Jonathan Mencarelli, un plasticien polynésien en Chine

Jonathan Mencarelli, jeune créateur polynésien de grand talent, entre par la grande porte dans le musée de Changchun, en Chine Populaire.

Chaque année à Changchun , qui est à l’industrie automobile chinoise ce que Detroit l’est aux Etats Unis, se déroule depuis 1999 un symposium international annuel réunissant des sculpteurs du monde entier.

C’est la deuxième fois en trois ans que l’artiste polynésien Jonathan Mencarelli y est invité. Lors de l’édition 2010, son œuvre a été particulièrement distinguée et fait son entrée définitive dans les collections du musée de la ville.

Le thème du symposium était « Quel confort l’automobile apporte à l’humanité ? »

Qui est Jonathan Mencarelli ?

Né à Toulon en 1976, Jonathan Mencarelli a passé une grande partie de son enfance et de son adolescence à Tahiti.

Bac en poche, il se dirige vers la France métropolitaine pour en revenir diplômé de l’école des Beaux Arts de Montpellier au début du millénaire.

De retour en Polynésie, et imprégné qu’il est de la culture, des paysages et des matériaux polynésiens, il se met aussitôt au travail.

Il réalise sa première exposition à la galerie Winkler de Papeete en 2002. La même année, son travail est récompensé par le premier prix de sculpture lors du Festival des Artistes de Polynésie.

Depuis, Il a participé à différentes expositions collectives à New York, au centre culturel Jean-Marie Djibaou de Nouméa et au Carrousel du Louvre à Paris.

En 2008, il est sélectionné pour participer au symposium international de sculpture de Changchun en Chine. Il y expose une sculpture monumentale de 2,5 mètres de haut qui fait sensation. Au point qu’il est réinvité par les organisateurs pour l’édition 2010 de la manifestation.

L’aventure de Changchun 2010

Sur les vingt sept artistes représentant vingt six pays différents lors du symposium 2010, deux sont Polynésiens : Jonathan Mencarelli bien sûr, et le plasticien Gotz .

Le 18 août 2010, lors de la cérémonie d’ouverture, Mencarelli a l’agréable surprise de voir le dessin de son projet s’étaler sur une énorme banderole au côté de la principale pièce d’architecture du parc. L’aventure chinoise débute sous les meilleurs auspices !

Pour des raisons techniques, les organisateurs n’ont pu fournir un bloc de pierre de la taille demandée par notre ami Polynésien, il découvre donc deux blocs de marbre saumon veiné de gris et de bleu qu’il va lui falloir réunir…

Cet assemblage sera réalisé le 27 aout : le bloc obtenu pèse plus de dix tonnes !

Commence alors un travail beaucoup plus créatif pour Jonathan Mencarelli et son équipe d’assistants chinois. Ils sont six, dont un interprète, pour lui permettre de réaliser son projet dans les délais : ce ne sera pas de trop !

L’ébauche d’une œuvre monumentale

Pour sculpter une voiture dans du marbre, commencer par les roues… Mais attention : faire en sorte que la future auto-immobile soit sur le toit ! Ce n’est qu’une fois les roues terminées que le bloc peut être retourné pour la suite du travail.

Lorsque c’est fait, préparer les échappements qui permettent de détacher les gros blocs afin de dégager la silhouette générale de l’œuvre.

Lentement, mais sûrement, l’ébauche s’extirpe de sa gangue de marbre sous l’effet des disqueuses, burins et autres marteaux…

Pendant que la « marbrosserie » prend doucement ses formes, Jonathan s’attaque déjà à la décoration très ma’ohi des enjoliveurs de roues, histoire de se délasser un peu.

L’ébauche terminée, l’équipe peut déjà se faire une idée de ce que sera l’œuvre finale… et s’attaquer aux finitions car les délais sont courts en incompressibles, comme le marbre.

Il faut adoucir les formes, donner au toit et au pare-brise les courbes qui leur siéent et commencer de lisser l’ensemble.

Ceci fait, peut commencer le travail de finition : le dessin des motifs de tatouages qui vont orner l’ensemble et lui donner tout son sens.

Le tatouage automobile

Une fois tous les dessins tracés sur le marbre, il faut maintenant les sculpter en profondeur dans la masse pour donner tout son relief à l’ensemble. Comme l’encre d’un tatoo est incluse dans la peau, les motifs sont ici creusés, incrustés dans la matière afin de lui donner vie.

Il faut faire en sorte que le fond de chaque gorge sculptée soit aussi lisse que la surface extérieure. Travail long et fastidieux et qui devient crispant lorsque l’électricité est coupée durant vingt quatre heures, faisant taire les outils…

Ceci fait, procéder à un parfait dépoussiérage de l’ensemble (et il y en a de la poussière de marbre !) puis une patine à l’acide afin d’éliminer définitivement toute trace de poussière et d’impureté… et comme par magie de faire apparaître les couleurs du marbre.

Le 24 septembre 2010, enfin terminée, « l’auto-immobile » en marbre de Jonathan Mencarelli rejoint son emplacement définitif et l’équipe s’en va vers un autre chantier : ils ne participeront pas à l’inauguration de l’œuvre.

La sculpture de Jonathan Mencarelli à l’honneur

La « tatoomobile » est à l’honneur puisque son emplacement définitif se trouve juste à côté du nouveau musée de la ville tout juste terminé lui aussi.

Au sec sur son socle, elle procure un effet assez étrange, mais lorsque les bassins sont enfin mis en eau, elle est comme posée sur l’eau.

Plus de sept tonnes de marbre tatoué roulant sur l’eau en hommage à l’automobile, c’est la signature chinoise d’un jeune sculpteur polynésien de grand talent : Jonathan Mencarelli.

Nota bene : N’hésitez surtout pas à vous rendre sur le blog de Jonathan Mencarelli pour découvrir toute cette aventure dans les détails avec de très nombreuses photos : http://j-mencarelli-sculpture.blog4ever.com/blog/lire-article-409612-1864000-_changchun_international_symposium_2010_aout.html

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