Catastrophes nucléaires: du Japon à la Polynésie française

Alors que le Japon lutte contre une catastrophe nucléaire sans précédent, la Polynésie regarde avec une inquiétude grandissante vers Moruroa.

Les médias du monde entier se font le terrifiant relais, en direct, de ce qui se passe au Japon depuis le séisme du 11 mars 2011. Du tremblement de terre de 8,9 sur l’échelle de Richter au tsunami qui s’en est suivi et, bien évidemment, à la catastrophe nucléaire qui découle de l’accumulation des deux.

Il est de coutume que les pouvoirs publics français, comme les médias nationaux, prompts à amplifier et dramatiser la catastrophe de l’autre bout du monde, ne cessent de nous répéter que nous sommes à l’abri des conséquences et, surtout, que rien de tout cela ne pourrait arriver en France métropolitaine avec le nucléaire civil national.

Il est vrai que, comme nous le savons tous, déjà le nuage radioactif consécutif à l’explosion du réacteur nucléaire de Tchernobyl s’était arrêté aux frontières françaises.

En France métropolitaine, peut-être. Mais en Polynésie française ? La Polynésie qui, pour la métropole, se trouve justement être l’autre bout du monde…

Pouvoirs politiques et silence nucléaire

L’idylle entre la France et le nucléaire est double. Il y eut d’abord le nucléaire militaire voulu par Charles de Gaulle , puis le nucléaire civil, toujours imposé par le même général sans que jamais la population n’ait été consultée.

Dans les deux cas, le discours des pouvoirs publics a été, et est toujours, le même : le nucléaire français est propre et ne présente aucun risque pour les populations.

Cet argument était relativement facile à défendre face à la catastrophe de Tchernobyl compte tenu du délabrement de l’ensemble des infrastructures soviétiques à l’époque considérée. Mais qu’en est-il face à l’efficacité et aux performances scientifiques et industrielles du Japon ?

Ainsi, nous disent à l'envi les officiels dans les médias nationaux, à l’image de la thèse officielle lors de la catastrophe de Tchernobyl, les particules radioactives sont censées ne pas franchir l’équateur et laisser la Polynésie, comme La Nouvelle-Calédonie et Wallis et Futuna , à l’écart du moindre danger de contamination.

Dans ce cas, pourquoi alors expédier (moins de 8 jours après les accidents dans les centrales nucléaires japonaises) 500 000 comprimés d’iode en Polynésie française ?

Si la situation dramatique que connait le Japon face à un risque nucléaire majeur oblige le gouvernement français et l’ensemble des acteurs du nucléaire hexagonal à prendre des mesures urgentes pour tenter de rassurer une population de plus en plus inquiète, elle permet aussi de faire passer en arrière plan le risque nucléaire lié aux sites d’essais polynésiens de Moruroa et Fangataufa . Ce qui, compte tenu de la situation actuelle sur ces sites représente une véritable aubaine politique.

Quels risques nucléaires pour la Polynésie française ?

Le combat (désespéré ?) que mène l’association Moruroa e tatou pour faire reconnaître ces risques, comme d’ailleurs les conséquences de ces mêmes essais porte sur deux aspects essentiels :

- Faire reconnaître par l’Etat français les conséquences sur la santé des populations polynésiennes qu’ont pu avoir les essais aériens (41 sur les 193 tirs effectués par le Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP)) et obtenir enfin l’accès aux dossiers médicaux de tous les anciens travailleurs polynésiens du nucléaire.

- Obtenir que l’Etat français prenne toute la mesure des conséquences (prévisibles ou non) de l’effondrement en cours de l’atoll de Moruroa.

Si l’Assemblée nationale a bien voté une loi d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Pacifique Sud , cette loi est tellement restrictive qu’elle confine souvent à l’absurde . Ainsi, par exemple, seuls les habitants d’une toute petite partie de l’île de Tahiti peuvent prétendre à une indemnisation.

D’autre part, la liste des maladies reconnues par la loi comme imputable aux essais nucléaire est moitié plus courte que les listes prises en référence par les Américains ou les Anglais .

Reste la menace avérée, sans que l’on puisse en connaître l’échéance, d’un effondrement total ou partiel de l’atoll de Moruroa.

Ce risque très réel a été récemment officiellement reconnu par les autorités nucléaires nationales à travers une déclaration (à la presse polynésienne) de Marcel Jurien de la Gravière, délégué à la sûreté nucléaire et à la radioprotection.

Tout ou partie de l’atoll de Moruroa menace de s’effondrer, provoquant un tsunami dont les vagues pourraient dépasser les 20 mètres de hauteur. Si Moruroa n’est plus habité (et pour cause), l’atoll se situe dans l’archipel des Tuamotu Gambier qui compte pas moins de 78 îles dont la plupart sont, elles, bel et bien habitées.

Silence radio et secret défense…

Las, l’association Moruroa e Tatou comme le gouvernement ou l’Assemblée de Polynésie se voit opposer une fin de non recevoir à toutes leurs demandes, à toutes leurs questions.

Une loi que le gouvernement a faite voter a définitivement clos l’ensemble de ces dossiers et, surtout, rend définitivement inaccessibles toutes les archives nationales concernant le CEP.

Il n’en reste pas moins que Moruroa est bien en train de s’effondrer et que personne aujourd’hui ne semble en mesure d’estimer avec précision les conséquences réelles de cette catastrophe.

Y aura-t-il effectivement un tsunami provoqué par cet effondrement ? Quelles mesures l’Etat compte-t-il prendre pour aider les populations menacées et quand ? Quel risque y a-t-il que les masses hautement radioactives enfermées dans le socle corallien soient libérées ? Si elles l’étaient, quelles pourraient en être les conséquences pour l’ensemble des populations polynésiennes ?

Aucune de ces questions n’a, à ce jour, reçu de réponse.

Elles se faisaient pourtant de plus en plus insistantes , jusqu’à ce funeste 11 mars 2011 qui vit le Japon ravagé par un séisme, puis par un tsunami, et maintenant menacé par une catastrophe nucléaire de première grandeur.

Tous les détails et toutes les précisions que vous pouvez désirer se trouvent sur l'excellent site de l'association Moruroa e Tatou : http://www.moruroaetatou.com/

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