Mitt Romney, une défaite annoncée?

Son premier débat réussi face à Barack Obama ne doit pas faire oublier l'extrême faiblesse de la campagne menée par le candidat républicain.

Feu de paille

Lorsque, le 3 octobre, Mitt Romney remporte haut la main le premier des trois débats devant l'opposer à Barck Obama , le camp républicain veut croire à une inversion des courbes sur le modèle de l'élection de 1980, lorsque Ronald Reagan avait finalement défait un Jimmy Carter trop timoré.

La présidentielle de 2012 présente il est vrai quelques similitudes: une économie à l'arrêt, une perte d'influence relative des Etats-Unis sur la scène internationale, et surtout un Président jugé trop peu martial n'ayant par ailleurs été que l'ombre de lui-même dans un débat où il aura été dominé de bout en bout par un adversaire dépeint jusqu'alors seulement comme un outsider sans envergure.

Mais malgré quelques sondages surfant sur la vague du débat du 3 octobre, désastreux pour Obama, tout ceci ne devrait être qu'un feu de paille.

Ennemis de l'Amérique

Tout d'abord, la situation de 2012 est diffèrente de celle de 1980 en ceci que, malgré les efforts de l'équipe Romney pour dresser un parrallèle, les premières attaques antiméricaines au Proche Orient ne sont en rien comparables à l'interminable prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran qui avait humilié l'administration Carter et ouvert à Ronald Reagan un boulevard jusqu'à la Maison Blanche.

Brandir en 2012 le spectre du parti démocrate allié des "ennemis de l'Amérique" est, au mieux, anachronique, au pire déplacé s'agissant d'une administration étant venue à bout (même de façon très contestable...) d'Oussama Ben Laden et ayant essayé de redresser sur le plan international l'image désastreuse d'un pays miné par huit années d'administration Bush.

Convention

Jamais réellement pris au sérieux par ses adversaires, et parfois même au sein de son propre camp (son statut de Mormon, sa fortune personnelle le coupant de la base la plus modeste des électeurs républicains), la convention de Tampa fin août débouchant sur son intronisation à l'élection aurait dû mettre sur orbite Mitt Romney et lui conférer la stature présidentielle qui lui faisait défaut.

Là encore, c'est le discours/sketch grotesque de Clint Eastwood, avec sa désormais fameuse parabole de la chaise vide, qui lui aura volé la vedette.

Plus surprenant, en marge de cette même convention, Romney a annoncé,à la stupéfaction de l'aile droitière de son camp, être prêt à conserver quelques éléments de la réforme de l'assurance santé tant décriéé, même si minimale, de Barack Obama; épisode venant rappeler à quel point Romney et son colistier Paul Ryan parfois se contredisent.

Tea Party

Choisi comme colistier pour séduire la frange la plus réactionnaire de son électorat ne se cachant pas de ses idées très proches de l'extrême droite, Paul Ryan, 42 ans, représente le Wisconsin au Sénat sous l'étiquette du Tea Party, ce mouvement extrémiste s'étant développé de façon aussi radicale que soudaine sous l'administration du "socialiste" Obama .

Strictement opposé à l'intervention de l'Etat dans la vie économique, très rigide sur le thème de la foi, l'avortement et le mariage gay, Ryan est une sorte de Sarah Palin au masculin, mais intellectuellement plus structuré; à tel point que l'on en vient parfois à se demander lequel des deux colistiers mène vraiment campagne contre le Président sortant...Mais quel crédit accorder au membre d'un parti ouvertement xénophobe et réac votant pourtant sans sciller la mesure de continuité budgétaire permettant à un gouvernement fédéral de fonctionner, alors qu'on proclame le détester à longueur de tribunes?

"The economy, stupid!"

Lundi 17 septembre. Le magazine Mother Jones publie un enregistrement pris dans une réunion de collecte de fonds quelques mois auparavant. Le candidat Mitt Romney, en petit comité, se lâche: on l'entend dans la vidéo publiée expliquer posément à ses donateurs qu'il n'a pas l'intention de faire campagne et perdre son temps à convaincre les 47% d'américains qui ne paient pas d'impôts sur le revenu, son programme de réduction de taxes ne les concernant pas.

Selon Romney, ces 47% d'américains seraient des "assistés" , des gens qui vivent sur l'aide gouvernementale pendant que, refrain connu, les gentils patrons travaillent seize heures par jour à la sueur de leur front: un argumentaire tellement éculé et caricatural que même le journaliste néoconservateur William Kristol, pourtant peu suspect de pencher à gauche, a jugé "stupide et arrogant" . Laisser Romney s'enfoncer tout seul sans même avoir à lui porter la contradiction, serait-ce là la stratègie de Barack Obama qui n'a pas fait une seule allusion à ces propos lors du premier et controversé débat du 3 octobre dernier?

Le sorcier Bill Clinton l'avait martelé pendant sa triomphale campagne de 1992 face à Bush senior: "It's the economy, stupid!" . Celui-ci serait bien avisé de fournir un rappel basique à Mitt Romney: les exemptés d'impôts sont sont avant tout des retraités, lesquels sont majoritairement des gens qui votent pour les républicains, et 61% des dispensés paient des cotisations sociales, ce qui prouve qu'ils travaillent....

Refondation

L'embellie sondagière dont bénéficie (provisoirement?) Romney ne doit pas faire oublier la dernière publication des chiffres du chômage tombés la semaine passée, avec les meilleures statistiques depuis longtemps, alors que la crise est loin d'être passée; atout non négligeable pour l'équipe Obama.

A son arrivée au pouvoir, celui-ci promettait une "refondation" du contrat social et politique américain avec davantage d'intervention gouvernementale et de redistribution. Promesse vaine et/ou victoire des groupes de pression bancaires et financiers qui squattent de toute manière tous les leviers décisionnels à l'échelle mondiale, conséquence de la crise financière: le cadre de ce débat serait plus que jamais d'actualité dans la Présidentielle actuelle, puisque non seulement la récession aura été bien plus forte que prévue, mais la reprise aussi plus lente.

Or, la question n'a pas été abordée; preuve que le Président sortant donne bien des gages à Wall Street et au camp de la finance, coupant ainsi le peu d'herbe restant sous le pied de Mitt Romney, candidat autoproclamé des classes dominantes.

Si Barack Obama veut briguer un second mandat et éviter de répéter un scénario à la Lionel Jospin en 2002 en estimant une élection déjà acquise, avec les conséquences que l'on sait, il lui faudra se montrer pédagogue et offensif face à un adversaire visiblement pas à la hauteur de la fonction et ne pouvant gagner l'élection que sur un malentendu.

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