JULIE WICZECK

Publié dans : Les articles Économie & Finances de Julie Wiczeck

Arnaques, crimes et réseaux électroniques de paiements

Alors que l'escroquerie par carte bancaire va bon train, la Commission européenne envisage une mesure défavorable à la sécurisation des données bancaires.

Il est loin le temps des casses magistraux, le temps des gangsters qui peaufinaient pendant des mois, dans une cave mal éclairée, le coup du siècle dans une banque rutilante aux coffres bien garnis ou qui étudiaient l’emplacement des vidéos surveillance, la ronde des gardiens, et le temps qu’allait mettre la police pour débarquer après le déclenchement de l’alarme.

Maintenant, les escrocs ont trouvé des moyens beaucoup plus subtils, ou disons plutôt sournois, pour dérober au quidam son pécule sans avoir à plancher pendant des mois sur le modus operandi.

Des coups d'éclats pour les fraudeurs bancaires

La semaine dernière, trois hommes soupçonnés d’être les auteurs de quelque 700 transactions chez des commerçants ou dans des banques à l’aide de fausses cartes bancaires ont été interpellés par la Police judiciaire de Rouen. Ils disposaient du matériel pour réencoder les cartes et de toute la panoplie du parfait escroc.

Parallèlement, des pirates domiciliés à Toulouse et Montpellier ont également mené rondement leurs petites affaires en volant 27 000 coordonnées bancaires sur des plateformes de paiement, ce qui leur a permis de réaliser 9 millions d’euros d’achat sur internet et de réaliser du même coup l’une des plus vastes escroqueries à la carte bancaire jamais mise au jour par la police française.

Ces deux coups d’éclat ont profité des faiblesses des réseaux de paiement électroniques. La fiabilité des systèmes de sécurisation des données bancaires est plus que jamais un enjeu pour les banques. Il devient urgent de verrouiller ces informations.

Les outils de détection et de prévention des fraudes sont de plus en plus sophistiqués. Ils évoluent constamment du fait de l’ingéniosité des fraudeurs, elle aussi sans limites. Ces innovations ont un coût et sont principalement financées par

l’interchange.

L’interchange est versé sous forme de commissions dites interbancaires par la banque du commerçant à celle du consommateur. Il permet d’équilibrer la prise en charge des frais liés au bon fonctionnement du système des cartes bancaires et à la modernisation du réseau.

La fausse bonne idée de Michel Barnier

Mais alors que l’heure est au renforcement des systèmes antifraude, la Commission européenne, par la voix du Commissaire européen au Marché intérieur et aux Services Michel Barnier, envisage de baisser, voire de supprimer leur principale source de financement, les commissions interbancaires.

Paradoxalement, ce sont les commerçants eux-mêmes qui réclament la baisse de ces commissions, les estimant trop élevées, voire injustifiées. Une demande qui, si elle aboutit, va pourtant grandement les desservir. Car les banques, une fois privées de ces revenus, ne seront plus en mesure de financer les innovations nécessaires à la sécurisation des données lors des transactions électroniques.

Une réclamation fort peu avisée susceptible de beaucoup plaire aux fraudeurs, qui vont voir croître leur marge de manœuvre.

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