquants des émissions de l'animateur de 1995 à 2006.

Casser les codes

Ancien publicitaire, homme de presse passé par "Façade" et "Rock'n'Folk" , Thierry Ardisson est venu sur le tard à la télévision.

Ce n'est effectivement qu'à 36 ans qu'il prèsente sa première émission, "Scoop A La Une" , sur TF1 alors encore chaine publique. Emission généraliste ciblée pour un large public familial, celle-ci respecte déjà à la lettre le cheval de bataille de l'émission typiquement Ardissonienne selon lequel on peut bien sûr faire du populaire de qualité; concept qui trouvera son apogée dans "Tout Le Monde En Parle" , plus gros succès d'audience à ce jour de l'éternel man in black du PAF.

En parallèle à ces premiers pas télèvisuels pas si classiques que ça (le mélange de vedettes populaires et de concepts plus avant-gardistes ne sont pas si chose courante que ça en 1985), Ardisson adapte chaque vendredi soir en fin de soirée sa rubrique "Descente De Police" qui fit les beaux jours de "Rock'N'Folk". Le concept est simple et résume à lui seul la profonde volonté de l'animateur de casser les codes télévisuels jusque-là en vigueur: interviewer, de façon abrupte et/ou décalée, des personnalités plus ou moins connues n'ayant connu que le ronron et le formatage somme toute confortables pour elles de la télé à papa.

Années fastes

Débauché par la Cinq de Berlusconi en guise de caution branchée et intello en 1987 pour y animer "Bains De Minuit" où il installe définitivement son style (uniforme noir, tutoiement des invités, interviews poussées, les célèbres "Ouais" ), Thierry Ardisson connait son pic de créativité télévisuel jusqu'en 1993, livrant ce qu'on pourra appeler ses années fastes: ayant par exemple la lourde tâche de succèder aux "Enfants Du Rock" sur A2 le samedi soir, certains affirment même que "Lunettes Noires Pour Nuit Blanche" aura réussi à supplanter, pendant ses deux années d'existence, l'émission crée par Pierre Lescure dans le coeur des nightclubbers et amateurs de nouvelles tendances.

L'aventure continue sur A2, de "Télé Zèbre" à "Ardimat" , toujours entre populaire et branché, entre interviews de fond et questions trash, jusqu'en 1994; date à laquelle Ardisson se retrouve sur la touche. Commence alors une vraie traversée du désert.

Rebond

En cette période d'animateurs-producteurs rois voyant le règne sans partage des Delarue, Arthur ou Dechavanne, usinant des programes au kilomètre comme on débite du saucisson au mètre, l'ex-pubard friqué des années 80, le dandy cynique n'a plus sa place dans un univers où le jeunisme et la fausse impertinence font état de nouveau conformisme.

Malin comme pas deux, Ardisson sait rebondir là où il faut: là où ça bouge en 1995, c'est sur Canal Plus, et surtout sur ces nouvelles petites chaines du câble qui offrent une niche de créativité et de (relative) liberté, puisqu'à l'abri du diktat de la pub, de l'audimat et des annonceurs.

Aussi, en Octobre 1995, Ardisson est-il de retour à l'antenne, mais dans un format totalement nouveau: entièrement tourné en caméra subjective, donc sans animateur apparaissant à l'écran, "Paris Dernière" démode instantanément toutes les émissions de plateau apparues dans le sillage de "Nulle Part Ailleurs". Le concept est simple, c'est ce que retrace le premier dvd de ces "Années Paris Première" : Thierry est chez lui, il se prépare à sortir, on va donc le suivre durant toute une nuit dans Paris. De rades popus en bars d'hôtels chics, des travestis de chez Michou aux soirées gay du Queen en passant par une virée canaille en club échangiste ou une soirée privée cosy, Ardisson interviewe stars et anonymes (entretiens croustillants de Jacno et Daniel Darc livrés ici) de telle sorte que le téléspectateur lambda pas forcèment habitué à la vie nocturne parisienne a réellement l'impression de se balader dans la capitale en même temps que se déroule l'émission.

Café De Flore

En juin 1997, Philippe Gildas abandonne la présentation de "Nulle Part Ailleurs" sur Canal Plus. Un moment approché pour lui succèder, Ardisson préfère rester sur Paris Première pour présenter un magazine quotidien semblable, mais beaucoup moins axé sur la pure promotion et surtout beaucoup moins exposé; permettant une liberté de ton et de programmation maximales.

S'entourant d'une brochette de chroniqueurs spécialisés (Philippe Tesson pour le théâtre, Frederic Beigbeder pour la littérature, Elisabeth Quin pour le cinéma et le tandem de "Libération" Laurence Romance/Serge Loupien pour la musique), Ardisson gagne ses galons de monsieur loyal d'une sorte de Café de Flore chic et branché, et fait de "Rive Droite/Rive Gauche" un incontournable des médias de référence culturelle. Le grand entretien quotidien réalisé par le journaliste permet au public de (re)découvrir Andrée Putmann, Ettore Scola ou le génial Yves Adrien, pour ne parler que des entretiens sélectionnés dans le coffret.

Au final, l'émission donnera un gros coup de vieux à son rival "Nulle Part Ailleurs" malgré les efforts louables de Guillaume Durand de moderniser l'émission...

Dîner en ville

Dernier volet de ce coffret recapitulatif, "93, Faubourg Saint-Honoré" remet en scène le concept très parisien de dîner en ville déjà abordé de façon détournée (mais beaucoup plus efficacement...) dans "Tout Le Monde En Parle" .

Thierry y reçoit donc chez lui, en privilégiant les dîners thématiques (les footeux, les humoristes, etc...) et en se privant de ce fameux mélange des genres qui est sa marque de fabrique et qui aura fait la réussite éclatante de ses meilleurs concepts. A ce titre, "93..." , avec ses dîners entre potes tous pleins de connivence, est certainement le plus dispensable des trois volumes.

Et demain?

Officiant sur Canal Plus depuis septembre 2006, l'homme en noir fourmille toujours de projets, dont le plus notable concerne la production et même la réalisation d'un premier film.

En attendant, il continue de démontrer avec brio chaque samedi soir dans "Salut Les Terriens!" qu'à bientôt 63 ans et face à ses fils putatifs comme Frederic Taddeï ou Ariel Wizman, il a définitivement encore de beaux jours devant lui.

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