Lumière 2011 Pleins feux sur Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse

Chef d'œuvre du cinéma muet , le film de Rex Ingram a été sauvé par Kevin Brownlow, à qui l'on doit aussi la résurrection du Napoléon d'Abel Gance

L’éblouissant tango argentin où Rudolph Valentino entraîne une danseuse de cabaret de Buenos Aires, les folles cavalcades rythmées par la partition inspirée de Carl Davis, interprétée avec passion par l’Orchestre National de Lyon…Le tout sous la direction d’Ernst Van Tiel qui a également conduit la musique du film The Artist …Autant de pépites du vrai trésor cinématographique sauvé par Kevin Brownlow , au même titre que le fameux Napoléon d’Abel Gance, rappelle Thierry Frémaux, directeur du Festival Lumière.

Le premier rôle titre de Rudolph Valentino

Récemment oscarisé, Kevin Brownlow, grand historien du muet, est intarissable sur les conditions de tournage des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse projeté mercredi soir sous la forme d’un grand ciné - concert symphonique à l’Auditorium de Lyon , en présence de Gérard Collomb, Bertrand Tavernier, Anouk Aimée, Agnès Varda, Julie Gayet, Stephen Frears, Laurent Gerra et Bruno Salomone.

« Adapté en 1921 d’une nouvelle de l’auteur espagnol Vicente Blasco-Ibanez, les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse , symboles des quatre fléaux –la conquête, la guerre, la famine et la mort- qui déchirent durant la Première Guerre Moniale, les membres argentins, français et allemands d’une même famille, doivent beaucoup à la scénariste June Mathis. Après avoir acheté les droits du roman de Blasco-Ibanez, elle donne à Rex Ingram la trame de son premier film, avec dans le rôle titre Rudolph Valentino. Une « première » également pour le latin lover, remarqué dans Les Yeux de la Jeunesse de Max Marcin et Charles Guernon en 1921.

25 costumes pour les séquences parisiennes

A vingt-six ans, Rudolph Valentino a donc définitivement relégué dans l’armoire à souvenirs son habit de professeur de tango argentin à New York, pour endosser les costumes de gaucho et de soldat voulus par un rôle de dandy argentin expiant sa légèreté en s’engageant dans l’armée française. Mais, pour économiser des frais de costumes à la Métro qui avait déjà dépensé pour ses scènes de cavalcades l’équivalent du budget moyen d’un film hollywoodien, Rudolph Valentino dut régler lui-même la note des vingt-cinq costumes utilisés lors du tournage des séquences parisiennes du film. Une note qui lui valut un crédit d’un an chez son tailleur new-yorkais.

Président de la Métro, Marcus Looew n’avait pourtant pas regardé à la dépense. Moyennant « un généreux budget de 800 000 $ » on put même construire un château du Haut Moyen Age français dans les environs de Los Angeles, mobiliser quatorze caméras pour le tournage d’une saga inscrite dans la veine pacifiste des films américains de l’époque.

La beauté fragile du Danseur d'Adagio

Pour la Métro, le retour sur investissement ne se fera pas attendre : avec une recette de neuf millions de dollars de l’époque, Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse pulvérise les records du cinéma muet. Et ses amoureux doivent une éternelle reconnaissance à Kevin Brownlow qui nous permet de découvrir ce chef d’œuvre dans l’éclat de sa prime jeunesse, indissociable de celle d’un Rudolph Valentino à la beauté fragile, immortalisée par l’écrivain John Dos Passos, au lendemain de sa disparition brutale à trente et un an, à Manhattan , sous les traits du « Danseur d’Adagio. »

www.festival-lumiere.org

Sur le même sujet