Metallica: les 20 ans du "Black Album"

Le groupe californien joue l'intégralité de son album le plus connu pour commémorer les 20 ans de sa sortie. Retour sur la conception d'un classique.

Evolution

Lorsque Metallica entre en studio en octobre 1990 à Los Angeles, le groupe a la lourde tâche d'accoucher du successeur de "...And Justice For All" , légitimement considéré comme l'un de ses meilleurs albums.

Avec ses structures très complexes, ses tempos déstructurés et ses ruptures d'harmonies flirtant avec l'indus et le prog rock, celui-ci a définitivement imposé les membres de Metallica comme des musiciens à part entière; clouant ainsi le bec aux pseudo mélomanes qui se bouchent les oreilles dès qu'on évoque le terme de metal.

Le choix du producteur Bob Rock, jusqu'ici connu pour ses collaborations très orientées rock fm (Bon Jovi, Motley Crue) effraie dans un premier temps les fans purs et durs des trashers californiens qui jugent que leur groupe préféré vire dangereusement "commercial" alors que les Metallica désirent simplement une évolution légitime vers un public plus large, sans renier le son et le sel de leurs origines.

Retranchements

Selon l'expression consacrée, et à la surprise générale, le producteur Bob Rock, qui restera aux commandes des albums de Metallica jusqu'à "St.Anger" , va pousser le groupe dans ses retranchements.

En délaissant l'agression sonore façon Slayer aui était la marque de fabrique du groupe, Bob Rock le fait renouer en quelque sorte avec ses influences d'adolescence comme Deep Purple ou Black Sabbath ; d'où un son plus proche du rock que du metal.

Labeur

Les sessions d'enregistrement de ce qui deviendra le "Black Album" voient Metallica utiliser pour la première fois la technique de travail chère à Keith Richards: partant d'un simple riff exploité et poussé au maximum de ses possibilités pour donner naissance à l'ossature de la chanson, le groupe passera jusqu'à plusieurs semaines de labeur acharné sur un seul titre.

Comprenant l'importance de ce qui est en train de se jouer, Bob Rock encouragera les membres du groupe à s'aventurer dans des directions jusque-là inédites pour eux; comme l'idée géniale de l'utilisation du sitar sur "Wherever I May Roam" .

Power ballades

Lorsque l'album sort finalement en août 1991, c'est le raz de marée immédiat: fédérant pour la première et, à ce jour, unique fois fans de la première heure et public plus large, le "Black Album" doit son triomphe artistique et commercial à son homogénéité:les titres de facture rock classique traités à la sauce metal ( "The God That Failed" , "Holier Than You" , "Sad But True" ) s'imposent tout de suite comme des classiques.

Sans mettre de côté le tour de force "Enter Sandman" , avec son riff piqué au "Gimme Shelter" des Stones, ce sont bien sûr les deux power ballades de l'album qui en feront le classique qu'il est devenu.

Genre plus que périlleux pour tout groupe rock qui se respecte (les Guns'n'Roses s'y cassent les dents à la même époque), la power ballade, pour être réussie, doit combiner les canons esthétiques du slow populaire et la puissance de feu du rock à tendance heavy.

Résultat: "Nothing Else Matters" et surtout "The Unforgiven" , archi-diffusés jusqu'à saturation, se hissent au niveau de "Stairway To Heaven" des années 1990. Ni plus ni moins.

Seul le "Nevermind" de Nirvana connaitra cette même année un retentissement et une reconnaissance supérieurs.

Tranche d'Histoire

Plus grand succès populaire du groupe, le "Black Album" , fort de ses 30 millions d'exemplaires vendus (chiffre faramineux pour un album de heavy rock), méritait bien une commémoration digne de ce nom pour les 20 ans de sa sortie.

Metallica décide donc, en ce printemps 2012, de fêter l'évènement en offrant à ses fans une interprétation intégrale du disque sur scène.

Stadium Rock

Le fait pour un groupe ou artiste de se produire dans des stades immenses, connu sous l'appelation de "Stadium Rock" , est un exercice redouté dans la profession.

Certains se plantent, ne parvenant pas à s'approprier un espace trop grand pour eux (Depeche Mode,Indochine, Coldplay), d'autres se réfugient derrière effets spéciaux, pyrotechnie, play back et chorégraphies pour palier la vacuité de leur prestation ou de leur répertoire (U2, Muse, Madonna).

En définitive, qui sait faire du Stadium Rock? Bruce Springsteen, AC/DC, Johnny Hallyday et les Rolling Stones. Ce genre de gars.

Stade De France

Prenant donc d'assaut le Stade De France pour une prestation unique en France ce samedi 12 mai, Metallica est attendu par une foule hétéroclite mêlant fans de la première heure, grand public et nouvelle génération de métalleux.

Là,le groupe expédie d'entrée de jeu le public dans les cordes avec deux extraits de "Master Of Puppets" et décide ensuite de jouer le "Black Album" ....dans l'ordre exactement inverse que dans sa version studio, débutant donc par The Struggle Within" .

Très soudé autour du tempo d'enfer assené par une batterie surpuissante,les Metallica montrent une nouvelle fois qu'ils sont bien parmi les meilleurs instrumentistes de la scène rock mondiale et de sacrés performers de Stadium Rock, ne laissant jamais la technique et le gigantisme prendre le dessus sur les compos.

Seul membre du groupe à avoir encore progressé, le batteur Lars Ulrich est en grande forme et multiplie les breaks en les envoyant tous dans le mille avec une précision quasi clinique qui doit laisser perplexe ses concurrents les plus doués (les oreilles de Dave Grohl ont dû siffler samedi soir).

Après tout juste deux heures de show, c'est une version de huit minutes totalement furieuse de "Seek And Destroy" qui laminera un public chavirant de plaisir sous les coups de boutoit de la bête.

Sacré anniversaire.

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