"Limitless", de Neil Burger

Fausse bonne idée, ce thriller ne fait que survoler le thème de la réussite à tout prix pour verser dans la banalité.

Réalisateur anecdotique comme Hollywood en usine des tonnes ( on citera juste "L'illusioniste" avec Edward Norton), Neil Burger partait avec un atout sérieux pour la réalisation de son nouveau film: une idée en béton peu ou mal exploitée à visée impertinente, voilà qui promettait de rompre avec les schémas pré-mâchés du tout venant Hollywoodien.

Depuis la bombe "Fight Club" en 1999, on sait qu'un blockbuster peut être subversif si un réalisateur et un producteur un peu plus malins et/ou courageux que la moyenne parviennent à passer sous les fourches caudines des studios. Pourquoi donc ne pas se remettre à espèrer en cette histoire d'antihéros se retrouvant du jour au lendemain au sommet de la réussite grâce à une nouvelle drogue révolutionnaire?

NZT

Auteur raté vivant seul dans un taudis depuis qu'il s'est fait larguer par sa copine, Eddie ( Bradley Cooper) est le prototype du looser, "l'autre" visage des Etats-Unis, celle des sans-grades et des déclassés, systématiquement laissé de côté par les partisans de la doctrine ultra-libérale pronant un individualisme et une compétitivité sans limites.

Un beau jour, Eddie tombe en possession d'un médicament, le NZT, qui a pour effet de faire littéralement exploser ses capacités physiques et intellectuelles, une sorte de cocaïne non-coupée aux effets démultipliés qui voient notre quasi-SDF non seulement boucler en trois jours LE roman dont il n'avait jamais réussi à accoucher, mais également réussir parfaitement l'apprentissage de plusieurs langues etrangères sans aucun effort!

Avec la confiance en soi que procure la réussite sociale, le courage devient vite de l'arrogance, et Eddie de se muer en un parfait golden-boy égocentrique et vain.

Critique à plat

A ce stade, on se dit que, ça y est, on en tient un: un bon blockbuster intelligent dans la lignée d'un John Carpenter remettant à plat les certitudes des années yuppies.

Las: c'est pile au moment où l'action devrait décoller que...la critique tombe à plat.

Ayant réussi à récupérer sa petite amie, Eddie se voit proposer une mission aussi périlleuse que secrète par un magnat de la finance ( Robert de Niro, de plus en plus caricatutal), n'étant pas sans rapport avec le médicament miracle ayant fait de lui un quasi-surhomme...

Après un début très prometteur, on aurait aimer voir le scénario aborder de front une critique sociale incisive doublée d'un bon vieux thriller parano dans la ligne droite des Sydney Lumet des années 70.

Mais n'est pas David Fincher qui veut: on a juste droit à un énième film de commande de série B comme initié il y a maintenant 20 ans par "Frantic" et autres films policiers de pur divertissement.

A qui la faute?

Entre le désir de racoler le plus large possible et de se conformer au désir des grands studios de prendre des risques scénaristiques minimaux, la tâche n'est pas toujours aisée de produire des films à grand spectacle à la fois populaire et de qualité.

Ajouter à cela un tantinet de subversion revient à vouloir gripper la machine de l'intérieur: qui s'en sent les moyens ou le courage?

Si on en veut au réalisateur d'avoir planté sa cible (ou d'avoir changé son fusil d'épaule en cours de réalisation, suivant les goûts), on avouera un plaisir coupable et un peu réac à la morale du film: l'ancienne génération incarnée par De Niro louant les mérites du travail pas forcèment glorieux, mais faisant opposition au "tout et tout de suite" purement matérialiste et interéssé du jeune Eddie.

Tout n'est donc pas perdu!

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