The Murderer

Deuxième réalisation coup de poing du réalisateur Na Hong-Jin après la bombe "The Chaser" de 2009.

L'ombre de Scorcese

Initialement réalisé en 2007 mais sorti en France deux ans plus tard, "The Chaser" , première réalisation de Na Hong-Jin, 27 ans, fait l'effet d'une bombe.

Avec son histoire d'ex-détective devenu proxénète reprenant du service pour démasquer un serial killer s'attaquant aux prostituées, prétexte à une chasse à l'homme dopée à l'ultra-violence ( la fameuse scène dite du marteau en aura traumatisé plus d'un...), c'est rien de moins que l'ombre de Martin Scorcese période "Taxi Driver" qui plane; réfèrence plus que flatteuse pour un cinéaste qui met tout de suite dans sa poche critiques et amateurs de films noirs.

No man's land

Yanji est une ville industrielle sans âme, un no man's land comme il en existe tant entre la Russie et la Corée du Nord.

Y vit, ou plutôt survit, Gu-Nam, chauffeur de taxi ( encore une fois, Scorcese...) aussi fauché que précaire et encore plus désabusé depuis la mystèrieuse disparition de son épouse.

Un jour, un certain Myun, parrain local, entre en contact avec Gu-Nam pour lui proposer un marché: en échange du remboursement intégral de ses dettes et surtout de sa compagne, celui-ci devra assassiner une personne lui étant inconnue...

Mer jaune

La première partie du film a pour principal intérêt de faire écho à l'actualité sociale, en plein chaos Grec ( et bientôt Européen?): comment des gens dignes acculés à la misère et la détresse sociale en arrivent-ils à accepter des contrats plus que douteux en échange de la promesse de conditions de vie plus confortables?

Le réalisateur assène en supplèment une petite leçon de géopolitique, et on déplorera une fois de plus le manque d'inspiration des distributeurs français n'ayant pas pris en considèration le titre original de "Yellow Sea" : la mer jaune du Pacifique qui relie les côtes du Japon,de la Chine et la Corée du Sud reprèsente un vrai carrefour où tout vient s'échouer, les hommes comme les espoirs.

A partir de là, difficile de ne pas souscrire à la vision morne et sèche du quotidien telle qu'elle est évoquée dans le film.

Esthètisme de B.D.

La seconde partie du film débute une fois connue la mission de Gu-Nam.

Comme dans "The Chaser" , Na Hong-Jin s'inspire définitivement davantage de modèles américains plutôt qu'asiatiques: même les impressionnantes scènes de combat à l'arme blanche font plus penser à "Kill Bill" qu'au cinéma de Kitano.

Noir et haché, "The Murderer" renvoie cette fois-ci à James Gray et à sa faune de gangsters interlopes.

Mais on pense surtout, de fait, aux B.D. signées Franck Miller, dont "Sin City" et surtout "Daredevil" quand une scène en particulier (un règlement de comptes ultra-violent) renvoie purement et simplement à un épisode de cette B.D.!

De "Black Swan" au présent "Murderer" l'écurie Marvel n'en finit décidèment pas de mesurer son influence....

Trop noir?

Avec ce second coup de maître, certains imaginent déjà Na Hong-Jin devenir un nouveau Johnni To.

Rien n'est moins sûr: la noirceur assumée du film pourrait bien procurer en terme de reconnaissance publique un effet inversement proportionnel à son triomphe critique.

Le cinéma coréen, déjà pas exactement axé grand public ( et tant mieux!), à l'exception notable du très bon "Old Boy" il y a quelques années, du fait de son obsession redondante pour la thématique de la vengeance, pourrait bénèficier d'un coup de projecteur mérité en pleine torpeur estivale.

Reste à savoir si les spectateurs voulant oublier un Eté pourri seront prêts à s'investir dans un thriller exigeant et racé aux frontières de la B.D. plutôt que dans une entreprise inoffensive et grand public du type "Transformers" ...

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