Michel Polac est mort

Surtout connu pour son émission "Droit De Réponse", le journaliste et écrivain est mort hier, à l'âge de 82 ans.

Libre

Michel Polac est mort en homme libre. Depuis l'âge de 14 ans où il commença à écrire, il en aura après tout toujours été ainsi: son parcours médiatique et personnel, d'où est absent la moindre trace de compromission, est là pour en témoigner.

Dans une caste médiatique où la fausse impertinence (Nicolas Bedos) et les retournements de veste opportunistes balaient les idéaux de jeunesse pour favoriser la carrière (Michel Field), Polac faisait figure, y compris dans ses dernières images d'homme de télé aux côtés de Ruquier et Zemmour, d'électron libre et symbolisait quelque chose comme une figure de la vieille garde, intègre et loyale, mettant en avant ses passions et ses coups de gueule au détriment des feux de la rampe des prime time toujours plus formatés.

Nouveaux formats

Né en 1930, le jeune Polac publie son premier roman en 1956 chez Gallimard, "La Vie Incertaine" . Succès d'estime, en dépit d'un accueil critique idoine.

Probablement piqué par le fait que sa carrière d'écrivain ne décolle pas autant qu'il le souhaiterait, Polac prend le taureau par les cornes et crée de nouveaux formats médiatiques dédiés à la littérature; le plus fameux étant bien sûr "Le Masque Et La Plume" , omniprésent sur l'antenne de France Inter depuis...1955.

Avec son format immuable depuis ses origines (des chroniqueurs spécialisés dissertent pendant une heure sur l'actualité culturelle), l'émission permet l'émergence d'une vraie critique argumentée permettant aux journalistes de sortir des sentiers battus de la promo; et si, en 2012, on tord de plus en plus souvent le nez à l'écoute des sentences définitives de chroniqueurs auto-satisfaits érigeant l'art de la formule péremptoire en guise d'argumentation journalistique, il ne faut jamais oublier que l'émission fut pionnière en son genre, en ouvrant la voie à des "Campus" et autres "Pop Club" qui offriront un strapontin à la contre-culture sous les années de plomb gaullistes et pompidoliennes.

Appliquer la même recette à la télé est en revanche une autre paire de manches: "Bibliothèque De Poche" et "Post-scriptum" , toute deux présentées par Polac entre le milieu des années 1960 et la fin des années 1970, ne connaitront qu'un succès relatif et souffriront surtout de la comparaison avec les émissions de Bernard Pivot, plus accessibles,et surtout moins polémiques et risquées.

Esprit de Mai

Pourtant, c'est bien de la télé que viendra, sur le tard, la gloire de Polac. Surfant sur la libéralisation des ondes voulue par François Mitterrand dès son élection en mai 1981, Polac présentera pendant presque 7 ans, sur un TF1 encore dans le giron du service public et en prime time, l'émission "Droit De Réponse" .

Pas vu avant, pas refait après (tentative honorable de Michel Field sur Canal Plus via "L'hebdo" au milieu des années 90), l'émission de débat proposée en direct offre chaque samedi soir sa dose de débat, bien sûr, mais aussi d'insultes, invectives et foires d'empoignes dont certaines passées à la postérité (Choron face aux "petits cons" de lycéens, Coluche raide défoncé en tenue de clown).

Avec "Droit De Réponse" , c'est un peu de ce fameux "Esprit de Mai", bordélique et anarchisant, qui fait son irruption à la télé française, 13 ans après mai 68: dans quelle autre émission, à l'exception notable des meilleurs hold up de Thierry Ardisson , aura-t-on vu des invités aussi ingérables que Siné, Gainsbourg ou Mocky consommant clopes et alcool en direct, dans l'ambiance enfievrée d'une AG étudiante?

Epilogue connu, c'est un dessin diffusé à l'antenne de Wiaz critiquant ouvertement TF1 nouvellement privatisé ( "Une chaine de maçon, une télé de m....." ) en 1987 qui clôturera l'aventure.

Chroniqueur littéraire

Boycottant la télé qui le lui rend bien pour y retrouver une place à la fin des années 2000, Polac revient à ses amours de jeunesse: la littérature. Mais cette fois en tant que chroniqueur, pour L'Evénement Du Jeudi" et surtout "Charlie Hebdo" , juste retour d'ascenseur après les nombreuses invitations de la dream team (Wolinski, Cabu, Cavanna, etc...) dans les émissions du même Polac.

Véritable sniper tirant à vue plus souvent qu'à son tour (et pas toujours de façon astucieuse...) sur la jeune garde littéraire française, Michel Polac était resté le même jusqu'au bout: intègre pour ses défenseurs, vieil acarîatre aigri pour les autres.

Et c'est bien ce vieux misanthrope-là qui aura réussi une de ces sorties outrancières et provos dont il avait le secret il y a encore quelques années, comme un Bokowski aviné chez Pivot, traitant la transparente Daniela Lumbroso de "conne glaçée" en direct sur LCI. Le vieil anar avait encore frappé.

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