Rentrée littéraire : quelques titres phares

Chaque fois plus dense, la rentrée littéraire compte...654 nouveautés pour ce mois de septembre 2011. Petit état des lieux totalement subjectif.

Quels romans feront parler d'eux en cette rentrée 2011? Chaque année, la somme de nouveautés est de plus en plus conséquente, et il est difficile pour tout un chacun, spécialiste ou profane, de s'y retrouver ou d'y mettre de l'ordre.

Après un excellent cru 2010, qui avait pour une fois débouché sur l'attribution des prix majeurs à des auteurs ne l'étant pas moins ( du Renaudot pour Maylis de Kerangal à un surprenant Medicis pour Virginie Despentes en passant par, enfin, le Goncourt à Houellebecq), cette rentrée 2011 s'avère sur le papier très prometteuse.

Petite sélection totalement subjective.

Jonathan Franzen: "Freedom".

Commençons par ce qui sera certainement LA sortie de la rentrée. Enorme succès lors de sa parution l'an passé en VO aux Etats-Unis, "Libération" lui consacre sa une le 16 Août dernier.

Grand roman populaire s'étalant sur trois décennies et balayant toute la complexité de la géographie américaine, "Freedom" pourrait être à Franzen ce que "Outre-Monde" avait été à Don de Lillo, susceptible de séduire un lectorat aussi bien populaire qu'exigeant. A surveiller comme le lait sur le feu!

Paul Auster: "Sunset Park".

Une histoire de famille à tiroirs, sept ans après les attentats du 11 septembre 2001 alors que le monde s'apprête à commémorer les dix ans de la tragédie? Publiant depuis quelques années des ouvrages systèmatiquement décevants, on pourra juger opportuniste et cynique la démarche de Auster. Toutefois, les thèmes de la récession et de la crise entrainant chômage physique et agonie de la production culturelle indépendante font que "Sunset Park" pourrait changer la donne...

Marie Darrieussecq: "Clèves".

Perdue de vue de notre part depuis son pourtant excellent "Truismes" il y a déjà quinze ans, l'auteur se base sur ses propres carnets intimes d'ado pour y décrire la métamorphose d'une jeune fille contemporaine. Cette narration se double d'une revisite du classique "La Princesse De Clèves" ; le but étant de montrer qu'un ado reste fondamentalement en construction tout d'abord "contre": parents, école ou religion. A envoyer à l'Elysée.

Eric Reinhardt: "Le Système Victoria".

Grosse claque littéraire, "Le Système Victoria" est autant la description d'une passion torride et adultérien débouchant sur un fait divers qu'une brillante satire sociale. Où comment un homme issu de la classe moyenne, bon à l'extrême, perd totalement les pédales pour une DRH sûre d'elle et dominatrice jusqu'à précipiter leurs deux vies et celles des leurs dans un voyage sans retour... Impressionnant.

Jean Rolin: "Le Ravissement De Britney Spears".

Certainement l'ouvrage le plus original de cette rentrée. Pouvant se lire comme un polar ( le narrateur est un privé bancal devant empêcher un commando islamiste de mettre la main sur Britney Spears) ou une critique de l'extremisme religieux, le livre est surtout une très délectable mise en abime d'une société prescrivant de la culture pré-mâchée dont Los Angeles ne serait que l'endroit le plus caricaturalement représentatif, entre stars en toc et pseudos "wanna bees" en devenir prêts à tuer père et mère pour un quart d'heure de gloire factice.

Emmanuel Carrère: "Limonov".

Définitivement l'un des romans les plus attendus de cette rentrée. Reprenant le principe de l'autofiction qui ne lui est pas étranger ( voir son précédent "D'autres Vies Que La Mienne" ), et qui consiste donc à entremêler son propre vécu avec celui d'un autre personnage, fictif ou réel, Emmanuel Carrère s'attaque cette fois-ci à Limonov, figure de proue de la Russie contre-culturelle. Tour à tour voyou, poète, artiste d'avant-garde, émigré américain et français, Limonov est surtout connu pour avoir fondé le Parti National-Bolchevique, d'obédiance ouvertement fasciste, dans la Russie ultra-libérale de Vladimir Poutine. Un parcours atypique pour une exploration détaillée de divers milieux sociaux, politiques et culturels.

Philippe Jaenada: "La Femme Et L'ours".

Un des tout meilleurs écrivains français sur les traces de Kerouak? On prend! Ou comment un doux révolté, placide et d'apparence résignée, se décide après une dispute conjugale a priori anodine, à tout larguer. Sac à dos et bouquins en guise de seules compagnies, notre héros va errer, du Paris interlope en destinations hasardeuses, à la recherche d'un idéal et de son moi profond.

A parier que, comme souvent chez Jaenada, l'histoire sera au moins autant prétexte à la rencontre de figures Lynchiennes décalées et hautes en couleur...Et en espèrant, surtout, que ce formidable auteur rencontre enfin le succès populaire et la reconnaissance qu'il mérite.

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