Le Tibet depuis l'occupation chinoise : faire face au musellement

Le 10 mars est célébré le soulèvement du peuple tibétain face à l'envahisseur chinois. Plus d'un demi siècle de souffrance et d'inaction politique.

Le Tibet est devenu une province annexée par la Chine en 1950. Le peuple tibétain, peu entraîné à combattre, ne peut défendre son territoire. Il dépose les armes. En 1951, un accord est signé entre le 14e Dalaï-Lama qui n'a alors que 15 ans et le gouvernement chinois : la Libération pacifique du Tibet. Les années suivantes les discussions se poursuivent, mais en 1959, face à l'oppression chinoise, le peuple tibétain se révolte.

La situation au Tibet depuis l'invasion chinoise : de l'exode à la désinformation

Le Dalaï-Lama fuit le Tibet l'année du soulèvement de son peuple. Il rejoint alors l'Inde où il séjourne depuis. A Dharamsala, il établit alors le gouvernement tibétain en exil, non reconnu par la Chine. Les Tibétains n'ont jamais cessé de le reconnaître comme étant leur dirigeant politique malgré la répression chinoise.

Peu à peu le Tibet se vide, on assiste à un véritable exode. Mais traverser l'Himalaya pour rejoindre l'Inde est un périple harassant de plusieurs semaines et dangereux. Encore aujourd'hui, beaucoup de Tibétains se font massacrer par les gardes-frontières. Il y a quelques années, une vidéo écœurante a massivement été diffusée sur Internet. On y voyait des civils tibétains tentant de traverser le massif montagneux se faire tirer dessus comme des lapins à coups de fusil.

Le gouvernement chinois ne laisse pas le peuple tibétain vivre chez lui, mais il ne veut pas non plus qu'il sorte du pays.

Et que dire du Panchen-Lama, la seconde autorité religieuse après le Dalaï-Lama. Le jeune garçon tibétain reconnu par le Dalaï-Lama comme étant la réincarnation du 10e Panchen-Lama est enlevé à l'âge de 6 ans. D'abord porté disparu (ainsi que ses proches), le gouvernement chinois affirme plus tard le détenir (il devient le plus jeune prisonnier politique, étrange record). Puis, il est remplacé par un jeune garçon chinois du même âge, désigné par les dirigeants de Chine.

Le gouvernement chinois se plaît à désinformer son peuple en ridiculisant régulièrement le Dalaï-Lama. Aujourd'hui 10 mars 2011 encore, lorsque le Dalaï-Lama annonce qu'il souhaite renoncer à son rôle politique pour laisser la place à un gouvernement librement élu, pour la Chine, c'est une ruse "destiné à tromper la Communauté Internationale".

Le gouvernement chinois trouve toujours des complots dans les actes du Dalaï-Lama, là où l'Occident voit un prix Nobel de la Paix agir avec sagesse.

Cette campagne de désinformation inspire ces propos à Robert Badinter en 2009 :

"Les gouvernants chinois, exaspérés par sa force tranquille, peuvent le dénoncer comme un loup caché sous sa robe de moine. Mais si nous voyons la robe du moine, nous ne distinguons pas les traits du loup. Et à dire vrai mes amis, les gouvernants chinois nous paraissent bien peu qualifiés pour jouer le rôle du petit chaperon rouge. La vérité est plus simple. Le Dalaï-Lama est un homme de paix. Et il sait que la résistance spirituelle d'un peuple opprimé, à travers le temps et les épreuves, finit toujours par l'emporter."

Mars 2011 : les touristes étrangers interdits de séjour au Tibet

Pendant tout le mois de mars, le gouvernement chinois a décrété que les touristes étrangers seraient interdits de séjour au Tibet. Cette volonté de cloisonner le peuple tibétain lors de ce mois est due aux émeutes violentes qui ont eu lieu dans la région en 2008. Pourtant, le message officiel du gouvernement chinois se veut sécuritaire : l'affluence de personnes venant fêter les 60 ans de la Libération pacifiste du peuple tibétain par les Cinois risque d'encombrer les rues. Mais c'est aussi une façon de contrôler l'information. Personne ne saura réellement ce qu'il s'est produit sur le toit du monde le 10 mars 2011, commémoration du soulèvement du peuple tibétain (52e anniversaire) et les jours suivants...

Un génocide culturel et spirituel

  • Les Tibétains n'ont aucune liberté de vivre leur culture telle qu'ils la chérissent. Leur dirigeant, officieusement le Dalaï-Lama* (officiellement le président chinois) est aujourd'hui interdit de séjour sur son propre territoire.
  • Son peuple n'a pas le droit de posséder une seule photo du Dalaï-Lama sous peine d'emprisonnement indéterminé.
  • Le peuple tibétain est devenu chinois et crier « Free Tibet » en Chine est mal venu, tellement mal venu que la prison est la réponse des services d'ordre.
  • Les Tibétains n'ont pas le droit de hisser leur drapeau national illustrant le majestueux lion des neiges, symbole du courage et de la vérité, la prison les guetterait pour, officiellement, 7 longues années.
  • Au pied du Potala, le palais dans lequel séjournait le Dalaï-Lama, les casinos s'amassent. Lhassa ville sainte devient peu à peu une sorte de Las Vegas tibétain.

Il n'y a aucune « richesse » matérielle au Tibet, rien qui intéresse véritablement l'occident, d'où un silence massif des médias et des politiques sur ce qu'il s'y produit chaque jour.

La pression politique est telle que dès qu'un dirigeant exprime son soutient au Tibet, le gouvernement chinois décide de boycotter les produits en provenance de son pays, bloquant ainsi une partie de l'exportation et de l'économie du pays concerné.

Que faire pour aider le peuple tibétain ?

  • Parler du Tibet et de ses souffrances autour de soi
  • Hisser chez soi le drapeau tibétain jusqu'à la libération du Tibet
  • Demander à sa mairie de hisser le drapeau tibétain le 10 mars, fête nationale du Tibet, anniversaire du soulèvement du peuple
  • Descendre dans la rue le 10 mars pour manifester pacifiquement son désaccord avec l'oppression que subit ce peuple depuis plus de 60 ans
  • Se rendre aux manifestations culturelles tibétaines qui ont lieu en France (ou ailleurs)
  • Si vous avez la chance d'avoir près de chez vous un artiste tibétain, n'hésitez pas à l'inviter à se produire lors de vos événements. A valenciennes, par exemple, Lobsang Chonzor*** se produit régulièrement dans la ville et ses environs et partage avec les spectateurs sa culture traditionnelle (NDLA : La danse du lion des neiges est un véritable bonheur).

* Le Dalï-Lama, bien qu'étant une autorité spirituelle pour les bouddhistes, est aussi le leader politique du Tibet. C'est lui qui gouvernait le peuple tibétain au palais du Potala, à Lhassa. Aujourd'hui 10 mars 2011, l'Agence France Presse a annoncé que le Dalaï-Lama souhaiterait se retirer de ce rôle politique pour laisser place à un gouvernement élu par le peuple tibétain ( voir l'article relayé par Le Monde ).

** lors de la conférence du Dalaï-Lama au Zénith de Paris le 7 juin 2009 ayant pour thème « Ethique et société », Robert Badinter avait introduit le Dalaï-Lama avec un discours plusieurs fois acclamé par le public pour son engagement, sa véracité et son maniement de la langue française.

*** Lobsang Chonzor se produit à Nancy ce vendredi 11 mars 2011 et à Valenciennes le 7 mai 2011.

Sources

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