"The Savage Heart", The Jim Jones Revue

Croisement entre The Hives et The White Stripes, le troisième album du groupe londonien pourrait bien être celui de la consécration.

Pionniers

Passionné par le rock'n'roll originel, celui des pionniers façon Gene Vincent, Chuck Berry ou Eddie Cochran, Jim Jones chante dès 1988 dans le groupe de revival Thee Hypnotics, puis rejoint le groupe Black Moses en 1994.

Au sein de ce dernier groupe, Jones fait la connaissance du guitariste Rupert Orton: dépassant le stade de la simple reprise et unis par le même amour du rock'n'roll, du rockabilly et du punk, ils vont commencer à écrire et composer leurs propres titres et faire quelques concerts à Londres.

Les Black Moses tournent et perdurent jusqu'en 2007. Entre temps, Jones et Orton se rapprochent, formant un groupe dans le groupe; complicité encore renforcée par la rencontre de Gavin Jay (basse) et de Elliot Mortimer (piano), qui donnera la première mouture de ce qui devient donc The Jim Jones Revue.

Engagement total

Complété par l'arrivée de Nick Jones à la batterie puis celle de Henri Herbert au piano pour déboucher sur son line-up actuel, l'engagement du groupe sur scène est total, essorant des clubs majoritairement anglais par leur formule redoutablement efficace convoquant à la fois Little Richard, les Cramps et le Jon Spencer Blues Explosion.

Signée sur le label Punk Rock Blues Recording, la formation sort son premier album au titre éponyme en 2008: premier essai studio chargé d'énergie er de testostérone, mais ne restituant pas vraiment la formidable efficacité scénique du groupe.

Paru en 2010, "Burning Your House Down" , malgré son titre alléchant, ne parvient à prendre son envol que dans le cadre du...live: faute de production adéquate, la simple écoute de l'album dans sa version studio peine à susciter l'enthousiasme et fait planer sur The Jim Jones Revue la menace de finir sa course comme un simple ersatz de Dr.Feelgood.

"The Savage Heart"

Le groupe n'avait donc pas droit à l'erreur pour sa troisième livraison. Produit par Jim Sclavunos, dont le groupe n'a pu qu'apprécier le travail aux côtés de certains de ses groupes fétiches, comme les Cramps ou les Bad Seeds, la chose est parue dans les bacs le 15 octobre dernier en France et se nomme "The Savage Heart" .

Très curieusement, alors que le producteur était le même sur l'album précédent mais ne semblait que très peu concerné par sa tâche, cette fois-ci la magie opère: cocktail détonnant convoquant à la fois les fantômes des Faces, Johnny Thunders et un jeune Jerry Lee Lewis, "The Savage Heart" emmène l'auditeur en maraude dans une Amérique fantasmée, des rues poussièreuses de Memphis aux Bayous de Louisiane en passant par les bars louches du Texas.

Tom Waits en embuscade

Si la décharge rock'n'roll est là, il faut surtout souligner la clef de voute du disque: la voix de Jim Jones.

Ayant désormais suffisamment vécu pour obtenir un phrasé témoignant de tous ses excès passés, et faisant de ses limites techniques une force, c'est rien moins que l'ombre d'un autre pistollero fameux qui plane sur le disque: timbre rauque et râpeux, cordes vocales fusillées par trop de clopes, de bourbon et de nuits blanches, c'est bel et bien le grand Tom Waits qui guette en embuscade.

Et si la tension blues-rock permanente qui mène d'un bout à l'autre ce disque à l'ancienne ne joue pas encore dans la cour de Jack White, autre évidente référence assumée, ce ne serait que justice que The Jim Jones Revue prenne enfin son envol, en passant de groupe culte pour amateurs de rythmes binaires à celui de formation davantage grand public abonné aux mêmes chiffres de vente que le furent en leur temps les White Stripes.

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