Nice , cité rock et baroque

Le cœur de Nice la belle Méditerranéenne bat la chamade pour l'art sans frontières. Suivez le guide!

Se prélasser sur les sept kilomètres de plage niçoise puis surfer sur la déferlante de rythmes qui font vibrer toute l’année la Promenade des Anglais…Le cocktail see sun music a bien des charmes. Mais il risque de vous faire oublier les trésors artistiques de Nice. Une cité rock et baroque à découvrir à la fraîche, quand les parfums et couleurs des marchés du Cours Saleya se mêlent aux sons d’instruments anciens pour tisser un subtil univers de correspondances dans les ruelles du Vieux Nice. Suivez le guide !

Point de départ du voyage dans le temps qui vous évitera de voir Nice en trompe -l’ - œil, note Patricia, guide de l’Association Creative Riviera, partenaire de l’Office du Tourisme de Nice (1), le Monument du Centenaire, situé en bordure du Jardin Albert Premier, côté Promenade des Anglais, vaut tous les livres d’histoire.

Belle comme l’antique

Une mouette perchée ce matin-là sur la tête de la Victoire Nikaïa, en tourne la première page : dès le IVème siècle avant J.-C, les Grecs établissent un comptoir stratégique à l’ouest de la Méditerranée où leur succèdent trois siècles plus tard des Romains impatients de surveiller les Alpes depuis une cité qu’ils dotent d’arènes , de thermes et d’un forum : le Cemelenum.

La prospérité romaine suscite les convoitises barbares, ligures, sarrasines. Une succession d’invasions met à mal une société industrieuse et raffinée. Laquelle a d’autant plus de mal à supporter les troubles politiques des Comtes de Provence qui investissent l’ancien site grec au XIVème siècle. Autant de raisons pour les Niçois de se placer sous la suzeraineté de la Maison de Savoie, avant de choisir par plébiscite en 1860, le rattachement à la France, à la faveur du Traité de Turin signé entre Napoléon III et le Roi de Sardaigne Victor Emmanuel II.

Dans les pas de Matisse

On s’éloigne du monument qui marque la frontière entre le Vieux Nice et la cité moderne, devenue avec 400 000 habitants, la cinquième ville de France, pour emprunter l’avenue des Phocéens puis la rue Vanloo dans les pas d’ Henri Matisse (2). En route pour Menton où son médecin lui avait conseillé de soigner une mauvaise bronchite, le peintre fait halte à Nice.

Emerveillé par les camaïeux de bleus enchanteurs de la Promenade des Anglais, il pose ses bagages à l’Hôtel Beaurivage, un « 4 Etoiles » élégant dont on peut admirer l’entrée rue Saint François de Paule. Le temps d’installer son atelier au 105 quai des Etats Unis, Matisse sait qu’il ne quittera plus Nice. « Quand j’ai compris que chaque matin je reverrais cette lumière, je ne pouvais croire à mon bonheur », écrit l’artiste en posant son empreinte flamboyante sur cette terre lumineuse et polychrome.

Dialogue avec les cinq continents

Arrivé à Nice en 1917, Henri Matisse y demeurera jusqu’à la fin de sa vie en 1954. Autoportrait, Ma Chambre au Beau Rivage, la Baie de Nice, Intérieur, femme lisant en manteau écossais, le Violoniste à la fenêtre, Intérieur à Nice, Fête des fleurs, Odalisque au coffret rouge …Autant d’œuvres inspirées du somptueux panoramique sur la Baie des Anges offert par l’appartement occupé par l’artiste au dernier étage du Palais Caïs de Pierlas.

Avant de découvrir le palais des Comtes Ribotti puis de la famille Caïs de Pierlas au 1, Place Charles Félix à l’extrémité du Cours Saleya, on longe la rue Saint François de Paule. Aux propos échangés à deux pas par Tchékov, Apollinaire et le baron Paul Derwies qui fit construire le château Valrose (3) après avoir créé le mythique Transsibérien, font écho les bribes de « Conversation à Nice » de Jaume Piensa. L’artiste catalan a mis en scène un éblouissant dialogue de couleurs entre les cinq continents et les deux Pôles représentés par sept sculptures cinétiques juchées sur les colonnes disposées Place Masséna, sur fond d’arcades parées de rouge pompéien et de collines au charme toscan.

Trésors baroques

En poursuivant la balade rue Saint François de Paule, on découvre aux N°4 et 6, le bel opéra baroque édifié par François Aune à l’emplacement d’un ancien théâtre à l’italienne. L‘architecte niçois avait soumis ses plans à Charles Garnier avant d’intégrer avec brio des décors de moucharabieh et des structures métalliques à la Eiffel, à l’édifice classé Monument Historique. Juste en face de l’Opéra, la pâtisserie Auer régale l’œil et les papilles de spécialités niçoises présentées sur fond de mobiliers et vitraux du plus pur style Art Nouveau.

Le temps de quitter la rue Saint François de Paule pour le Cours Saleya, haut lieu de marchés pittoresques, on emprunte le Passage Gassin pour admirer la carte de Nice encore dotée en 1625, d'une citadelle qui allait être entièrement détruite en 1706 par les troupes de Louis XIV.

Accessible à pied depuis la Place Garibaldi ou par l’escalier Lesage situé à l’extrémité du Quai des Etats Unis, à moins d’opter pour l’ascenseur voisin, le site de l’ancienne citadelle, agrémenté de sous bois et d’une surprenante cascade, permet d’embrasser du regard la Baie des Anges, la vieille ville et le Port de Nice.

