Santigold, "Master Of My Make Believe"

Le second album de la chanteuse, paru il y a quelques jours, lui permettra-t-elle de connaitre la notoriété mondiale qu'elle mérite?
38

Loterie

Certaines choses sont incompréhensibles: paru en 2008, "Santogold", premier album du projet éponyme, aurait dû être un carton mondial, un best seller qui aurait dû s'arracher par camions entiers.

Classique instantané dès la première écoute empreint d'influences très diverses,de la pop élaborée des Talking Heads au dub en passant par le funk des Red Hot Chili Peppers et la soul de Curtis Mayfield, l'album fait partie de cette espèce rare combinant audace artistique et sens aigu du populaire de qualité.

Dans le tout-venant de la culture numérique où tout se vaut, le gagnant de la loterie populaire est rarement le plus audacieux; et le haut des charts mondiaux des années 2000, saturé de Rihanna et autres imposteurs à la Lady Gaga est là pour en témoigner.

Philadelphie

Née en 1976 à Philadelphie, ville louée pour son côté cosmopolite et son ouverture culturelle qui ne sera certainement pas sans lien avec son parcours artistique marqué du sceau de l'eclectisme, Santi White débute sa carrière de chanteuse au sein du groupe Stiffed en 2003.

Auparavant, celle-ci aura oeuvré en tant que responsable artistique pour Epic Records, où elle apprend les ficelles du métier. Probablement frustrée de passer plus de temps côté coulisses que côté scène, elle démissionne rapidement pour se consacrer à la production, avant le grand saut en 2003 avec Stiffed.

Si le groupe est repéré par un label, c'est surtout sa chanteuse qui tape à l'oeil des pontes de ce dernier, à tel point que c'est un contrat...solo qui est proposé à cette dernière.

Santogold vient de voir le jour.

Santogold

Considéré davantage comme un projet collectif que comme un groupe à proprement parler, Santogold s'articule autour de diffèrents producteurs, notamment un ancien collaborateur du groupe de fusion Bad Brains, mais aussi et surtout autour de Santi White elle-même: en prenant en charge à la fois le chant, la production, la composition et l'écriture, c'est bien elle qui se trouve aux commandes du projet qui donnera donc lieu à l'album "Santogold" en 2008.

Sans revenir sur la qualité de l'album évoquée plus haut, on ne s'explique décidèment pas comment et pourquoi des singles aussi efficaces, accessibles et diversifiés que "Les Artistes", "Lights Out" ou "Say Aha" n'aient pas connu autre chose qu'un succès d'estime de la part du grand public faisant habituellement un triomphe à des formations ou artistes proches de l'univers de Santogold, comme No Doubt, Michael Jackson ou les Red Hot Chili Peppers.

Santigold

Suite à d'obscures raisons judiciaires, Santogold abandonne son pseudonyme pour Santigold courant 2009.

Toujours guidée par son eclectisme, l'artiste additionne les collaborations avec les milieux divers, notamment avec le chanteur des Strokes, Julian Casablancas, pour le titre "My Drive Thru" épaulant la campagne de la marque Converse; ou également la chanteuse M.I.A., pour une collaboration au résultat plus mitigé.

L'annonce d'un second album étant rendue officielle pour 2012, Santigold envoie en avant-goût dès septembre 2011 le morceau "Go!" , réalisé avec Karen O des Yeah Yeah Yeahs. Totalement dans la lignée de l'album "Santogold" , le morceau laisse entrevoir le meilleur; impression confirmée par "Disparate Youth" , deuxième single extrait de l'album baptisé "Master Of My Make Believe" qui sort finalement le 30 avril 2012.

Second album

Selon l'expression consacrée, le cap du second album est toujours difficile à négocier; a fortiori lorsque le premier a été un coup de maitre...Comment continuer à surprendre et innover quand la barre a, d'entrée de jeu, été placée très haut?

Après plusieurs écoutes, on peut en tirer les conclusions suivantes: l'ensemble de l'album sonne moins immédiat que "Santogold" et s'avère surtout plus inégal, même s'il reste d'un niveau bien supérieur à la grande majorité des productions contemporaines calibrées dance floor.

Les quatre premiers morceaux de ce "Master Of My Make Believe" sont tout à fait du niveau, peut-être même supérieurs, à ce qu'on trouvait dans le premier opus. C'est après que ça se gâte: "Freak Like Me" sonne comme un mauvais décalque de Missy Elliot et "The Riot's Gone" , malgré une très belle partie de chant sous influence Kate Bush, reste anecdotique, tout comme "Pirate In The Water" qui sonnerait bien chez Peaches, voire Pink, mais qui jure avec la couleur très pop, funk et dub de l'ensemble.

Ne mégotons pas: "Go!" , "Fame" ou "Big Mouth" , tout comme en définitive les deux tiers du disque, sont suffisamment irrésistibles pour se tailler une place de choix dans les charts du monde entier et permettre à Santigold de décrocher la timbale mondiale qu'elle mérite.

Prochaine étape: l'univers?

Sur le même sujet