Positif en lettres de Lumière

La revue née il y a 60 ans à Lyon, est désormais éditée par Acte Sud et l'Institut Lumière où le Prix Bernard Chardère a été remis à Jean-Jacques Bernard

Soixante ans après sa création à Lyon, la revue Positif n’a rien perdu de son esprit frondeur…Ecartant « tous les soupçons de connivence » avec le lauréat du Prix Bernard Chardère, un « ventre jaune » bressan originaire comme lui du « premier département de France », le fondateur de la Revue Positif a célébré trois événements en un seul à L’Institut Lumière.

La remise du Prix Bernard Chardère , tout d’abord, à un lauréat « disposant de peu d’archives, car il écrit peu mais bien », s’est amusé le père de Positif en récompensant le journaliste et réalisateur Jean-Jacques Bernard. Après avoir créé l’émission Histoires Courtes sur France 2, ce « prince des critiques » fut aussi éditorialiste au magazine Première et chroniqueur à France Inter, avant de réaliser de nombreux documentaires sur le cinéma.

Tout en animant la chaine Ciné+Classic du groupe Canal+, Jean-Jacques Bernard préside aujourd’hui le Syndicat Français de la critique de cinéma et de télévision : « Il n’a qu’un mot à dire…et les rotatives s’arrêtent », glisse Bernard Chardère à l’oreille de Jean-Jacques Bernard, auteur par ailleurs, d’un vrai livre de chevet de cinéphile. Publié chez Folio, son Petit Eloge du cinéma d’aujourd’hui en redessine avec humour la carte aux trésors . « Autrefois, écrit-il, chaque film nous constituait de façon intime. Désormais , il participe de la superconnexion neuronale qui n’oublie rien et s’alimente au grand tout numérisé. »

« Le cinéma d’hier convoque les écrivains d’aujourd’hui »

Si « notre impatience à zapper est tout entière au service des serveurs, au fond le pixel n’a rien changé à nos affects. »La magie du passage des émotions de la rue à l’écran demeure intacte, il semblerait bien d’ailleurs selon Jean-Jacques Bernard, que « plus le cinéma d’hier s’éloigne, plus il convoque les écrivains d’aujourd’hui . »On comprend qu’à soixante ans, la revue Positif née en 1952 de la passion pour le 7ème Art de quatre étudiants en Khâgne du Lycée du Parc de Lyon, n’ait pas pris une ride.

L’aventure de Positif a commencé quelques mois après Les Cahiers du Cinéma, auxquels elle s’est souvent opposée, « avec une bande d’auteurs indisciplinés réunis tous les dimanches soir pour donner le ton de l’une des plus grandes revues de cinéma du monde » rappelle Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière, délégué général du Festival de Cannes , au côté de Bertrand Tavernier, président de l’Institut Lumière, dont la signature a souvent côtoyé celle de Bernard Chardère dans la revue Positif.

L’objectif de son premier rédacteur en chef ? « Démontrer qu’à l’image des siècles passés, les films avaient aussi une histoire, une esthétique et pouvaient soutenir la comparaison. Nous, nous étions un peu naïfs et juvéniles, mais plus encore scandalisés de ne pas voir le cinéma pris au sérieux…Je crois qu’il y avait aussi quelques revendications d’identité provinciale, nous voulions exister dans une grande ville autre que Paris. »

Tilda Swinton à la « une » d’octobre

Mission accomplie pour Positif. Soixante ans après sa création, la revue est de retour dans sa ville natale, par les grandes portes de l’Institut Lumière et d’Acte Sud qui la coéditent désormais. « Une cinémathèque et une maison d ‘édition s’unissent pour ouvrir une nouvelle ère de l’histoire culturelle du temps présent avec des critiques cinématographiques généreux, drôles et érudits », déclare Thierry Frémaux entouré de l’historien Raymond Chirat, de Michel Ciment , Jean-Paul Capitani, respectivement directeur de Positif et d’Acte Sud, des journalistes N.T. Binh et Hubert Niogret. Entre autres signatures de la revue Positif d’octobre où l’on découvre un portrait original de l’actrice Tilda Swinton, à l’occasion de la sortie de We Need to talk about Kevin de Lynne Ramsay.

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