Dans le sillage de Berlioz

En attendant d’emprunter l’escalier Lesage et de visiter la tour Bellanda où Hector Berlioz composa l’ouverture du Roi Lear, avant de s’exclamer « Les vingt jours passés à Nice sont les plus beau de ma vie », on s’enivre de parfums d’épices et d’herbes de Provence depuis l’escalier qui grimpe entre deux terrasses de restaurants du Cours Saleya, jusqu’à un esplanade encore bruissante des crinolines de la Belle Epoque.

Ce lieu de promenade rituel des élégantes du XIXème fait face au Palais Préfectoral à l’emphase décorative héritée de l’ancien palais ducal. Dès 1832, un Conseil d’Ornement rattaché à la Maison de Savoie définit un plan d’embellissement de chaque ville du royaume. L’esplanade du Cours Saleya révèle d’ailleurs la belle unité architecturale de ce quartier qui regorge de trésors baroques, telle la Chapelle de la Miséricorde. Bâtie à partir de 1740 d’après les plans de Bernardo Vittone, elle présente une nef elliptique, flanquée de chapelles latérales semi-circulaires au décor aussi raffiné que ses façades rythmées d’oculi, à l’orientation calculée pour offrir à chaque heure de la journée, une diffusion optimale de la lumière.

Des Niçois pionniers de la thérapie de groupe

Quittons le Cours Saleya pour deux heures d'immersion dans le labyrinthe du Vieux Nice.

A gauche, au 8 de la rue de la Poissonnerie, la fresque d’Adam et Eve se menaçant d’un gourdin dans le jardin d’Eden, demeure le seul témoignage des anciennes maisons peintes. Réalisée en 1584, cette fresque témoigne aussi de lointaines traditions niçoises, notamment celle du « Festin des Reproches » qui faisait suite aux festivités carnavalesques, avant de faire place à une fête de la réconciliation, entre autres exutoires garants de l’harmonie sociale pour des niçois pionniers de la thérapie de groupe !

Le temps d’admirer au 1 de la même rue de la Poissonnerie, la chapelle « Sainte-Rita », église la plus vénérée de la ville, on emprunte la rue Barillerie jusqu’à la Place de l’Ancien Sénat. Devenu l’asile de nuit, l’édifice témoigne paradoxalement de l’âge d’or de Nice qui possède en 1614, son Sénat, sa Cour de Justice et un port franc. Empruntons ensuite la rue de l’Ancien Sénat et ses marches qui mènent à un lavoir où l’on peut s’asseoir pour admirer l’escalier génois de la maison située juste en face : une colonne sculptée dans un tronc d’ arbre orne l’élégant palier de bois recouvert de plâtre.

Cantiques et tarentelles

En redescendant la rue du Malonat, on tourne en direction de la Rue Droite pour découvrir la première manifestation de l’art baroque niçois à l’Eglise Saint-Jacques - le- Majeur , dite du Jésus. Construite entre 1640 et 1690 par la communauté jésuite, elle est emblématique des « églises militantes » qui voulaient ramener à elles les fidèles à travers l’emphase décorative des voûtes en

berceau et d’ arches très théâtrales où semble courir un rideau de scène. Une grande spiritualité se dégage de l’église qui fête Notre Dame du Malonat tous les derniers dimanches de juillet depuis l’année 1854 qui vit les habitants du quartier menacé par le choléra , se placer sous la protection de la Vierge Marie. Cantiques et tarentelles font vibrer les ruelles. Le voyage dans le temps se poursuit de plus belle, au son des pianos et clavecins anciens…

L’une des plus grandes collections françaises d’instruments de musique

Au N°15 de la rue Droite, les sculptures de Mars et Venus vous réservent un royal accueil dans un somptueux palais baroque gênois. L’ancienne résidence de la famille Lascaris-Vintimille est devenue un musée abritant la seconde collection d’instruments de musique de France.

Signe que les scènes mythologiques ont souvent pris le relais de l’iconographie religieuse dans le baroque civil, les Métamorphoses d’Ovide investissent avec bonheur les deux étages d’appartements et salons d’apparat où l’on surprend Apollon poursuivant Daphné en train de se transformer en olivier.

En redescendant le majestueux escalier, on visite la chapelle du Palais Lascaris, sous le charme d’une fresque où Minerve et Athéna délivrent leur leçon de sagesse , seule vertu permettant de défier le temps et la mort. « Rien ne sera trop beau pour Dieu »…Une règle papale appliquée à la lettre par l’art baroque niçois qui confère une infinie richesse à chaque trait d’un génie décoratif hissé naturellement vers l’éternité.

(1)Circuit Pédestre « Découvrez le cœur de Nice » à réserver à l’Office du Tourisme 5, Promenade des Anglais Tel. 0892 707 407 www.nicetourisme.com

(2)Musée Matisse 164, avenue des Arènes de Cimiez Tel. 04 93 81 08 08 www.musee-matisse-nice.org

(3)Le château et son parc de 10ha où l’on peut admirer l’authentique isba de la famille Derwies, accueillent aujourd’hui la Faculté des Sciences de Nice

(Accès depuis Cimiez par le Bd du Prince de Galles.)

(4)Le marché aux fleurs et aux primeurs se tient Cours Saleya tous les jours, à l’exception du lundi réservé au grand marché à la brocante, de 7H à 18H.

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