Les incontournables de la vidéothèque 2 : "Across the Universe"

L'une des meilleures comédies musicales cinématographiques. A posséder absolument!
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Le courant des années 2000 subit, comme toute époque, son lot de recyclages en matière d'art et donc de cinéma; aussi voit-on depuis quelques année les comédies musicales sur grand écran remises au gout du jour, tout comme les chroniques sur la folie des années 60-70, que ce soit en Europe ou outre-Atlantique ("Nés en 68", "Good Morning England", "Crazy", et le génial "Velvet Goldmine", dont nous ne manquerons pas de parler dans un autre article de la même série).

Julie Taymor n'est pas étrangère à cet univers puisqu'elle n'est autre que la créatrice du spectacle "Le Roi Lion", né à Broadway et qui a collectionné plus de 42 millions de spectateurs dans le monde depuis sa première en 1997. Elle est également la réalisatrice du magnifique "Frida" sorti en 2003, ainsi que du beaucoup moins populaire "Titus" en 2001 et sera prochainement à l'affiche avec une adaptation de "The Tempest" de William Shakespeare.

Aussi lorsqu'elle décide en 2007, d'allier univers rock révolutionnaire des années hippies et structures du film musical, avec un style pictural surréaliste qui lui est propre, on obtient un condensé intense et jouissif rythmé par des reprises des Beatles, à voir et à revoir sans modération.

Le fil conducteur

Dans le courant des années 60, Jude est un jeune Britannique passionné de dessin, qui travaille sur les chantiers navals de Liverpool (évidemment), vit avec sa mère et passe ses soirées dans les boites à écouter des groupes de rock'n'roll émergents afin de rêver d'autre chose. Lucy quant à elle, est une lycéenne américaine issue d'un famille bourgeoise, qui finit ses études et échafaude des projets de mariage avec le petit ami parfait, malgré le fait que celui-ci soit envoyé faire la guerre au Vietnam.

Mais Jude est lassé par avance de la vie médiocre d'ouvrier que lui a programmé la vie. Au cœur de cette époque charnière et de sa jeunesse, il décide de partir à la recherche de son père biologique aux Etats-Unis en laissant derrière lui tout ce à quoi ses camarades se sont résolus. Alors qu'il a retrouvé la trace de son père sur un campus universitaire, il croise, grâce à un fabuleux tour du destin, la route de Max, jeune rebelle qui s'insurge contre le milieu dans lequel il est né et qui s'avère être le frère de Lucy. Devenus amis, les trois jeunes gens vont subir ensemble les aléas de l'existence : alors que Lucy apprend que son fiancé est mort au Vietnam, que Max décide de renoncer définitivement à imiter la vie banale de sa famille et que Jude est repoussé par son géniteur, ils se rejoignent tous les trois à New York où ils emménagent.

Poussés par un mélange de curiosité, de soif d'exister et de se mêler à la folie ambiante, entre manifestations pacifistes, explosion de la musique rock et révolution socio-culturelle, ils vont rencontrer des amis et artistes plus atypiques les uns que les autres et vivre côte à côte l'époque la plus passionnée du 20ème siècle.

L'énergie musicale mêlée à une esthétique unique, ossature d'une dynamique inégale.

Le premier constat que nous pouvons faire est que le succès de ce film s'explique, dans un premier temps, indubitablement par son esthétique hors du commun. Julie Taymor utilise le contexte psychédélique des années 60 comme tremplin vers des effets visuels fantastiques, qui nous transportent loin de la réalité : superpositions de vues multiples, étalonnages divergents à foison, fondus kaléidoscopiques, scènes en vision thermique, décors virtuels ou maquettes hallucinatoires, tout est permis et cela fonctionne à merveille. Chaque séquence chantée est prétexte à des effets techniques en adéquation avec les évènements : fluorescence d'une scène de trip, animations mécaniques pour la scène de recrutement militaire, montage aquatique pour une scène d'amour, chaque idée alliée à la technologie est utilisée à bon escient et sans parcimonie, dans un excès vivifiant, folie de l'époque oblige. Les points de vue des différents personnages parfois séparés, la réalité et l'imagination, le concret et l'extrasensoriel, tout s'imbrique par le biais des effets spéciaux et confère une vision omnisciente du panorama général.

