Lumière 2012 Les Enfants du Paradis

Isabelle Huppert et Michaël Cimino ont clôturé le 4ème Festival Lumière en présentant la superbe copie restaurée de La Porte du Paradis

« Mon actrice bien aimée et moi, nous étions des enfants du paradis, quand nous avons fait ce film » a déclaré Michael Cimino , ému de rouvrir dimanche soir avec Isabelle Huppert, à la Halle Tony Garnier, cette Porte du Paradis qui l’emmena en enfer. L’échec au box office de cette œuvre marquante du cinéma américain des années 70 a même ruiné un studio hollywoodien, United Artists. Cela valut au réalisateur mythique de Voyage au bout de l’enfer, L’Année du dragon, Le Sicilien, Le Canardeur, La Maison des Otages et The Sunchaser, un opprobre suivi d’ un douloureux exil intérieur.

Chancelant d’ émotion à l’heure de voir renaître son œuvre, à travers la restauration de son film, rendue possible grâce à Criterion et MGM qui avait racheté United Artists. Michaël Cimino ne s’attendait pas à voir La Porte du Paradis projetée devant 4000 personnes : « Une telle audience , c’est un grand choc, je m’attendais à une projection dans un petit cinéma ! »

« La réparation d’une injustice »

« Pour moi, souligne Isabelle Huppert qui joue dans le film aux côtés de Kris Kristofferson, Christopher Walken, Jeff Bridges et John Hurt,, « ce film représente un moment extraordinaire dans ma vie d’actrice et j’ai l’impression aujourd’hui de voir pour la première fois ce film victime d’une injustice historique et d’une histoire compliquée avec son pays et le reste du monde ; la réparation de cette injustice débute aujourd'hui, grâce à Michaël Cimino, immense metteur en scène.»

« Michaël, à quand un nouveau film ? » Tous les spectateurs de la Halle Tony Garnier ont rêvé de poser la question à Cimino, après avoir savouré chaque scène du film plastiquement somptueux construit autour de l’histoire de James Averill (Kris Krisofferson) et Billy Hirvine (John Hurt). Les deux étudiants d’Harvard que l’on voit valser avec insouciance en 1870, se retrouvent vingt ans plus tard. James est devenu shérif du comté de Johnson et Billy, l’un de ces gros éleveurs qui voient arriver d’un mauvais œil, les immigrants d’Europe Centrale attirés par le rêve américain. Déterminée à les combattre, l’association des éleveurs donne à des mercenaires la liste de ceux qu’ils devront liquider. Bravant tout sentiment de classe, Averill s’oppose corps et âme à cette entreprise meurtrière.

Un prélude au XXème siècle américain

Alors que les enfants terribles des seventies inventaient l’avenir en interrogeant le passé de la société comme du cinéma, Michaël Cimino explique qu’il a conçu son film comme un prélude au vingtième siècle américain. « L’arrivée des premiers colons irlandais en Amérique, leur exclusion de la nouvelle terre sainte, l’effondrement du rêve collectif tué par la violence de classe, font de La Porte du Paradis, une sorte de western marxiste. »

La conquête de l’Ouest n’avait jamais été présentée comme un effet de la Révolution Industrielle et des grands exodes qui frappaient les campagnes du Nouveau Monde. Cette approche inédite valut au film d’être considéré comme antipatriotique. Et, comme si tout cela ne suffisait pas à entretenir sa légende noire, il rencontra aussi des problèmes de tournage, de production et de montage, avec une durée réduite de 3H39 à 2H20.

Une fréquentation en hausse de 20% pour le Festival Lumière

Voir renaître intacte, l’œuvre magistrale de Michaël Cimino dont les scènes cultes – la ronde des patins à roulettes, la magie des paysages et des passions amoureuses incarnées par Isabelle Huppert- demeurent gravées dans les mémoire…Voici l’une des plus belles aventures cinématographiques proposée au public du Festival Lumière, à la fréquentation en hausse de 20%. Après avoir rempli les salles et applaudi 237 projections en six jours, il n’a pas hésité à « resigner le contrat pour 2013 », comme l’y a invité le sénateur maire de Lyon Gérard Collomb, entouré de Thierry Frémaux et de l’équipe de l’Institut Lumière étoffée de trois cents bénévoles, le temps d’un quatrième Festival vécu comme une nouvelle gourmandise… A la fois comblée et inassouvie, au point de vous donner envie de voir encore et toujours plus de films !

Sur le même sujet