Tomer Sisley crève l'écran noir de Nuit Blanche

Rencontre avec l'acteur et le réalisateur d'un thriller électrisé par l'énergie fiévreuse du héros de Largo Winch

Accrochez vos ceintures…Sitôt embarqué le sac de coke volé à des truands, Vincent, alias Tomer Sisley, démarre pied au plancher. La musique électro vous cogne les tympans. La Nuit Blanche ne fait que commencer. Le fauteuil de ciné vole en éclat. Calé dans le siège Baquet d’un bolide, vous fendez la nuit la plus longue dans la vie de Vincent. Peut-être même la dernière.

L’énergie du désespoir

Thomas, le fils de Vincent a été enlevé par des truands prêts à tout pour récupérer leurs dix kilos de coke. La tension monte de minute en minute entre le père et le fils traqués. On erre avec eux au milieu des fêtards du Tarmac, night club aménagé dans l’ancien casino de Bruxelles. La sueur perle sur le front de Vincent, mu par l’énergie du désespoir pour retrouver la chair de sa chair. L’impression d’accompagner un reporter qui le suit caméra à l’épaule dans cet enfer, ne vous quitte pas.

L’énergie fiévreuse de Tomer Sisley est contagieuse, comme l’humour ravageur de Joey Starr dans le rôle d’un Feydek qui pique une colère mémorable en découvrant des paquets de farine dans son sac de voyage. « J’ai une tête à faire des crêpes ? » hurle-t-il tandis que les alliances se font et se défont autour de Vincent, encerclé par les noctambules d’une boîte labyrinthique.

Le huis clos du Tarmac

Il faut voir le Tarmac se remplir au fur et à mesure que la nuit avance, de plus en plus sombre et poisseuse pour tous ceux qui triment dans l’ombre. Les filles du vestiaire, le physio, les barmen, les cuisiniers, les plongeurs Sri-Lankais sans papiers….Entre deux bagarres par moins 18°C dans la chambre froide, la chorégraphie des travellings avant et arrière sur Tomer vous fait suivre et sentir le monde de la nuit se fermer sur lui comme des flots déchaînés.

« L’obsession du huis clos, de l’enfermement au cinéma » amène le réalisateur et scénariste Frédéric Jardin à « parler de filiation à travers un film toujours en mouvement : son rythme est ancré dans un scénario très précis », confie-t-il à la faveur de l’avant-première lyonnaise du film. Encadré par une équipe maîtrisant tous les codes du polar, au niveau de l’écriture en collaboration avec Nicolas Saada et Olivier Douyère, comme sur le plan technique avec Tom Stern, directeur de la photo attitré de Clint Eastwood, Frédéric Jardin a aussi eu la chance de travailler avec Marco Cherqui, « un producteur qui s’implique à mort dans les films qu’il produit. »

Tomer Sisley prêt à passer derrière la caméra

« Chaque scène, poursuit le réalisateur, était travaillée comme une petite mécanique de précision facilement identifiable par le public et que je voulais voir déraper dans un sens inattendu ; chacune des scènes fonctionne ainsi en elle-même, en s’inscrivant dans un ensemble qui se dessine au fur et à mesure, sans rien d’anodin ni de reposant pour le spectateur qui se demande à chaque instant ce qui va surgir du chaos ambiant. »

D’un registre très différent des précédentes comédies de Frédéric Jardin –Cravate Club, les Frères Sœur- Nuit Blanche le fait entrer par la grande porte dans l’univers du thriller. « Un univers où je me sens très bien, je vais creuser le sillon », déclare le réalisateur fan des films d’action coréens, au même titre que Tomer Sisley. L’acteur s’est visiblement régalé dans son personnage de flic atypique, rendu vulnérable par la peur de perdre son fils, interprété par Samy Seghir. Un rôle qui marque une étape importante dans le parcours du comédien. « Mon métier c’est acteur, j’ai envie de tout jouer, au-delà des étiquettes que l’on m’attribue et ce film s’inscrit complètement dans cette logique », déclare Tomer Sisley.

Après avoir fait du stand up pour sortir de l’image de sitcom où on l’avait catalogué, Tomer Sisley a décroché l’Etoile d’Or du cinéma français pour Largo Winch dont le second volet est sorti en février dernier. En attendant de réaliser son premier film à partir d’un scénario qu’il vient de terminer , Tomer crève l’écran noir de Nuit Blanche.

Sortie le 16 novembre

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