Les transitions et transpositions scéniques sont habilement menées et la coordination entre cadence et mouvement (ici d'autant plus importante que la danse prend une part majeure dans l'œuvre) est totalement réussie. Quant à la luminosité, elle est omniprésente et éblouissante devenant ainsi à la fois le lien entre toutes choses, mais également la base primale de toute expérience perceptive, ainsi que l'essence des diverses irrésistibles attractions (rencontres, causes, sentiments pour les êtres et les arts, voyages concrets mais également transcendantaux) qui mettent l'intérieur de l'histoire en mouvement.

Les jeunes acteurs sont pour la plupart tous à l'aube de leur carrière (à l'exception de l'excellente Evan Rachel Wood, déjà aguerrie grâce à "Thirteen", "True Blood", "The Wrestler") mais pas de leur talent, avec chacun un style, une justesse, une fougue simple et une humilité rafraichissante. On se régale avec les apparitions de Joe Cooker, Bono ou Salma Hayek, qui prêtent leurs voix et leurs corps à cette magnifique production.

En prime, on peut s'ingénier à repérer les nombreux clins d'œil à la culture Beatles disséminés tout au long du métrage. Tous les noms des personnages sont un hommage aux titres de chansons cultes, présentes ou non dans le film (les héros s'appellent Jude, Lucy et Max), on reconnait certains lieux qui furent cruciaux dans la carrière des quatre garçons de Liverpool (notamment le Cavern Club au tout début) et certains textes plus ou moins célèbres ont été dissimulés dans les dialogues. Quant aux personnages de Sadie et Jojo, ils sont évidemment les personnifications des regrettés Jimmy Hendrix et Janis Joplin.

Si les chorégraphies sont impeccables et le sens du rythme irréprochable, on le doit bien sûr au passé de metteur en scène Broadwayen de Julie Taymor, qui a aussi bien été capable d'utiliser son expérience et ses capacités derrière une caméra que devant une grande scène.

Quant aux reprises des chansons des Beatles, on salue le génie du célèbre compositeur Elliot Goldenthal qui a su ré-orchestré avec brio les morceaux de l'un des plus grands groupes de rock du monde, en leur conférant une verve et une jouvence nouvelles sans pour autant les dénaturer. Leur utilisation au cours du film tient du miracle : si les Beatles avaient voulu écrire une comédie musicale, ils n'auraient pas écrit d'autres chansons que celles qui ont été ici programmées dans un ordre idéal. Cette enfilade de tubes se fait ici le fil conducteur de l'histoire tout en procurant de multiples occasions de déployer des fantaisies visuelles de tout ordre.

Si l'on devait néanmoins faire un léger reproche, ce serait vis à vis de la dynamique en dents de scie : en effet, si le film regorge de moments forts en émotion et en puissance, il connait aussi quelques longueurs à certains moments, chantés notamment, susceptibles de casser la force du film. Il aurait peut-être fallu être capable de renoncer à certaines chansons qui ne servent ni l'avancée de l'histoire, ni l'intensité esthétique. On tente également d'excuser certaines légères incohérences par l'exacerbation attenante à toute comédie musicale.

En conclusion, on apprécie surtout la dynamique générale conçue à travers la musique, la danse, l'énergie des acteurs, le contexte historique et les effets visuels magiques. L'ensemble véhicule une ode à l'amour et à la tolérance, un regain d'espoir, une exaltation juvénile, un souffle de révolte pacifique, une soif de transcender l'existence propres au 60's.

"Across the universe" est un film irrésistible, aux accents mélancoliques , quoi que porteurs d'espérance, qui nous fait frissonner et rêver, encore et encore.

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