Superheavy, nouveau projet de Mick Jagger.

Regroupant, entre autres, Dave Stewart et Joss Stone, le nouveau collectif articulé autour du chanteur des Stones livre un premier album tournant à vide.

Boycott

Commencer tout d'abord par marteler cette évidence: une fois sortis des Stones, personne n'écoute les albums solos de leurs membres.

Destin profondément injuste: les performances Jazz de Charlie Watts, ou les escapades de Ron Wood ( comme sur l'épatant "Slide On This" ), sans parler des efforts solo de Keith Richards, auraient mérité bien plus de reconnaissance que le mur d'indifférence auquel elles se sont heurtées.

Explications: pour le grand public, les Stones sont un collectif dans lequel les individus importent peu, et le noyau dur des fans du groupe a toujours méthodiquement boycotté le moindre effort solo de la part d'un des membres de peur de voir l'un d'entre eux s'envoler suivre sa propre carrière et ainsi signer l'arrêt de mort des Stones. Raisonnement surprenant quand on connait l'alchimie unissant le groupe, et son amour de la scène; les Stones aimant cela autant que leurs propres fans...

Mick

Et Mick Jagger, dans tout cela? Sa carrière solo repose sur 4 albums: "She's The Boss" (1985) et "Primitive Cool" ( 1987, avec déjà Dave Stewart aux manettes), orientés Classic Rock et rythmes jet-set, valent bien mieux que les critiques assassines les ayant accueillis à leur sortie, et n'ont définitivement pas à rougir face aux productions de l'époque encensées par ces mêmes critiques, comme le "Let's Dance" de Bowie ou certaines productions hasardeuses de Nile Rodgers.

"Wandering Spirit" (1993, produit par le sorcier Rick Rubin) est LA grande injustice de la carrière de Jagger en solo: dense, roboratif, eclectique, idéalement produit et chanté, c'est un classique instantané pouvant tout à fait jouer dans la cour de certains des meilleurs albums des Stones. Une fois de plus, malgré le demi-succès du séduisant single Hard-Funk "Sweet Thing" , le public boude. "Goddess In The Doorway" ( 2001), lorgnant vers la Pop et le RnB moderne, sera un echec encore plus cuisant, en dépit pourtant du formidable single "God Gave Me Everything" : aux USA et en Angleterre, l'album ne rentrera même pas dans le Top 100!

Collectif

Pas du genre à enfoncer le même clou rouillé, Mick Jagger s'est donc fait une raison: si le grand public ne le veut, à vie, que dans sa fonction de chanteur et performer du plus grand groupe de Rock'n'Roll de l'Histoire, autant qu'il se fasse plaisir. A son âge et dans sa position, pourquoi se poser des questions?

Voici donc Superheavy, collectif réunissant autour de Mick l'ex- Eurythmics Dave Stewart (personnage récurrent de l'histoire solo de Mick), la chanteuse de Soul (?) Joss Stone, le reggae man Damian Marley ( fils de son père) et A.R. Rahman ( responsable de la BO du film "Slumdog Millionaire" ).

Mick Jagger et Dave Stewart étant tous deux amateurs de World Music et de sons electroniques, on etait en droit d'attendre un résultat intéressant-malgré la composition du groupe ressemblant plus à un casting chic et toc orienté show-business qu'à une réelle osmose entre musiciens désireux de mettre en commun leurs talents.

A côté de la plaque

Si on peut entendre d'entrée de jeu que, de toute évidence, Mick Jagger a pris un immense plaisir à chanter sur ce disque, on n'en est pas moins mortifié face au résultat final: quelques amorces d'idées de ci de là, mais n'allant pas chercher plus loin qu'une bonne jam entre amis dans ses meileurs moments. Au pire, on a droit à du Rock fm surproduit et lourdingue, du Funk lisse tournant à froid ou du pseudo Ragga donnant une impression de gâchis et d'inutilité, comme si le groupe avait tenté de tricoter une bande-son pour une prochaine production de Bollywood...

Pourquoi pareil plantage quand on connait l'amour de Mick Jagger pour la vraie fusion, dans la lignée de Fishbone ou Urban Dance Quad ? Erreur de tir très étonnante de la part de celui qui avait produit le premier album de Living Colour ( et y avait même participé)....

Message subliminal

En fait, l'important est ailleurs. Tout, dans le clip du premier single "Miracle Worker" , de la scénographie au look de Mick, renvoie à celui de "Waiting On A Friend" (1981) qui voyait Mick Et Keith se balader à la cool dans les rues de New York et traduisait bien les liens unissant les Rolling Stones.

En tout juste 30 ans, le visage de Mick est bel et bien devenu celui d'un homme mûr, mais son look, son énergie et sa voix sont intacts. Il n'a pas pris un gramme, pas perdu ses cheveux, et continue à vendre à des foules béates quelque chose comme l'image d'un eternel adolescent.

Le message est subliminal: le vieux lion peut toujours griffer, et le monde n'en a pas fini avec lui.

Dans quelques mois, il reprendra la tête des Rolling Stones pour la tournée des 50 ans d'existence du groupe. Cet évènement mondial fera définitivement oublier un projet râté que, de toute manière, personne n'aura écouté. Tout rentrera dans l'ordre.

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