We Want Sex Equality

Sorti idéalement en pleine commémoration de la Journée de la Femme, le film relate un épisode marquant du féminisme.
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Réalisateur inégal mais auteur de films sympathiques profondément ancrés dans le paysage Britannique( "Saving Grace", "Calendar Girls"), Nigel Cole ne pouvait qu'être inspiré par l'histoire authentique du combat pour l'égalité salariale d'une bande d'ouvrières de l'Angleterre profonde.

On va le voir, plus de quarante après les faits relatés, la lutte reste actuelle; et même si les avancées ont été significatives dans le domaine professionnel, le film a le mérite de montrer que c'est encore et toujours à la maison comme au sein de la cellule familiale et amoureuse que les disparités homme/femme restent criantes.

A l'énergie

Rita, ouvrière un peu gauche (Sally Hawkins, déjà vue dans "Be Happy"), travaille au sein de l'usine Ford de Dagenham, dans l'Angleterre prolétarienne des années 1960.

Afin de protester, dans un premier temps, contre un déclassement jugé injuste, celle-ci va s'improviser meneuse de grève.

Au fur et à mesure où le conflit se durcit, pour finalement aboutir à la revendication pure et simple du même traitement salarial que les hommes, Rita va y aller à l'énergie et se métamorphoser en une authentique leader, au point de se voir savonner la planche par des "collègues" soi-disant syndicalistes qui ne sont en définitive rien d'autre que des larbins aux ordres du patronat.

Mirroir d'une époque

Lorgnant de toute évidence du côté des films sociaux Anglais à grand succès type The Van ou Full Monthy , mais sans en possèder ni toutes les qualités narratives ni tous les ressorts comiques, le film fonctionne bien. D'abord grâce à un casting épatant ( mention spéciale à la sculpturale Rosamund Pike, excellente en surdiplômée sortie de Cambridge traitée comme une boniche et femme-objet par son mari), mais aussi dans sa captation de l'époque: les politiques vivent encore au XIXe siècle de par leur look et façon de s'exprimer pendant qu'une certaine frange de la jeunesse porte mini-jupes et tenues multicolores au son d'une Pop émancipatrice ( recyclage du trèsor All Or Nothing des Small Faces dans la bade-son: les connaisseurs apprécieront!).

Mais là où le film est vraiment réussi, c'est dans ( malheureusement...) l'intemporalité de son discours.

L'égalité, vraiment?

Si le combat de Rita et ses amies nous rappelle que d'inconstables avancées ont été accomplies depuis les années 1960 concernant la marche des femmes vers l'égalité, le film met aussi le doigt sur une réalité toujours actuelle; montrant que beaucoup reste à faire.

Brillantes étudiantes, les femmes doivent s'effacer devant leurs collègues masculins sur le marché du travail ( l'épouse du dirigeant de l'usine) ou se plier aux desiderata de leur mari condescendant ( Rita) qui, au final, les enferment dans un carcan routinier.

1967 ou 2011, le schéma n'a pas beaucoup évolué de ce point de vue...

Thatcher

On se délectera aussi ( plutôt que d'en pleurer...) de la mise en lumière du double, voire triple discours des instances dirigeantes : affichant un soutien de façade à la cause des ouvrières, les syndicats censés les representer et les défendre négocient en sous-main avec le patronat le torpillage du mouvement pendant que les industriels menacent les politiques de délocalisation pure et simple en cas de réponse favorable aux attentes des salarié(e)s.

Refrain connu, une fois de plus, qui fait tristement écho à notre monde de 2011.

On conclura sur un paradoxe: la très conciliante et progressiste Ministre du travail de l'Angleterre de 1967, en statuant sur une loi historique ( l'accès au même salaire quelque soit son sexe), a peut-être enfanté d'un monstre: en 1979, Margaret Thatcher s'installera au 10, Downing Street pour 11 ans.

Autre preuve, côté face, qu'une femme peut tout à fait se montrer à l'égal de l'homme...dans ce qu'il a de pire.

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