"Kick Ass" le dernier film de Matthew Vaughn enfin en dvd

Retour sur l'un des gros succès surprise de l'année pour la sortie dvd de ce dernier.

Lorsque notre compagnon fan de comics nous pousse à aller voir le dernier film de super-héros, on y va en traînant les pieds et parce qu'on lui doit bien ça; après tout, il accepte bien de regarder "True Blood" avec nous et supporte le passage en boucle de nos comédies musicales à la maison pendant nos soirées entre filles. Conclusion, lorsqu'on va au cinéma en attendant rien de bon, on en ressort souvent ravis, voire extatiques... Et lors de la sortie dvd, on se jette avidement dessus sous prétexte de le lui offrir pour son anniversaire!

"Kick Ass" est la dernière réalisation de Matthew Vaughn, à qui on devait déjà le sombre "Layer Cake" en 2005, ainsi que le magique "Stardust" sorti en 2007. Si les affiches nous annonçaient une énième adaptation de comics (ici de l'oeuvre de Mark Millar et john Romita Jr) version ado décérébré cette fois, on reste ébahi devant ce film coup de poing aux multiples facettes et nombreux niveaux de qualité. Si l'on devait comparer le style, on pourrait évoquer Rodriguez ou mêmeTarantino, en plus léger et teenager (époque "The faculty" par exemple), car le parallèle avec leur esthétique de la violence (à la fois frontale et banalisée) semble évident.

Le scénario

Dave Lizewski est un adolescent timoré et vivant replié sur lui-même, se cachant derrière une paire de grosses lunettes et dont les deux seuls amis partagent l'unique passion qui l'anime : les comics. Rasant les murs au lycée, passant totalement inaperçu aux yeux des filles et venant tout juste de perdre brutalement sa mère, Dave reste l'ombre de lui-même et semble aussi transparent que ses héros de BD sont reconnus.

Alors qu'un jour il se fait agressé avec l'un de ses camarades par deux petits voyous sur un parking, l'adolescent prend conscience que personne n'ose bouger pour l'aider et que la lâcheté est une ignominie universelle. Animé soudain d'une brusque révolution introspective, il décide de devenir Kick Ass, un super héros vétu d'une combinaison de jardinage verte qui, malgré son absence de super pouvoir, va protéger les innocents de la ville contre les diverses sortes de malfrats qui imposent leur loi dans les rues. Son premier exploit, coup de chance et de brutal courage issu de son profond goût de justice, est filmé via un portable et rediffusé sur internet avant d'être visionné des millions de fois. Mais Dave est loin de se douter que sa nouvelle identité et célébrité va l'amener à être confronté à des méchants beaucoup plus dangereux que les petites frappes qui volent des voitures près de chez lui.

Cette double vie décuple tout ce qu'il y avait de qualités dissimulées chez Dave qui parvient enfin à attirer l'attention de Katie, le fille dont il est éperdument amoureux à l'école. Rejoint bientôt par Big Daddy et sa petite fille Hit Girl, famille rongée par un passé sombre et déchirant, l'obsession de justice de Dave va s'allier à leur soif de vengeance implacable envers des ennemis bien plus coriaces et surtout, envers le clan de Franck d'Amico, un chef de la mafia locale, auquel les héros désirent plus que tout rendre la monnaie de sa pièce pour des horreurs passées. Tandis qu'un certain Red Mist désire à son tour rejoindre la cause de Kick Ass, les choses s'emballent et dépassent en très peu de temps notre héros. Mais ces aventures vont surtout prouver une chose au reste du monde qui l'ignorait : ce sont parfois les plus infimes personnalités qui renferment les plus grands trésors d'humanité...

Un cocktail détonnant

Ce film étonnant est, contre toute attente, l'une des meilleures surprises de l'année : tous les éléments qui semblent incompatibles s'animent et s'assemblent pour donner vie à un film unique, à la dynamique vivifiante et à la verve sans faille. Les genres se mélangent et s'épousent symbiotiquement sans détonner du tout; un patchwork intelligent que l'on retrouve sur de multiples aspects cinématographiques.

Les jeunes acteurs, inconnus pour la plupart (à l'exception de Lindsy Fonseca, déjà repérée dans les séries "Desperate housewives et "How I met your mother") sont tous formidables et apportent chacun leur part unique de contribution à la cadence ininterrompue de l'histoire : Aaron Johnson nous émeut dans son rôle d'adolescent coincé et sous estimé auquel on peut tous s'identifier, Christopher Mintz-Plasse nous insupporte et la petite Chloé Grace Moretz mérite bien sa place au milieu de cette production ravigorante. Quant aux adultes, il ne sont pas pas en reste : Mark Strong (qui jouait déjà d'excellents rôles de méchants dans "Stardust", "Sherlock Holmes" ou encore "Shine"), ulcéré, étale sa colère glaciale et cynique en nous déclenchant des fous rires. On émet cependant un léger bémol quant à la prestation de Nicolas Cage qui, ayant perdu de son ancien prestige, nous offre tant bien que mal un personnage surjoué avec une carence en crédibilité.

La réalisation est géniale : pour la première fois depuis longtemps sur grand écran, les plans frisent la perfection avec une symétrie hallucinante, les vues et les travellings nous frappent puissamment le regard, les encarts annonciateurs et les références évidentes (hommage à l'univers de la bande dessinée) sont toutes justifiées, les couleurs sont étincelantes et les acteurs évoluent en osmose absolue dans ce décor lumineux et grandiose.

L'histoire, au scénario peu complexe, est un habile prétexte à l'exposition de tous ces éléments positifs et les dialogues simples sont plein d'humour, tout en recelant l'inévitable morale traditionnelle de la culture du super-héroïsme, qui n'est pas de trop compte tenu du fait qu'elle ne croule pas sous de stériles bons sentiments.

Apothéose et part incontournable de ce succès : la bande originale. Ici, pas de regret sur une mauvaise coordination entre mouvements, émotions et musique, les morceaux sont choisis avec soin, rythmés et parfaitement adaptés. On retrouve des artistes qu'on ne présente plus : Gnarls Barkley met sa touche trip-hop, Prodigy nous électrise, Ennio Morricone ajoute un soupçon de cinéma à l'ancienne, tandis que le galvanisant "We are young" de Mika nous assène le coup final avec l'arrivée redoutée du générique de fin; bref, tous accentuent l'aspect multi-genre et portent ce film aux nues grâce à des chansons en parfait accord avec le film dans son entier.

Aux sceptiques qui méprisent habituellement les films de super héros, "Kick Ass" est un outsider qui s'adresse cependant à tous les publics : l'ensemble est harmonieux avec un rythme soutenu, entraînant, on n'y trouve aucune longueur et il est impossible de s'ennuyer une seule seconde.

Même dans votre canapé, la potion magique fera son effet donc : à revoir pour ceux qui ont déjà suivi les aventures du lycéen masqué et à découvrir absolument pour ceux qui l'aurait raté à sa sortie au cinéma, histoire de patienter jusqu'au prochain opus prévu pour fin 2011.

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