The Kills, "Blood Pressures"

Retour pétaradant du tandem avec un quatrième album abrasif effectuant une (légère) cassure avec le passé.

La maxime est connue dans le monde du Rock'n'Roll: peu de gens ont entendu le premier album du Velvet Underground,mais tous ceux qui l'ont écouté ont fondé un groupe.

Apparus en 2002 sur le devant de la scène avec un premier album, "Keep On Your Mean Side" , The Kills font tout de suite la différence avec les groupes ( The Hives, The Libertines, Queens Of The Stone Age) incarnant le nouvel âge d'or d'une musique que les médias donnaient pour morte face à la déferlante du tout Electro qui saturait l'époque: maigres comme des chats sauvages, rejetons illégitimes d'une union contre-nature entre le Velvet Underground , Royal Trux et Suicide , Jamie Hince ( guitariste et âme damnée, entre Alan Vega et Keith Richards) et la troublante Alison Mosshart ( chanteuse à l'imposante présence scénique, style PJ Harvey en maraude) ont tout: look, attitude, son, et bien sûr chansons.

Energie sexuelle

Creusant leur sillon avec les excellents "No Wow" (2005) et "Midnight Boom" (2008) ,toujours dans la même veine mêlant énergie sexuelle, guitares hérissées et boîte à rythme robotique,The Kills s'imposent auprès du public rock comme l'alternative et le plus sérieux compétiteur des White Stripes-bien que les deux groupes soient bien évidemment complémentaires: plus minimalistes, plus sexe, plus glamours et meilleurs sur scène ( mais moins bon musiciens), Alison et Jamie représentent alors rien moins que le penchant rock de Massive Attack sur la scène Electro: le visage de ce qu'on pourrait appeler "l'understream" (mélange d'"underground", ce qui est branché, et de "mainstream", ce qui plait au plus grand nombre).

L'escapade d'Alison Mosshart avec le projet Dead Weather à l'initiative de Jack White, le temps de deux albums et une tournée, alimentent les rumeurs selon lesquelles les deux têtes charismatiques des deux duos fusionneraient. Il n'en est rien: la relative mise à l'écart de Mosshart sur "Sea Of Coward", le deuxième album studio du groupe, montre la volonté du reste des Dead Weather de ne pas se laisser vampiriser par la chanteuse: dans "Horehound", disque précédent, celle-ci explose tout et y grave ce que sont peut-être ses parties de chant les plus volcaniques-lesquelles rendraient priapique une colonie de Mormons dépressifs et abstinents .

Moins minimaliste

Envoyé en éclaireur, le single "Satellite" a surpris: mid-tempo moins minimaliste qu'à l'accoutumée, bénéficiant d'une production moins brute, il faut très certainement plusieurs écoutes au fan hardcore pour rentrer dans le morceau qui, une fois apprivoisé, se montre diablement efficace.

On aurait toutefois tort de penser que tout l'album soit dans cette veine. Il y a des ruptures ( les ballades "Baby Says" et "The Last Goodbye" , ce dernier très sous influence Marianne Faithful ), un morceau d'ouverture plus Pop que Punk ( "The Future Starts Now" ) et un plagiat du "Jealous Guy" de Lennon ( "Wild Charms" ) avec Jamie Hince pour la première fois au chant.

Pour le reste, les morceaux prêtés aux pubs et autres romances de papier glacé avec une top model n'auront en rien assagi le son du groupe: "DNA", "Nail In My Coffin" ou "You Don't Own The Road", pour ne citer que les titres les plus immédiatement mémorables, ne déméritent pas face aux morceaux des trois albums précédents et devraient prendre toute leur envergure sur scène.

La suite?

Avril 2011. Les White Stripes ont raccroché. Les Libertines aussi. Les Strokes sortent un quatrième album controversé.

Beaucoup pensaient que les Kills allaient fini par prendre eux-aussi la direction des inactifs ou vendre leur âme au diable de la branchitude et de la "hype".

Avec un nouvel album plus aventureux, effectuant une légère cassure avec le passé, c'est plus à une lente transformation que l'on assiste: celle d'un groupe qui n'a pas fini de nous étonner.

Le Rock'n'Roll est décidément toujours vivant!

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