Instabilité politique : à Tahiti, les élus continuent de valser

8e gouvernement en 7 ans : les hommes politiques de Polynésie française battent un nouveau record d'instabilité. Mais y a-t-il changement pour autant ?
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Non, ce n’est pas un poisson : le 1er avril 2011, le leader indépendantiste Oscar Temaru est devenu président du gouvernement de Polynésie française pour la cinquième fois depuis le grand Taui (changement) de 2004 qui avait vu la chute du potentat local Gaston Flosse.

Cette accession à la présidence est la première conséquence de la motion de défiance (la 11e depuis 2004, dont 8 votées) déposée le 24 mars 2011 et votée, donc, le 1er avril.

Pourquoi renverser (encore !) le gouvernement ?

Si l’on en croit le texte de cette motion de défiance qui a ramené Oscar Temaru au pouvoir, les motifs sont les suivants :

  • L’impossibilité de l’ancien président Gaston Tong Sang à faire voter son budget 2011 ;
  • La situation économique et sociale du Pays ;
  • Et, bien sûr, la mise en examen du président Tong Sang dans une nouvelle affaire politico-financière, la deuxième en ce qui le concerne.

Quelle majorité pour Oscar Temaru ?

La motion de défiance a été votée par 29 conseillers sur 57, soit la majorité la plus faible possible. Mais qui sont ces votants ?

Il y a, bien sûr, les 22 élus de l’Union pour la démocratie (UPLD) du président Temaru. Ensuite, il ya les 6 élus îliens (élus des îles autres que Tahiti et Moorea). Ce qui ne fait que 28 voix. Il en manquait donc une pour faire passer le texte. Elle est venue d’une élue autonomiste non inscrite : Chantal Galenon.

Si la combinaison est suffisante pour renverser le gouvernement Tong Sang et prendre sa place, elle paraît bien fragile pour assurer la stabilité réclamée à cors et à cris par l’écrasante majorité de la population.

En effet, Chantal Galenon, la 29e voix, a clairement déclaré que son «vote visait simplement à évincer l’ancien président mais n’est pas une marque d’adhésion aux choix politiques du nouveau chef du gouvernement».

Ce qui veut dire clairement que dès l’élection du nouveau président de l’Assemblée de Polynésie, prévue le 14 avril, le président Temaru pourrait bien être déjà mis en minorité et voir un candidat de l’opposition occuper le perchoir, fonction la plus importante en Polynésie française après celle de président du gouvernement.

Quel programme pour le nouveau gouvernement ?

A cette question des journalistes somme toute légitime, le président fraîchement élu répond : « On va maintenant y réfléchir »…

Et c’est vrai : à ce jour, il n'a aucun programme, aucun projet, aucune solution pour régler un seul des très nombreux problèmes qui accablent le Pays depuis maintenant 7 ans d’instabilité.

A sa décharge, aucune autre formation politique polynésienne ne propose le moindre projet non plus.

Le seul objectif du leader indépendantiste clairement affiché depuis quelques années maintenant, c’est la réinscription de la Polynésie française sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU. Toutefois, il refuse catégoriquement d’organiser un référendum populaire sur la question de l’indépendance tant que cette inscription n’est pas réalisée, conscient qu'il est que le résultat ne lui en serait très certainement pas favorable.

La question restera donc posée : les Polynésiens veulent-ils de cette indépendance prônée par Oscar Temaru ?

Quels changements dans l’équipe dirigeante ?

A cela, difficile de répondre. Le nouveau gouvernement comporte un président, un vice-président et dix ministres (contre sept pour le précédent). Tous de vieux briscards de la politique locale.

Du côté de la probité, sur ces dix ministres, un au moins (Temauri Foster, ministre des Ressources marines, de la Perliculture, de la Pêche, de l’Aquaculture et des Technologies vertes), pour l’instant, est mis en examen pour favoritisme dans une affaire de 7 milliards et de prise illégale d’intérêts dans une autre.

Pour l’instant car de nombreuses enquêtes officielles et plusieurs instructions sont en cours qui pourraient allonger la liste des politiques polynésiens en délicatesse avec la justice .

Du côté de la stabilité : trois des dix ministres sont des îliens, dont Temauri Foster déjà cité. Il faut bien comprendre que sans ces élus des îles, aucun changement de majorité n’aurait été possible depuis 2004. Ce sont eux qui, à chaque fois, ont permis les renversements de majorité en tournant et retournant leur veste à l’envi. Et à chaque fois en échange d’avantages conséquents.

La longévité de ce gouvernement a donc peu de chances de battre des records. D’autant que le Tahoera’a Huiraatira de Gaston Flosse a d’ores et déjà entamé des manoeuvres pour réaliser une union qui permettrait de déposer une nouvelle motion de défiance.

Quel avenir pour la Polynésie ?

Aujourd’hui, et tous les observateurs sont d’accord sur ce point, l’Assemblée de Polynésie n’est plus représentative que d’elle-même.

Les mouvements populaires se multiplient pour tenter d’infléchir les choses, jusqu’au patronat polynésien qui fait alliance avec les syndicats de salariés pour réclamer une démission générale des élus afin qu’il y ait des élections générales, et menace de bloquer les institutions s’ils ne sont pas entendus.

Au cas où cette revendication aboutirait, les électeurs seraient pourtant bien en peine de choisir leur bulletin de vote.

En effet, pas un seul parti politique à ce jour ne propose quoi que ce soit de concret, et la nouvelle loi électorale en préparation au ministère de l’Outre-mer à Paris, en instituant un seuil d’accession au second tour à 12,5% des votes exprimés devrait empêcher l’émergence de nouvelles formations politiques.

Pendant ce temps, la crise économique gagne du terrain tous les jours. Les prix flambent, des centaines d’emplois sont perdus tous les mois et des dizaines d’entreprises mettent la clef sous la porte.

Le surendettement touche de plus en plus de foyers et les sans abris se font de plus en plus nombreux dans les rues de la capitale.

La Polynésie française est vraiment malade de ses politiques.

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