On ne choisit pas sa famille de Christian Clavier

Aussi à l'aise devant que derrière la caméra, l'acteur signe un savoureux "Feydeau" thaïlandais sur le thème de l'homoparentalité
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« Si on m’avait dit que je ferais couple avec une femme qui fume la pipe…Et moi avec un type qui a un buffet acajou sur la tête ! »Les répliques fusent à un rythme aussi haletant que les scènes à la Feydeau filmées par Christian Clavier en Thaïlande. Du Père Noël est une Ordure à L’Auberge Rouge , en passant par Les Bronzés et L’Enquête Corse , la notoriété de l’acteur avait occulté le travail du scénariste qui revient en force dans On ne choisit pas sa famille (1) . « J’avais commencé à écrire le scénario du film avant de jouer La Cage aux Folles pendant un an et demi », confie Christian Clavier en réfutant l’éventualité d’une suite consacrée à l’homoparentalité dans On ne choisit pas sa famille . Un film où il endosse avec brio son premier rôle de réalisateur, pour le bonheur de deux turbos de drôlerie : Muriel Robin et Jean Reno.

De vraies scènes de (faux) ménage

« Traiter un sujet sérieux de la façon la plus délirante »…La recette de Christian Clavier réunit, entre deux têtes de poissons farcies, les ingrédients d’un succulent Feydeau thaïlandais. A commencer par un scénario mitonné aux petits oignons pour Muriel Robin, Jean Reno, Hélèna Noguerra, sans oublier Christian Clavier, sous les traits de César Borgnoli. Garagiste au bord de la ruine, il ne prend même pas le temps de rincer sa teinture acajou pour s’envoler en Thaïlande avec Kim et sa valise aussi lourde que le carrelage qu’elle emmène toujours avec elle, « de peur qu’il se décolle ! »

Afin de permettre à Kim et à sa compagne Alex d’adopter légalement la petite Maï en Thaïlande, César pense joindre l’utile à l’agréable, en se faisant passer pour le mari de Kim. Mais, de gaffes en vraies scènes de (faux) ménage, le week-end prend vite des allures de cauchemar amplifié par la déprime chronique du Dr Luix, médecin de l’orphelinat. « Cette histoire, je la sentais bien et l’envie de réaliser le film s’est imposée naturellement » se souvient Christian Clavier. C’est ainsi que « le scénariste, pas l’acteur, est devenu réalisateur »mais aussi producteur d’une comédie punchy, tournée en cinémascope avec des dialogues très écrits.

«A partir du texte, les acteurs font des pleins, des déliés et s’envolent très loin si c’est bien écrit », souligne Christian Clavier. Le premier acte d’un metteur en scène ? « C’est le casting ; j’aurais pu être trop piano, trop forte…Mais au moment du montage, à partir des 850 plans réalisés en neuf semaines de tournage, il n’y a pas eu trop de réglages à faire, il n’ y avait plus qu’à laisser entrer en jeu une fantaisie extrême. »

Muriel Robin sous le charme de Jean Reno

« Tout était travaillé et très sérieux sans se prendre au sérieux », ajoute Muriel Robin , « clown blanc » d’un Christian Clavier qu’elle n’avait pas revu depuis Les Visiteurs 2. « Christian a la faculté d’avoir plusieurs cerveaux, il pense à tout tout le temps –l’orientation d’un projo, le choix d’une tenue- ce qui pourrait être imbuvable, mais comme il aime avant tout mettre les acteurs en confiance, cette attitude très enrobante m’a permis de me laisser complètement aller à ma fantaisie à travers les trois couleurs de jeu adaptées à mes partenaires : l’autorité vis à vis de Christian, le caractère aimant pour Helena, la séduction associé à Jean…»

Le côté séduisant de « l’homme solide façon Lino Ventura » va comme un gant au personnage du Dr Luix, détenteur du carton rouge qui peut empêcher à chaque instant Kim et César de repartir en France avec un enfant. « Il me fallait vivre et rendre cette situation le plus honnêtement qui soit, parce qu’on touche à la réalité ; de plus en Thaïlande, les lois sur l’adoption sont bien plus strictes qu’en France ; qui les enfreint risque la prison », note un Jean Reno aussi à l’aise dans la tragédie que la comédie : « Le meilleur ami d’un acteur c’est le personnage, s’il est léger vous devenez ce petit ballon rose, si un rat lui mange le foie, je suis aussi celui-là. »

(1) Sortie le 9 novembre 2011

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