"Somewhere", de Sofia Coppola

Pour son quatrième film à la fois enthousiasmant et irritant, c'est peu de dire que Sofia Coppola suscite des réactions mitigées.

Eté 2000. Lorsque la jeune Sofia Coppola déboule sur les écrans mondiaux avec sa première réalisation, beaucoup s'imaginent un énième caprice de la part d'une fille de bonne famille jouant de son nom pour se payer sa part de gloire sous les feux de la rampe.

Choc: "Virgin Suicides" est un chef d'oeuvre, assurément l'un des films de la décennie.

Aussi, lorsqu'elle offrira "Lost In Translation" (2004) et "Marie Antoinette" ( 2006), la plupart des critiques préféreront devenir aveugles exprès plutôt que de dire du mal de ces, certes, deux bons films, mais qui ne sont pas forcément les pièces maitresses que certains aimeraient à y voir.

Après quasiment cinq ans d'absence, retour de "l'autre" Coppola pour un résultat beaucoup plus clivant.

A la cool

Acteur célébrissime mais lisse, Johnny Marco mène une vie cool et désoeuvrée,entre jet set et solitude de chambre de palace, entre Johnny Depp et Joaquin Phoenix pour modèles revendiqués.

Fêtard plus par habitude que par plaisir ( on y reviendra), Johnny voit son existence basculer le jour où sa fille, pré-ado de 11 ans, débarque dans sa vie.

Résidant de luxe au palace Chateau Marmont, célèbre adresse prisée de Los Angeles constituant une sorte de Costes moins frime et toc, la vie de Johnny est vide, oisive.

C'est un grand gamin qui tourne en Ferrari sur le Sunset, sans but, ou trompe son ennui en payant des jumelles pour exécuter de ridicules numéros de lap-dancing: aussi, voir que sa fille se cherche en tentant de briller pour et par lui va lui faire prendre conscience du vide de son quotidien ainsi que de sa propre immaturité.

Spleen

Plans fixes s'étirant sur de longues secondes ( ou minutes..), abus du "style Coppola" (musique chic et mode, atmosphère vaporeuse), photo à la Helmut Newton: les facilités et effets de style irritent, puisque traduisant lourdement l'ennui et la lassitude du héros tels que montrés à l'écran, et finissent donc par tomber à plat- et le spectateur de céder à l'ennui.

Arrivé au premier tiers du film, on se dit que les mauvaises langues colportant les rumeurs selon lesquelles "Somewhere" n'a obtenu le Lion d'Or de Venise que par le fait que le Président du jury s'appelait l'an passé Quentin Tarantino, ex compagnon de Sofia Coppola, ne sont pas totalement à côté de la plaque...Puis tout bascule.

Lorsque Coppola se met en tête de mettre cette même patte dans le but affiché de souligner la mélancolie et le vide abyssal de la vie de Johnny, on change complètement d'avis.

De fêtes tristes peuplées d'arrivistes ou pique-assiettes en remise de prix grotesque en Italie, on retrouve par (trop rares) touches tout ce qui contribuait à l'ambiance de spleen et de cafard qui faisaient de "Virgin Suicide" un chef d'oeuvre.

De fil en aiguille où se (re)noue la complicité avec sa fille, Johnny prend réellement conscience de sa solitude; à l'image de la scène où, seul, il tente de se faire lamentablement à cuisiner un plat de pâtes-alors que sa petite de 11 ans est déjà un cordon bleu.

Bill Muray en embuscade

Les dernières images de "Somewhere" ouvrent une fin possible façon "Into The Wild" de Sean Penn, voie qui serait judicieux d'exploiter pour une Sofia Coppola si elle veut renouveler son cinéma et éviter les pièges de l'autocaricature qui la guettent d'ici un ou deux films.

Si la jeune Elle Fanning crève l'écran comme le faisait Scarlett Johansson dans "Lost In Translation", on n'en dira pas de même pour le (trop) laconique et transparent Stephen Dorff qui peine à convaincre en célébrité hollywoodienne mélancolique, là où un Bill Murray aurait fait merveille.

Gare: l'habitude guette Sofia Coppola. L'adoubement des médias bobos ( avant même pour certains de voir le film...) ne saurait être synonyme de crédibilité artistique...

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