Voie rapide, un film qui tient la route

Caméra à l'épaule et pied au plancher, Christophe Sahr revisite les films de voitures. En pôle position

Un moteur qui hurle, des crissements de pneus qui déchirent la nuit…Une voie rapide de banlieue accélère le destin d’Alex. Au cours d’une énième virée nocturne, il croit avoir tué l’homme qui semble s’être jeté sous les roues de son bolide customisé. Entre intériorité et sensibilité à fleur de peau, Johan Libéreau interprète Alex, écartelé entre sa passion envahissante pour la voiture, l’amour de Rachel et de leur enfant.

Rongé par la culpabilité, Alex se rapproche de Marthe alias Isabelle Candelier. La séduisante quadra se laisse émouvoir par le désarroi de celui qui pense avoir tué son fils et incarne à ses yeux l’ultime lien l’unissant au défunt. Caméra à l’épaule et pied au plancher, Christophe Sahr nous entraîne dans les coulisses d’ un premier long métrage qui figure déjà en pôle position des films de l’été.

Interview

Alex entretient une relation sensuelle avec sa voiture qui devient un personnage clé du film ?

J’avais envie en effet de faire de la voiture d’Alex un personnage à part entière. Je me suis concentré sur le « trio amoureux » formé par Alex, sa copine Rachel et la Honda customisée avec laquelle il a un rapport très sensuel. Il accorde toute son attention à cette voiture qu’il a façonnée de toutes pièces. Et c’est cette hyper fétichisation de l’objet voiture qui m’intéressait dans l’univers du tuning. Après l’accident, il caresse les blessures de son bolide. Dans certaines séquences, un enchevêtrement de sons et de bruits ronronnants participe à l’incarnation de la voiture. J’ai travaillé pour cela, avec Martin Wheeler qui avait déjà signé la B.O. de Contact et composé une superbe bande son pour Disneyland, mon vieux pays natal d’Arnaud des Pallières. J’ai donc eu envie de le rencontrer pour réaliser ce mélange d’électro minimaliste et de guitares saturées.

Avez-vous été guidé par certains films de voitures ?

Fan du cinéma américain des années 70 ,

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--, j'aime les récits initiatiques révélant,

à travers la voiture et la route, des quêtes existentielles. Le « film de

bagnoles » est un genre à part entière. Je pense notamment à Vanishing Point de Sarafian, à Macadam à deux voies d'Hellman ou à Duel de Spielberg. Sans oublier Christine de John Carpentier, l'un de

mes réalisateurs préférés. En fait, c'est un autre film qui n'appartient pas à

ce genre, qui m'a guidé pour Voie

Rapide . Il s'agit de Fish Tank

d'Andrea Arnold. J'aime beaucoup la façon dont elle colle à son personnage de

jeune fille en nous faisant ressentir ses moindres émotions.

C'est aussi un film où la

réalisatrice aborde la banlieue sans clichés

Elle en parle de façon extrêmement vivante et j’ai souhaité éviter moi aussi les clichés de certains films sociaux français, en dressant le portrait d’un jeune couple en banlieue, qui travaille, est intégré socialement et dont le garçon est un passionné de tuning. Au-delà de cette passion, je me suis attaché à la psychologie d’Alex, un personnage en souffrance, dont la trajectoire mouvante le détache de sa voiture pour le rapprocher peu à peu de la femme de sa vie. Mais, pour éviter le mélo téléfilmesque, je ne me suis pas étalé sur les relations d’Alex avec ses parents, ni sur son histoire avec Marthe. Je voulais que les choses affleurent par petites touches, que toutes les émotions soient exprimées par le jeu des comédiens.

Comment le couple Johan Libéreau-Christa Théret s’est-il imposé à vous ?

J’avais découvert Johan dans Douche Froide . Il a une vraie singularité, un côté viril qui cohabite avec une fragilité, une douceur dans le regard. Johann a cette vérité étonnante que je n’ai pas trouvée chez d’autres acteurs de sa génération. Quant à Christa Théret, héroïne de Lol , elle est arrivée comme une étoile filante…qui n’a pas filé ! Comme Johan, elle est de Pigalle et le couple a pris forme de façon extrêmement puissante. Flashy, girly, jolie à l’écran et d’une extrême intelligence de jeu, Christa a une vraie sensibilité, c’est la lumineuse évidence du film.

Peut-on dire que Voie Rapide est un film sur la rédemption ?

Je n’aime pas trop la connotation religieuse du mot.

Parlons plutôt de renaissance. Au lendemain de son traumatisme, mon personnage se reconstruit sur la durée du film. Malgré son travail et sa vie de famille, il est resté dans un état d’adolescence prolongée. L’accident va le faire mûrir, lui apprendre à assumer ses actes et même à dire « je t’aime », tout simplement.

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