La Passion du Cinéma, selon Max von Sydow

Décoré de la Légion d'Honneur au Festival Lumière, l'acteur aux 75 films réunit les sommets du cinéma d'auteur et de la réalisation hollywoodienne

La standing ovation d’une salle pleine à craquer plutôt qu’un salon feutré aux invités triés sur le volet…La cérémonie de remise de la Légion d’Honneur par Thierry Frémaux à Max Von Sydow a donné le ton des quatre nouvelles journées particulières du Festival Lumière. En attendant de voir Eric Cantona remettre samedi le Prix Lumière à Ken Loach et de découvrir dimanche, la copie restaurée de La Porte du paradis, présentée par Isabelle Huppert et Michael Cimino, les spectateurs du plus grand cinéma du monde ont momentanément quitté la Halle Tony Garnier. Et réservé un accueil triomphal à Max Von Sydow dans le cadre historique du hangar des Usines Lumière.

« Le cadre unique du Festival Lumière est le plus bel écrin qui soit», a murmuré avec émotion l’acteur aux 75 films. Du Septième Sceau au Lien , en passant par Les Fraises Sauvages, Au Seuil de la vie, Le Visage, La Source, A travers le miroir et Les Communiants, Ingmar Bergman a donné ses rôles les plus marquants à l’un des rares acteurs à « réunir les deux bouts du cinéma d’auteur et du cinéma hollywoodien », déclare Thierry Frémaux.

« Faits d’armes »

Avant de rappeler « les faits d’armes » de Max Von Sydow, le directeur du Festival Lumière, délégué général du Festival de Cannes, s’est plu à évoquer leur première rencontre : « Admirateur des Trois jours du Condor de Sydney Pollack, je me suis approché de vous pour vous demander pourquoi vous n’aviez pas tué Robert Redford dans l’ascenseur et vous m’avez répondu « Je n’avais pas d’instructions ! »

D ’instruction en revanche, l’acteur suédois, naturalisé français depuis 2002, n’en manque pas. Fils d’un ethnologue et d’une institutrice, il apprend l’anglais et l’allemand dès l’âge de neuf ans, monte ses premières pièces dans le lycée de Lund, sa ville natale, avant de faire une entrée tonitruante sur le grand écran à vingt ans, dans un film d’Alf Sjoberg, Rien qu’une mère . Devenu l’acteur fétiche de Bergman au lendemain du Septième Sceau où il incarne un chevalier jouant sa vie aux échecs avec la mort, Max Von Sydow illumine de son ardeur tourmentée les films de Jan Troell : Les Emigrants, Le Nouveau Monde , tournés en 1971.

« Un acteur, il faut que ça travaille ! »

La Lettre du Kremlin de John Huston, puis L’Exorciste de William Friedkin donnent le départ d’une carrière hollywoodienne ininterrompue pour l’acteur que l’on retrouve dans Foxtrot d’Arturo Ripstein, Cadavres Exquis de Francesco Rosi, Gran Bollito de Mauro Bolognini, L’Exorciste 2 de John Boorman. « Un acteur, il faut que ça travaille », glisse Thierry Frémaux en citant Pierre Arditi.

« Le travail, l’amour de son métier et des autres » résument la carrière d’un acteur qui surfe avec bonheur sur tous les styles de cinéma. De Conan le Barbare de John Milius à La Mort en Direct de Bertrand Tavernier, de Dune de David Lynch à Pelle le Conquérant de Bille August et, plus récemment, de Robin des Bois de Ridley Scott à Extrêmement Fort et incroyablement près , Max Von Sydow illustre avec passion sa conception du métier de comédien.

« Etre capable de captiver le public à chaque instant, le faire rire, sourire, réfléchir sur lui-même en lui donnant un éclairage nouveau sur sa vie et sa relation avec les autres. Notre métier relève-t-il de l’art ? Au public de le décider », conclut avec modestie le comédien entouré de son épouse la documentariste Catherine Brelet et de leur fils Cédric, auteur du documentaire Dialogues avec le locataire , une plongée originale dans l’envers du décor de Extrêmement Fort et incroyablement près de Stephen Daldry. Deux œuvres présentées ce jeudi 18 octobre au grand public par les von Sydow père et fils.

A trois millions d’années Lumière

De filiation, il fut aussi question à l’heure du rendez-vous fixé à trois millions d’années Lumière avec E.T. à la Halle Tony Garnier, par le jeune cinéaste belge Joachim Lafosse, auteur de Nue Propriété et d’ A perdre la raison. « « J’avais l’âge d’Eliott quand j’ai vu E.T. et de tous les films de Spielberg, c’est celui qui parle le plus de lui, de son enfance marquée par la séparation de ses parents ; il a réalisé un film subversif où l’on voit un petit gars protéger, contre l’avis de ses parents et des autorités, l’être pour lequel il s’est pris d’affection ; c’est en me souvenant de ce film vingt ans après, que j’ai commencé des études de cinéma. Spielberg, comme Truffaut et Pialat sont devenus de grands réalisateurs, car ils n’ont pas oublié leur enfance. »

Muets d’admiration devant Loulou

Et le voyage dans le temps de s’accélérer le soir-même pour le public de l’Auditorium envoûté par Loulou, au point d’en oublier la présence de Bertrand Tavernier, Laurent Gerra, Jerry Schatzberg dans les gradins. Pas de discours, hommage au chef d’œuvre du muet oblige. La copie restauré du film réalisé en 1928 par Georg Wilhelm Pabst a déroulé ses actes douloureux et beaux, à l’image du personnage de Louis Brooks.

Une certaine ressemblance avec l’héroïne de The Artists incite à penser que Bérénice Bejo adorerait interpréter cette Loulou emblématique de l’éternel féminin qui fascine et ensorcelle. Un tempérament exalté tout feu tout flamme par la musique originale composée par l’Orchestre National de Lyon, sous la direction de Timothy Brock à qui l’on doit ce Ciné Concert inscrit en point d’orgue d’une journée de pur bonheur cinéphile.

Une nuit très rock’n roll

La nuit qui s’annonce très longue ce vendredi 19 octobre à la Halle Tony Garnier, ne devrait pas décevoir les amoureux du rock’n roll et des Beatles. Après American Graffiti, le meilleur film de Georges Lucas, place aux frénésies sixties des Quatre Garçons dans le vent de Richard Leister, suivis de Spinal Tap de Ron Reiner et de Walk the Line de James Mangold. Un dortoir attend les rockers fatigués derrière l’écran et ceux qui auront tenu le choc jusqu’au dernier film auront même droit au traditionnel café-croissant des plus vaillants festivaliers.

Programme complet sur le site www.festival-lumiere.org

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