Gérard Depardieu:« Pourquoi pas un Dr Jivago avec Johnny Depp?»

Prix Lumière 2011, le héros de Raspoutine rêve d'adapter au cinéma avec une distribution internationale, les œuvres de Boris Pasternak et Dostoïevski

« Je n’ai jamais vu un battement de cœur aussi fort, merci à Lyon d’avoir un si beau festival et des gens qui aiment tant le cinéma », déclare Gérard Depardieu… qui ne croit pas si bien dire. Avec 65 000 spectateurs , 90 000 si l’on prend en compte la fréquentation générale du Festival, Lumière 2011 s’est enrichi de 15 000 nouveaux cinéphiles. De quoi donner un éclat particulier au Prix Lumière qui a récompensé Gérard Depardieu pour l’ensemble de son œuvre, sous les ovations du public et de centaines d’amis comédiens, réalisateurs. L’ autre coup de cœur de l’acteur -réalisateur - producteur le plus prolixe du cinéma français ? Son aventure slave. Après avoir fait part à Vladimir Poutine de son envie de réaliser un film sur Raspoutine, l’acteur a enfin réalisé son rêve.

Fanny Ardant sous les traits de la tsarine

Tourné en vingt-six jours dans les décors des palais impériaux, avec Fanny Ardant sous les traits de la tsarine Alexandra, Raspoutine sortira bientôt à la télévision et dans les salles de cinéma russes avant d’être diffusé en fin d’année sur France 3. Passionné de littérature russe, Gérard Depardieu entend bien donner une suite à l’aventure. « Les Frères Karamazov en 17heures de télé et pourquoi pas un Dr Jivago avec Johnny Depp ?», s’interroge l’acteur lors de la conférence de presse orchestrée à la Villa Florentine par Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux, respectivement président et directeur de l’Institut Lumière.

« La pellicule est ma seule page »

« Gérard Depardieu a joué dans tant de films, incarné tant de personnages donnant l’impression d’ écorcher l’écran » note la veille Bertrand Tavernier, que l’on a du mal à trouver les mots pour définir sa relation passée et présente au 7ème art. Mieux vaut laisser la parole à celui qui s’est trouvé très tôt une autre famille au cinéma, avec des « pères» nommés Michel Simon, Jean Gabin, Bertrand Blier, Marcel Dalio… « J’ai fait du théâtre, du cinéma pour réapprendre à parler….La pellicule est ma seule page. Mais parler c’est aussi toucher, faire ressortir des émotions que j’ai pu canaliser à travers les mots ; je ne pourrais pas vivre sans les mots, sans les auteurs qui les animent. »

« En ce sens, le cinéma est un formidable moyen de regarder ce qui nous échappe, de devenir le spectateur involontaire de quelque chose que l’on a vécu. » Un mécanisme psychologique qui fit ressentir hier soir au comédien, « toute la la charge d’émotion liée à un amour impossible »lors de la projection de la copie -rénovée par MK2- du film de François Truffaut La Femme d’à côté, où il a pour partenaires Fanny Ardant, Henri Garcin, Véronique Silver et Philippe Morier-Genoud.

« Le cinéma c’est la vie en direct »

« Il est pénible d’être vivant et seul , ces mots de Peter Handke me sont venus à l’esprit, poursuit Gérard Depardieu, en découvrant un assemblage d’images de mes films ; ce qui est beau dans le cinéma c’est le public , la fête que représente pour les spectateurs, un événement comme le Festival Lumière, c’est la première fois que je vois autant de respect témoigné au public et il ne s’y est pas trompé : les salles étaient pleines dès 9H30 pour les projections de 1900 de Bertolucci, du Visiteur de Satyajit Ray. A travers ces films et tant d’autres, les spectateurs découvrent l’identité culturelle des pays où ils ont été tournés. Bref pour moi, le cinéma c’est la vie en direct, avec une transposition d’émotions vécues tripes au vent, âme à l’air, cœur déchiré… Je n’ai rien appris, j’ai tout vécu, sans plan de carrière, mais je voulais que ceux qui me faisaient confiance soient fiers. »

« Aujourd’hui, Bunuel ne pourrait plus faire Le Chien Andalou »

D’une exceptionnelle longévité, la carrière de l’acteur s’est aussi ménagé des parenthèses réussies de production - notamment de films de Satyajit Ray- et de réalisation , dont l’appétit demeure intact. Il a simplement été contrarié en France par les fluctuations du marché cinématographique : « avant, il y avait des producteurs pour financer les films, ensuite il y a eu de grosses maisons, puis des télés qui tournent des produits sur mesure pour leur chaîne, c’est ainsi que l’on a commencé à censurer les artistes, sur fond de débordement d’images, avec 650 films tournés chaque année aux Etats Unis, 220 en France. »

« Aujourd’hui, Bunuel ne pourrait plus faire Le Chien Andalou », déplore Gérard Depardieu. Pas du genre à tomber dans la sinistrose, il est plus que jamais à l’affût de nouveaux talents en Russie, au Kazakhstan, en Ouzbekistan comme en Roumanie où il tourne sous la direction de Bogdan Dumitrescu-Dreyer, un film inspiré d’un roman de Titus Popovici. Et vous voilà déjà transporté avec lui dans « un petit village aux allures de théâtre, avec son lac où plane la légende de Dracula… »Une nouvelle aventure cinématographique déjà bien engagée « dans un pays au potentiel aussi fort que celui de la Tchéquie. »

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