The Strokes, "Angles"

Retour en fanfare du groupe new-yorkais avec un quatrième album surprenant..
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Avril 1994. La planète rock est en deuil: avec le suicide de Kurt Cobain, c'est toute une génération qui voit partir en fumée ses idéaux. Une fois de plus.Entre précarité grandissante, chomage de masse et mort des idéologies, la "Génération X", sacrifiée sur l'autel de la crise et du sida, perd une balise identificatrice: Cobain, paumé rebelle vivant mal sa condition de superstar, tue en même temps que lui et son groupe, du même coup, le rock-tout du moins aux yeux des médias.

Pendant sept ans, le rock sera victime d'une véritable opprobre médiatique, jusqu'à se faire supplanter, en termes de diffusion et de popularité à l'échelle planétaire, par le Hip-Hop et l'Electro.De 1994 à 2001, pour ne citer que ceux-là, Soundgarden, Marylin Manson, Supergrass, Black Crowes ou Jon Spencer Blues Explosion porteront haut et fort la bannière rock'n'roll...mais dans une indifférence médiatique au mieux polie, au pire condescendante.Puis les Strokes sont arrivés.

Trio magique

Quand sort l'album "Is This It? " en 2001, quelques jours après les attentats du 11 septembre ( délire parano et traumatique oblige, le titre "New York City Cops" fera scandale), les Strokes remettent le rock en première ligne médiatique. Avec les Libertines et les White Stripes, c'est un véritable trio magique qui rebranche les kids du monde sur l'Electricité.Avec ces trois groupes, c'est toute une génération qui, de fil en aiguille, se branche sur les classiques Rock, se choisissant Stooges ou Joe Strummer comme figures tutélaires.

Les Strokes, eux, en bon New-Yorkais, ont bien digéré les influences de leur ville: entre Richard Hell, Velvet des débuts et Television, le groupe tricote son propre truc pour en faire quelque chose comme la bande-son chic et mode de l'époque.

Stagnation

En 2003, "Room On Fire" déçoit une partie de la critique et des fans: trop proche de "Is This It?" , le groupe ne retrouve pas la magie de son coup d'essai.

En revanche, la parution trois ans plus tard de "First Impressions On Earth" est un coup de maitre: compos achevées, bases en béton, influences dépassées et rehaussées par l'apport de mélodies nouvelles en descente directe des Cars, l'album est à coup sûr un des plus marquants de la décennie...et un quasi bide commercial.

Chacun pour soi

La période post- "Firts Impressions..." est une période trouble: luttes d'égos et divergences artistiques,qui est le lot de tout groupe, les projets solo fleurissent jusqu'à ce début 2011.

On peut reprocher tout aux escapades solo des membres des Strokes, sauf de ne pas se montrer aventureuses, au risque de se planter sévère, comme par exemple l'opus solo du batteur Fabrizio, objet tout à fait étrange brassant Pop, Bossa et...un peu n'importe quoi...

A contrario, il faudra un jour réevaluer "Phrazes For The Young" du chanteur-leader Julian Casablancas. Son rock rehaussé d'Electro lorgant vers Bowie montre le degré de coolitude extrême du zigue. Qui peut en outre s'avérer bien meilleur vocaliste et mélodiste que sur les productions de son groupe.

Mais la vraie question dans tout ça, aux yeux des fans, aura été vite tranchée: comme pour les albums solo des Stones des années 80 ( comprendre: ceux de Mick et Keith), ceux-ci auront compris qu'il ne fallait SURTOUT PAS acheter ces albums; leur insuccès garantissant la survie de leur groupe chéri.

"Angles"

Du coup, du fait des expérimentations solo des uns et des autres, "Angles" , le nouveau Strokes, 5 ans après le coup de maitre "First Impressions..." semble être au groupe ce que furent "Bridges To Babylon" et "Voodoo Louinge" pour les Stones: des albums etant davantage des assemblages d'aventures individuelles qu'un véritable travail de groupe avec une base solide et unifiée.

Si le premier single, "Under Cover Of Darkness" , a pour but evident de rassurer le noyau dur des fans en leur présentant un groupe tirant dans la même direction, semblable en tout point aux mélodies des premières heures, l'album regorge des influences issues des périodes individuelles du groupe.

"Games" sonne comme un morceau solo de Julian Casablancas et le meilleur morceau du lot, idéalement placé en titre d'intro, "Michu Pichu" , se situe dans la même veine mais en encore meilleur, comme si New Order s'etait fait remixer par un producteur fou à la Giorgio Moroder.

Du coup, les fans de le première heure ayant suivi le groupe jusque dans les escapades solo y trouveront leur compte, et seront peut être même suffisamment lucides pour reconnaitre les baisses de régime et les ratages, à l'image d'un "You're So Right" sonnant comme un mauvais décalque de Radiohead.

En plein entre deux tours des Cantonales, les Strokes ont choisi leur camp: c'est la somme des volontés individuelles qui cimentent désormais le groupe. Fini, le temps de la camaraderie: la galaxie Strokes semble s'être ouverte aux influences de toute part, se transformant en groupe égalitaire où tout un chacun à le droit à la parole, le comble pour des fils de bonne famille...

Pour l'instant, l'essentiel est préservé: laissons les Strokes être les Strokes.

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