Heiva i Tahiti : premier festival mondial des arts polynésiens

En juin et juillet à Tahiti, amateurs et professionnels offrent chaque jour d'éblouissants spectacles tous consacrés aux arts traditionnels polynésiens.
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Depuis 131 ans, chaque année durant deux mois, toute la Polynésie vibre au son des to’ere*, ce qui fait de l’événement l’un des plus anciens festivals du monde.

Musiques, chants et danses bien sûr, mais aussi des sports traditionnels comme le lancer de javelot, les courses de porteurs de fruits ou le lever de pierres sont à l’honneur à Tahiti et dans les îles de Polynésie française . Mais le point d’orgue de la manifestation, objectif rêvé de toutes les formations de Polynésie française, c’est la compétition officielle qui se déroule à Papeete, au mois de juillet.

Tiurai ou Heiva, qu’est-ce que c’est ?

Initialement Tiurai (qui signifie juillet en Reo Tahiti) ou aujourd’hui Heiva (fête) sont les deux noms portés successivement par la plus importante et plus ancienne manifestation festive et culturelle de Polynésie.

L’histoire commence avec l’évangélisation et ses interdits, matérialisés en 1819 par le code du roi Pomare II interdisant et punissant lourdement (entre autres choses) « chansons, jeux ou divertissements lascifs »… Tous ces interdits ayant été dictés à Pomare par les missionnaires de la London Missionary Society . A cause de cela, bien des choses se sont définitivement perdu des arts traditionnels polynésiens.

A partir de 1880, c’est curieusement la célébration officielle de la fête nationale française qui permet le retour de manifestations traditionnelles à Tahiti. L’évènement est appelé Tiurai. Ce n’est qu’en 1985 que la manifestation est rebaptisée Heiva i Tahiti.

Depuis la première édition en 1880, il n’y aurait eu que deux années sans Heiva. Et bien que ce décompte soit sujet à polémique, l’édition 2011 est officiellement la 129e du genre.

Danses, chants, musiques et cetera

Si le point d’orgue de chaque édition du Heiva est bien le concours des meilleurs groupes de chant et de danse traditionnelle, lequel ne représente que sept soirées au mois de juillet, c’est une multitude de manifestations de tous ordres qui sont proposées à cette occasion durant deux mois, à Tahiti et dans les îles.

De nombreuses îles organisent effectivement un Heiva, le plus médiatisé d’entre eux étant celui de Bora Bora et le plus authentique sans doute celui de Taha’a .

A Tahiti, les festivités se déroulent sur les mois de juin et juillet. En plus du concours déjà cité et qui clôture les manifestations, vont se succéder le Heiva des écoles, puis les concours des sports traditionnels et d’artisanat, et enfin le concours des troupes amateurs.

Sports et artisanat traditionnels polynésiens

En premier lieu, les impressionnantes courses de va’a * qui se déroulent dans la rade de Papeete donnent lieu à des empoignades spectaculaires et offrent l’occasion unique de voir évoluer les impressionnantes pirogues doubles à seize rameurs. C’est également l’une des rarissimes occasions de contempler en régate les quelques rares pirogues à voile traditionnelles encore existantes en Polynésie française.

Le lancer de javelot (teka) consiste à percer, avec un javelot en bois de purau* de 2 à 4 mètres de long, une noix de coco au sommet d’un mât de 9,50 mètres dont les tireurs s’éloignent de 20 mètres.

Les courses de porteurs de fruits consistent pour les athlètes à porter en courant entre 30 et 50 kilos de fruits sur une distance de deux kilomètres. Dans ces épreuves, si être le plus rapide est important, le costume du coureur et son habileté, comptent au moins autant que le résultat final.

Enfin, l’épreuve la plus impressionnante : le lever de pierre (Amora’a ofai). Il s’agit, en trois tentatives maximum, de poser sur son épaule en se tenant debout et bien droit, une pierre posée au sol et pesant de 80 à 100 kilos. Le plus rapide est le vainqueur. Par le passé, pour simplifier les choses, la pierre était enduite de monoï !

Sont également organisés des concours de coprah ainsi que de très spectaculaires marches sur le feu (umu ti).

Chants et danses polynésiennes au Heiva

Les concours de chants comportent quatre catégories bien distinctes :

- le himene tarava (chants traditionnels) est interprété par tout le groupe de chant et dirigé par le ra'atira (chef de chœur).

- le himene nota (chants religieux plus récents). Ce sont les seuls chants écrits sur des partitions. Il se chante à quatre voix sans accompagnement instrumental.

- le himene ru'au (chants très anciens) s'interprète sans accompagnement à trois ou cinq voix.

- le ute est une chanson rythmée, interprétée par deux ou trois chanteuses accompagnées d'une petite formation d'instruments à cordes (guitare, ukulélé). Les paroles en sont totalement improvisées et basées sur des jeux de mots.

Mais le clou du Heiva reste bien évidemment les concours de danse. Chaque groupe (qui peut compter jusqu’à 80 danseurs et danseuses !) présente une prestation évoquant le plus souvent des légendes anciennes mettant en valeur l’île ou le district dont il est originaire.

Pour l’attribution du titre de groupe de l’année, le jury tient compte de la chorégraphie bien sûr, mais également des costumes, de l’orchestration et des performances des danseurs.

Au-delà de son aspect strictement festif, le Heiva joue un rôle primordial pour la transmission du savoir aux jeunes générations en leur permettant d’acquérir le sens des traditions, une préoccupation majeure dans la Polynésie contemporaine.

Accessoirement, le Heiva est également l’un des événements culturels phares de l’année et, en cela, draine une part non négligeable des touristes qui visitent nos îles.

Découvrez tout le travail de journaliste de Julien Gué, et bien d’autres choses, en cliquant ici : Tahiti, ses îles et autres bouts du monde

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Sources :

« Tahiti aux temps anciens » de Teuira Henry

http://www.abcdaire.netfenua.pf/themes/heiva/

http://www.letahititraveler.com/general/artdance.asp

Lexique :

*to'ere : Le to'ere est une percussion creusée dans un tronc d'arbre et dont la sonorité dépend de la taille. Il est frappé à l'aide de deux baguettes et cet instrument est la base de toute la musique polynésienne.

*va’a : pirogues polynésiennes à balancier pouvant compter un, trois, six et jusqu’à douze rameurs.

*purau : Hibiscus ti!iaceus ou ibiscus des plages

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