Le Génie de l'Orient au Musée des Beaux Arts de Lyon

L'exposition retrace avec éclat la fascination de l'Europe Moderne pour les arts de l'Islam
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Deux bols de jade offerts à Louis XIV par un sultan ottoman, de somptueuses robes orientalisantes de Mariano Fortuny, une profusion de toiles où Henri Matisse et Paul Klee se laissent surprendre en flagrant désir d’Orient…Voici quelques uns des trésors réunis au Musée des Beaux Arts de Lyon, à la faveur de l’exposition « Le Génie de l’0rient, L’Europe Moderne et les Arts de l’islam. »

Les contemporains sous le charme

Analyser la découverte des arts de l’Islam en Europe au XIXe siècle en évoquant leur impact sur les créations contemporaines occidentales, tel est le propos de l’exposition qui révèle le rôle pionnier du Musée des Beaux Arts de Lyon. Jean-Baptiste Giraud, son premier conservateur, ouvrit grandes les portes du musée lyonnais « à des lointains qui s’imposaient alors à chaque regard sensible. »

De Grenade à Ispahan

Dans l’esprit de Jean-Baptiste Giraud, ancien soyeux devenu historien d’art, les « spécimens d’art oriental » représentaient aussi une mine d’inspiration pour les dessinateurs de soieries. Ainsi naquit entre 1878 et 1895, en plein âge d’or des arts de l’Islam, la seconde collection d’art islamique de France, après celle du Musée du Louvre, précise Sylvie Ramond, Conservateur en chef du Patrimoine et Directeur du Musée des Beaux Arts de Lyon.

Une « géographie fétiche » de l’Orient islamique

Lors de la dispersion en 1888 à l’Hôtel Drouot, de la collection d’Albert Goupil, Jean-Baptiste Giraud eut naturellement à cœur d’acquérir les fleurons de l’art islamique réunis par l’esthète parisien au fil de périples en Egypte, en Palestine, au Liban et en Turquie. D’Istanbul au Caire, de Grenade à Ispahan, une « géographie fétiche » de l’Orient islamique se mit en place, pour le bonheur des amateurs d’art en général, des architectes en particulier.

La nouvelle esthétique scientifique

A contre-courant des rêveries orientalistes de certains artistes, tel Jean-Léon Gérôme dont on admire une superbe scène de Bain Maure, l’émerveillement de ces voyageurs se traduit en analyses mathématiques et techniques. Pourtant très attaché à l’architecture gothique, Viollet-le-Duc célèbre dès 1860, « la parfaite simplicité » des principes architecturaux et décoratifs islamiques.

Des liens précieux se tissent entre ces voyageurs qui font émerger l’idée d’une unité esthétique de l’Islam, fondée sur l’accord entre l’art et la science. Somptueux palais des derniers rois maures de Grenade au XVe siècle, l’Alhambra s‘impose alors comme le modèle emblématique d’une esthétique scientifique où architecture et décoration sont indissociables.

Le rêve de fusion entre regard oriental et occidental

Dépasser l’opposition traditionnelle entre décoration et représentation, tel est le défi proposé par les arts de l’Islam aux artistes. A leur contact, Henri Matisse et Paul Klee transforment radicalement le rapport occidental avec les images. « La révélation m’est venue de l’Orient » déclare le peintre des « odalisques. » Entre deux voyages en Algérie, en Tunisie et en Andalousie, il a fait de la notion de « décoratif » le pivot de son esthétique.

« C’est le sens de cette heure merveilleuse, la couleur et moi nous ne faisons qu’un. Je suis peintre », écrit Paul Klee au retour d’une visite de la Grande Mosquée de Kairouan. Jusqu’aux dernières années de sa vie, le motif des coupoles hémisphériques court sur les toiles de l’artiste, en proie comme Matisse, à un ardent rêve de fusion entre regard oriental et occidental.

Exposition Le Génie de l’Orient jusqu’au 4 Juillet au Musée des Beaux Arts de Lyon 20 Place des Terreaux 69001 Lyon Tel. 04 72 10 17 40 www.mba-lyon.fr

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