Twin Peaks sur Arte

Du 05 Avril au 28 Juin, rediffusion sur Arte de l'une des meilleures série de tous les temps, matrice des séries modernes.
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Lorsqu'à la moitié de l'année 1989 la chaine ABC commande à David Lynch et Mark Frost la première saison de la série Twin Peaks, celle-ci est loin de se douter qu'elle s'apprête à signer l'acte de naissance d'un programme redéfinissant totalement les lois du genre: l'intégralité des meilleures séries modernes, de "True Blood" à "Six Feet Under" en passant bien évidemment par "Lost" , disciple le plus flagrant (et réussi), doivent beaucoup à leur illustre ancêtre.

Marylin

A la base, Twin Peaks résulte...d'un échec. Echec de la part de David Lynch d'imposer une série romancée sur la vie de Marylin Monroe.

Effrayés par une Marylin revue et corrigée à la sauce Lynchienne ( mais n'en est-il pas question en creux dans "Mulholland Drive" ?), les pontes de ABC se mettent d'accord avec le cinéaste sur un second projet, qui donnera donc lieu à la série que l'on connait.

Résumons le pitch pour les veinard(e)s qui n'auraient pas encore fait connaissance avec celle-ci: l'agent spécial Dale Cooper débarque dans la petite ville de Twin Peaks afin d'élucider le mystère suivant: qui a bien pu tuer la jeune Laura Palmer, 17ans, dont le corps a été retrouvé sans vie au bord d'une rivière?

Série culte

Contrairement à la France où sa diffusion en catimini sur la Cinq de Silvio Berlusconi fera un bide d'audience historique ( mais qui marquera à jamais les rares téléspectateurs!), les débuts de "Twin peaks" aux USA sont proprement fracassants...tout du moins lors des premiers épisodes.

Conçue par ses créateurs comme une poupée russe infinie où chaque mystère résolu en apporterait un nouveau encore plus épais (encore une fois, "Lost" ...on y reviendra), la série résolument avant-gardiste (couleurs, photo) et sans concession désarçonne vite le grand public des networks habitué aux pseudo-intrigues prémâchées.

Dans la ville irréelle et oppressante de Twin Peaks (idéalement illustrée par le thème musical inoubliable et flippant de Angelo Badalamenti), les hommes de loi sont des crèmes d'hommes dépassées par la situation ( le shériff Truman) voire beaucoup trop sensibles ( Ed), et les personnages, au mieux, décalés ( la femme à la bûche) peuplent les moindres recoins tandis que la jeunesse locale (Bobby Briggs) ou les businessmen véreux (Benjamin Horne) cachent tant bien que mal leur part sombre...

Audience

Afin, selon eux, de colmater une audience en berne et rendre plus lisible une intrigue naviguant entre thriller, soap, S.F. et cauchemar éveillé, les dirigeants de ABC somment Lynch et Frost de livrer le nom de l'assassin de Laura en fin de saison1.

Ayant prévu de faire durer leur création deux saisons, les auteurs s'inclinent et, en contrepartie, repartent de plus belle dans leur délire onirique en démultipliant les trappes narratives!

En dehors de l'affreux Bob, on fait en outre connaissance de Wimdom Earle, qui accompagnera l'irréprochable agent Cooper dans une fin traumatique qui n'a pas fini de hanter les fans de la série.

C'en est trop pour ABC: le parti-pris transgenre de la série l'irrite au plus haut point et l'incite à stopper prématurément la série; les cinq épisodes restant ne voyant leur diffusion, en ces temps préhistoriques sans Internet, que grâce à une pétition de fans.

Dark Room

Ovni télévisuel, série archi-culte, on ne mesure que depuis quelques années toute la portée novatrice de "Twin Peaks" .

Déconcertante pour les non-initié(e)s au cinéma dse David Lynch, la série aura ravi aussi bien le noyau dur des fans du cinéaste ( l'épisode final dans la dark room est peut-être ce que Lynch aura fait de mieux dans sa carrière avec "Lost Highway" ) que marqué au fer rouge toute une génération de réalisateurs qui lui confèrent les lettres de noblesse qu'elle n'aura pas pu glaner lors de sa diffusion initiale.

Héritage

"X Files " avait, dans une moindre mesure, initié le mouvement, mais c'est bien sûr "Lost" , avec ses étirements scénaristiques et ruptures de style qui aura poussé le plus loin la filiation avec la matrice des séries modernes.

Toutefois, l'héritage le plus surprenant et le plus direct est peut-être à aller chercher dans la direction d'un quartier huppé d'une ville résidentielle Américaine...

Lorque ABC, toujours, demande en 2004 à Marc Cherry de plancher sur une nouvelle série, celui-ci imagine comme point de départ le décès d'une femme (apparemment) sans histoires servant de fil narratif au déroulement de l'histoire.

Exit les ploucs et personnages étranges de Twin Peaks, bienvenue au luxe et au glamour de Wisteria Lane: accessible en prime time, écriture roublarde permettant à tout un chacun d'y piocher ce qu'il veut bien y voir ( une critique acerbe comme un panégyrique des us et coutumes de l'upper middle class Américaine), "Desperate Housewives" est un immense succès populaire.

Une suite?

Poussant le clin d'oeil jusqu'à réemployer l'acteur Kyle Maclachlan, inoubliable agent Cooper ( que sont d'ailleurs devenus les autres acteurs de "Twin Peaks" , comme la très belle Sherylin Fenn?), Cherry et sa série ne parviennent évidemment pas à emporter l'adhésion des puristes de "Twin Peaks" qui la jugent trop normative, même si elle lui emprunte certains de ses codes.

Un film de 1992 (franchelment inégal) proposait de narrer les derniers jours de la vie de Laura Palmer.

Depuis 20 ans, la question divise les accrocs à la série: faut-il oui ou non imaginer une suite à la fin traumatisante de la série?

David Lynch n'a jamais fermé la porte à cette hypothèse. Mais peut-on prendre le risque de défigurer un mythe?

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