Quand le King Cantona couronne Ken Loach

« Alex Ferguson et Ken Loach sont des personnes que j'admire passionnément » déclare Eric Cantona, maître de cérémonie du Prix Lumière 2012
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« C’est vraiment un grand soir, le Prix Lumière est remis à Ken et le Foot-Ball Club de Bath a gagné. » C’est sur le même ton solennel , contrastant avec le style décalé d’une ample chemise blanche flottant sur son jean, que le King Cantona a rappelé son admiration pour « deux hommes de génie » Alex Ferguson, manager du club anglais de Manchester United et Ken Loach qui l’a dirigé en 2009 dans Looking for Eric.

Des égarements du néo libéralisme à la fraternité

Lauréat du Prix Lumière 2012 et de la Palme d’Or du Festival de Cannes en 2006, Ken Loach a également reçu cette année le Prix du Jury des mains de Nanni Moretti. Autant de distinctions attribuées à l’auteur d’une œuvre exceptionnellement cohérente, , souligne Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière et du Festival Lumière, délégué général du Festival de Cannes. Le cinéaste anglais est en effet l’un des rares réalisateurs à s’être penché, film après film, sur un monde du travail ravagé par le néo libéralisme.

Les privatisations massives avec The Navigators , l’incurie des services sociaux dans Ladybird et My Name is Joe , les ravages du chômage avec Cathy Come home …Tout en dénonçant «les égarements de la société capitaliste », les films de Ken Loach apportent aussi la preuve qu’une autre société existe, faite de fraternité et de croyances collectives », écrit pour sa part Bertrand Tavernier à propos de « l’œuvre immense d’un artiste qui aura toujours été du côté de la décence. »

« Votre amour du cinéma nous permet de rester vivants »

Le temps de fendre la foule qui l’a longuement, chaleureusement applaudi à l’Amphithéâtre du Centre des Congrès de Lyon, Ken Loach s’est dit « bouleversé » par un hommage auquel il a d’emblée associé sa productrice Rebecca O’Brien et son scénariste Paul Laverty. « Votre enthousiasme, votre amour du cinéma nous permettent de rester vivants, à titre d’exemple, le film Le Vent se lève est sorti dans trois cents cinémas en France, au lieu de quarante seulement en Angleterre », poursuit le cinéaste très inquiet d’une remise en cause par la Commission Européenne du système fiscal français appliqué au cinéma. Un thème développé lors de la conférence de presse tenue dimanche matin à la Villa Florentine par un Ken Loach très en verve. Morceaux choisis…

Ken Loach et les rétrospectives

« Quand j’ai vu le montage réalisé à partir d’extraits de mes films , cela m’a évoqué le défilé des images de la vie avant la mort, une confusion que j’ai vite éclipsée en voyant affluer tous les souvenirs des gens avec qui j’avais fait ces films. Les impressions de ceux qui ont participé à une production sont fort différentes de celles des spectateurs…A part ça, je n’avais jamais réalisé qu’il y avait autant de foot dans mes films ! »

« J’ai été le pire acteur d’Angleterre »

« J’ai fait du théâtre pendant seulement trois ans et durant ces années-là, j’ai sûrement été le pire acteur d’Angleterre ! Mais ce fut pour moi une expérience importante. J’ai passé des auditions, je me suis fait rejeter. Cela m’a donné une certaine humilité et incité à avoir beaucoup de respect vis à vis des acteurs, à trouver avec eux la meilleure façon de travailler ensemble. Certains sont influencés par le principe de la création-tension prônée par Stanislavski. Notre cinéma à nous, c’est du documentaire dans lequel les acteurs vont jouer. En se révélant, ils vont révéler une partie de leur personnage, ce qui veut dire que le casting est très important pour savoir d’où vient l’acteur. Pour vous donner un exemple, même s’il est issu du même milieu social, un acteur lyonnais ne pourra jamais jouer le rôle d’un habitant de Manchester. »

« Comme si un pianiste venait s’asseoir et jouer spontanément… »

« Ce que le spectateur ressent à ce moment-là est très important, il faut lui donner le sentiment que la scène qu’il voit, vient d’arriver. La caméra doit être là comme quelqu’un qui ne fait qu’observer ce qui se passe dans une chambre. La façon de filmer est une chose primordiale. Tourner chronologiquement est une autre priorité, pour permettre au comédien de suivre le même parcours émotionnel que son personnage, en faisant en sorte qu’il se rappelle la scène tournée auparavant. Le plus difficile pour un comédien, c’est de jouer la surprise. »

« Agitation, organisation, action »

« Nous sommes très inquiets pour l’avenir du cinéma en France, on m’a demandé de signer plusieurs lettres pour défendre un système de subventions qui, s’il s’arrêtait, mènerait à la destruction du cinéma, un désastre, une folie. Il faut s’organiser de toutes les manières pour lutter contre les attaques du cinéma hexagonal. Critiques, cinéastes, syndicalistes, partis politiques et organisations communautaires doivent s’unir pour résister, en se rappelant le mot d’ordre des syndicalistes anglais : agitation, organisation, action. »

Les frères Dardenne, Milos Forman…et le Prix Lumière

« Si les frères Dardenne et Milos Forman qui a exercé une influence très importante sur nous, à travers son travail en République Tchèque, sont mes cinéastes préférés, il y a beaucoup d’autres amis réalisateurs à la troisième place.

Pour revenir au Prix Lumière, il représente beaucoup pour moi , car il vient du lieu où commence l’histoire du cinéma et puis la chaleur de l’accueil des Lyonnais m’a beaucoup touché. Ce Prix Lumière va aussi me rappeler de belles histoires d’amitié que je vais ramener avec lui. Ensuite, je vais le ranger et me remettre au travail…Pas question de courir autour du stade avec ce prix comme avec une coupe de foot ! »

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